Cinéma / BROOKLYN VILLAGE de Ira Sachs.

Un décès et un héritage . En jeu , une petite boutique laissée en location par le disparu à une couturière Latino -Américaine. Loyer dérisoire en question et besoin d’argent des héritiers vont attiser les tensions qui virent au rapports de forces entre les familles dont les enfants respectifs devenus amis , vont subir les conséquences . Un regard sensible et juste sur les rapports quotidiens confrontés aux aléas de la vie qui les empoisonnent . Grand Prix du Festival de Deauville 2016…

l'affiche du film
l’affiche du film

Le nouveau film du réalisateur indépendant Américain auteur de jolis films ( Keep The Light On / 2012, Love is Strange/ 2014 ) connus par la justesse de son regard sur les individus confrontés à des situations quotidiennes ( problèmes dans le travail , relations sentimentales , ou drames familiaux, relations de voisinage … ) qui finissent par avoir raison des valeurs sur lesquelles ils ont construit leur vie et finissent par leur tourner le dos . «  en tant que dramaturge , je crois en ces petits moments qui peuvent tout changer. Les décisions ordinaires et les défis occasionnels qu’apporte la vie peuvent avoir des échos très forts non seulement pour nous , mais également pour ceux que l’on aime . Les parents se retrouvent parfois dans des circonstances om il est difficile de rester fidèle aux valeurs que l’on souhait inculquer à ses enfants » , dit-il dans le dossier de presse du film. Et c’est d’emblée le dilemme auquel va se retrouver confronté Brian ( Greg Kinnear) comédien qui peine à gagner sa vie et doit compter sur le salaire de sa femme             ( Jennifer Ehle) psychologue, pour boucler les fin de mois . Et la petite boutique laissée en héritage par le père à son amie et voisine Mexicaine ( Pauline Garcia ) qui pourrait rapporter de l’argent en augmentant le loyer , va se retrouver au centre de ce dilemme des « valeurs » qu’il va falloir remettre en question. La petite Boutique ne rapportant pas assez pour supporter une augmentation de loyer. La destinée de la petite boutique et de la couturière deviendra un enjeu dont les relations amicales entretenues par le défunt sur une certaine dorme de «  cohabitation relationnelle » basée sur des valeurs anciennes, va-t-elle pouvoir résister à l’ inflation d’un quotidien moderne dominé par l’argent ? . Chacun « tant contraint de défendre ses intérêts . Tandis que les adultes se braquent , leurs enfants devenus amis ne comprennent pas …

la couturière ( Talia Blasm) et Brian son propriètaire ( Greg Kinnear )
la couturière  (Pauline Garcia ) et Brian son propriétaire ( Greg Kinnear )

C’est donc au cœur de cette cohabitation et des tensions qui s’y installent que nous plonge Ira Sachs ( avec l’aide de son scénariste Mauricio Zacharias) , dont il s’attache à traduire avec minutie les détails et les répercussions des tensons qui finissent par se radicaliser et dévoiler la manière dont le rapport aux valeurs se retrouve remis en questions         «  c‘est dans cette banalité du quotidien qu’on est véritablement testé » , explique le cinéaste qui va « ausculter » la manière dont chacun va se comporter . C’est la belle idée du film dont le récit va mettre en parallèle le comportements des adultes et le confronter à celui des enfants qui en subissent les dommages collatéraux …et qui vont décider de « punir » leurs parents respectifs en refusant désormais de leur parler !. Espérant les faire revenir sur leurs décisions . Le regard – miroir que portent les enfants sur les comportements des adultes vient enrichir le récit et le propos du film qui aborde au delà des relations parents -enfants , dès lors le thème plus subtil de la manière de la manière dont les adultes gèrent l’éducation et la transmission des valeurs. Les séquences où s’installent l’incompréhension de Tony ( Michael Barbieri )   et de Jake ( Théo Taplitz) les fils respectifs des deux familles sont remarquables dans ce qu’elles révèlent par un traitement tout en nuances et en subtilités ou les non-dits qui s’y installent . Et surtout cette incompréhension dont les enfants rendent les parents responsables parce qu’ils les mettent devant le fait accompli , puis se braquent de leur «  grève  du silence » …

Brian ( Greg Kinnear ) s'explique face à son fils , Jake ( Theo Taplitz)
Brian ( Greg Kinnear ) s’explique face à son fils , Jake ( Théo Taplitz)

Ce sont eux qui finissent par leurs « provocation » silencieuse à les contraindre à se justifier et même à leur proposer une solution de « compromis » qui prendrait en compte les nécessités de chacune des familles , plutôt que d’en arriver à cette expulsion envisagée de la locataire! . Pourquoi toujours s’en remettre aux rapports de force et aux décisions  de justice qui n’en tiennent pas compte ? . il y a plusieurs scènes magnifiques qui illustrent cette sorte de « radicalisation » des rapports humains  finissant dans les tribunaux et  soumis aux décisions de justice , et ne tiennent pas compte des engagements ou à des paroles donnés . Comme le souligne la magnifique scène où la couturière rappelle à Brian la manière dont son père voyait la vie et le « contrat » moral qui les liant d’une transmission patrimoniale dont il ne souhaitait pas qu’elle soit dépossédée de sa boutique .Celle-ci remémorant à Brian de manière cinglante qu’elle était plus proche du défunt … que lui ou sa lointaine sœur  !. Et Ira Sachs confronte même doublement Brian à ses convictions en le renvoyant comme comédien au personnage de la pièce qu’il est en train de joueur avec une petite compagnie , La Mouette de Tchékhov où se retrouve la même situation , lui renvoyant en miroir son « engagement » d’artiste ! . Implacable …

Tony ( ) et Jake ( Théo Taplitz), les deux amis en révolte ...
Tony ( Michaël Barbieri  ) et Jake ( Théo Taplitz), les deux amis en révolte …

Ira Sachs , habilement , multiple les résonnances qui en disent long sur le rapport au monde et à l’autre. On devine au travers des adultes contraints de se justifier ( autres belles séquences) que ce dernier est préocupé par le monde comme il va … et sur l’avenir qui attend ces enfants dont les rêves et les espoirs risquent d’être sacrifiés . «  en tant que père de deux enfants , je m’intéresse aux questions de générations et je réfléchis comment nous nous comportons avec nos parents et nos enfants », confie-t-il . Et ici , les enfants qui au cœur de cette cohabitation difficile par leur « refus » remmettent en question les débats contraignant les adultes à revoir les positions qui leur font sacrifier leurs idéaux . Laissant , dans un final ouvert auquel le spectateur est invité à la réflexion , la porte ouverte à l’espoir .
Car Jake, le fils introverti de Brian qui se réfugie dans le dessin et la peinture et son ami Tony le fils extraverti de la coutirière qui , lui , rêve de devenir acteur . Tous deux vont au travers de leur amitié raffermie par leur combat pour ne pas être séparés, trouver l’énergie qui va leur permettre d’affronter désormais la vie et – plus tard – le monde adulte, avec une autre détermination …et faire en sorte que leurs talents naissants puissent mieux s’épanouir.
Une belle leçon de vie et d’espoir …

(Etienne Ballérini)

BROOKLYN VILLAGE de Ira Sachs -2016-
Avec : Greg Kinnear, Jennifer Ejle , Pauline Garcia, Michaël Barbieri, Théo Taplitz , Alfred Molina , Talia Balsam…

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