Cinéma / WHERE TO INVADE NEXT de Michael Moore

Six ans après Capitalism : A love story, Michael Moore revient avec Where to Invade next, un nouveau documentaire dans lequel il entreprend d’envahir l’Europe (pacifiquement et avec son humour caustique habituel) pour en importer les bonnes idées dans son pays.

Six années se sont écoulées entre la sortie en 2009 de Capitalism : A Love Story, une violente critique du système économique des États-Unis et du capitalisme en général, et la présentation au Festival de Toronto en septembre 2015 de Where to Invade next (« Quel est le prochain pays à envahir ? »), le nouveau film de Michael Moore. Dans les deux titres on retrouve la même ironie. Un indice comme quoi, malgré le temps, le réalisateur n’a pas changé et qu’il demeure un cinéaste engagé. Partant du constat que les Etats-Unis ont perdu toutes leurs guerres depuis 1945, Michael Moore va envahir l’Europe à la demande du Pentagone. Il a pour mission d’importer les bonnes pratiques susceptibles d’améliorer le présent et de changer l’avenir des Etats-Unis.

l'Affiche du Film.
l’affiche du film

Au service de sa patrie, casquette sur la tête, veste militaire, bannière étoilée en avant, le cinéaste débarque sur le Vieux Continent caméra au poing. Sa seule arme, avec sa bonhomie et son humour caustique habituels. « Ma première idée – commente-t’il – était d’envahir ces pays et de piquer des trucs – plus que leur pétrole j’entends. Et je voulais le faire sans tirer un seul coup de feu. J’avais trois règles : ne tire sur personne, ne vole pas de pétrole et rapporte quelque chose d’utile à ton pays. Une fois qu’on était sur place, il est devenu clair que je devais faire un film sur les États-Unis sans jamais tourner une seule image sur le sol américain. »
Michael Moore parcourt donc l’Europe, enfin, une dizaine de pays seulement, avec une brève incursion en Tunisie. Fidèle à son habitude, il se met en scène et accompagne son périple de sa voix off. Certes, il ne tourne pas aux Etats-Unis, en dehors de quelques images d’archives ajoutées ici et là et chargées d’accompagner son propos, mais ce n’est pas une nouveauté puisqu’il reprend ainsi le schéma de Sicko (2007) dans lequel il voyageait au Canada, en Grande-Bretagne, en France et à Cuba pour souligner les bienfaits de leur système de santé par rapport à celui des Etats-Unis. Qu’on ne se méprenne pas, malgré ce voyage, les dirigeants du Pays de l’Oncle Sam en prendront encore pour leur garde.

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Une cantine scolaire en France (photo Chrysalis)

Des bonnes idées, les pays européens visités n’en manquent pas. Citons parmi elles, les congés payés et le 13e mois en Italie, cette cantine scolaire en Normandie proposant des repas sains et équilibrés, l’éducation sexuelle en France, la dépénalisation de la consommation de drogue au Portugal, les prisons modèles en Norvège, la place de la femme dans la société islandaise ou encore la qualité de vie de la classe moyenne dans ce « paradis » (!) qu’est l’Allemagne. A l’occasion de l’hommage qui lui a    été    rendu au récent Festival du cinéma américain de Deauville, Luc Jacquet, Oscar du meilleur film documentaire en 2006 pour La marche de l’Empereur, a dit de lui : « Un de ses grands talents est d’aller droit au but pour vous aider à comprendre les choses en profondeur ». C’est vrai pour ses précédents pamphlets, comme Bowling for Columbine (2002) et Fahrenheit 9/11 (2004), ça ne l’est plus vraiment pour Where to Invade next.

Michaël Morre red visite à la Police Portuguaise
Michael Moore rend visite à la Police Portugaise    ( Photo crysalis )

Cinéaste contestataire et un rien provocateur, Mickael Moore n’a jamais fait dans la dentelle et ne s’embarrasse pas non plus des détails. Cependant, il emprunte des raccourcis approximatifs lesquels donnent au spectateur une vision fantasmée, utopiste, d’une (partie de l’) Europe (« unie »). Cette démarche, il l’assume en déclarant avoir voulu « cueillir les fleurs mais pas les orties ». A d’autres la tâche de ramasser les mauvaises herbes, et tant pis si l’Europe apparaît comme un Eden malgré les crises économiques et politiques qui l’ébranlent, lesquelles se sont encore aggravées depuis le tournage. Le public européen aura tôt fait de relever les erreurs et oublis. Mais le film semble avant tout destiné aux compatriotes du réalisateur. Ce n’est probablement pas pour rien qu’il a été diffusé, en circuit restreint malgré tout, aux Etats-Unis au début des primaires pour l’élection présidentielle.

En Islande , La Femme ets l'avenir de l'homme...
En Islande , la femme est  l’avenir de l’homme…   ( Photo Chrysalis )

Where to invade Next demeure néanmoins un film à découvrir. En tant que documentaire, il est une source précieuse d’informations (que l’on ne connaît pas toujours) sur nos voisins européens. Par ailleurs, il y a ces touches d’humour, fréquentes (Michael Moore sait y faire) , et les nombreuses pistes de réflexions qu’ils proposent pour essayer de parvenir à une société plus juste, que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou aux « quatre coins » de la planète.

Le site officiel du film (en vo) : Where to invade Next

WERE TO INVADE NEXT de Michael Moore (2015 – Documentaire – 2h00)

Philippe Descottes

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