Cinéma / MIMOSAS, LA VOIE DE L’ATLAS d’ Olivier Laxe.

Après Vous êtes tous des Capitaines ( 2010 , le second long métrage du cinéaste Ispano- Marocain qui a obtenu le prix de la Semaine de la Critique au dernier festival de Cannes , est sorti cette semaine sur les écrans. Dans le sillage du voyage de la caravane accompagnant le vieux Cheik mourant à sa dernière demeure , les formes du conte (réaliste , poétique , merveilleux , lyrique , épique…), s’invitent au cœur des montagnes de l’Atlas Marocain où s’immisce la dimension de la réflexion métaphysique sur la quête humaine d’éternité et le sens de la vie… portée par de magnifiques images et une mise en scène envoûtante. A découvrir…

l'affiche du Film.
l’affiche du Film.

la première image du film est celle d’une peinture murale représentant la ville commerçante antique de Sijilmassa ,aujourd’hui en ruines, située aux portes du Maghreb , invite au voyage et à la rêverie d’un mirage de l’Eden . C’est là que le vieux Sheik mourant a choisi d’aller y reposer, auprès des ancêtres . En contrepoint de l’image de la peinture on entend , en off, les bruits assourdissants d’une la ville moderne qui petit à petit s’estompent pour laisser place à celui du vent et aux images d’une Caravane en route avec les guides , le viel homme accompagné de sa famille et quelques suiveurs , nous invitant au voyage …et à entrer dans le conte . Et le récit nous embarque dans celui-ci semé d’embûches , au cœur d’une nature à la fois magnifique et sauvage qui emplit l’écran avec ces paysages désertiques  et  ces montagnes qu’il va falloir franchir pour arriver à destination .La matière d »un itinéraire finit par prendre place avec les éléments d’un forme de quête qui s’ y intègrent naturellement . Avec ce sentiment d’avoir   «  à faire quelque chose d’important » comme le dit un des personnages du film. Et c’est en effet ce qui va se produire , suite à l’imprévu de la mort soudaine du Cheik et face à ces  montagnes périlleuses de l’Atlas à franchir , les guides qui se dédient et refusent de le poursuivre. La famille va être contrainte de s’en remettre à deux jeunes suiveurs , Saïd (Saïd Aagli ) et Ahmed ( Ahmed Hammoud ) qui leur promettent de porter , la dépouille à destination…mais is faut-il vraiment leur faire confiance ?.

Ahmed  Hammoud  et  Saïd  Aagli .
Ahmed Hammoud et Saïd Aagli .

Mais on l’a dit , à la dimension réaliste , le merveilleux qui s’invite va faire va intervenir sous la forme d ‘un personnage énigmatique , Shakib ( Shakib Ben Omar ) envoyé d’une monde parallèle  ( un guide , un ange …ou un escroc?) dont la dimension humaine du comportement farfelu ( ses étranges incantations …) le fait percevoir par le « duo » Saïd et Ahmed qu’il est chargé de guider dans leur mission, comme «  un idiot ». Mais , ce dernier investi de la dimension emblématique de « l’ange » destiné à « ouvrir la voie » aux humains sceptiques , c’est donc lui qui va tenter d’aider et remettre sur la bonne voie , les deux compères «  ex- petits voyous » qui semblent avant tout vouloir profiter de la situation ( voler la famille du défunt ? ) et n’avoir aucune idée du chemin à faire pour arriver à destination. Les risques du voyage et le réalisme ( sublimé par le tournage en décors naturels ) dans lequel le cinéaste y intègre les différentes dimensions du conte, est un des aspects passionnants du film dans ce qu’elles font appel – et référence – aux formes (Littérature , contes populaires légendes …) , dont le cinéma a souvent perpétué la dimension de celles-ci , se déclinant dans la « dualité » d’un voyage à la fois , extérieur et intérieur des personnages . Voyage , aventure dont on retrouve , comme le souligne le cinéaste de multiples exemples de références citées ci-dessus «  Mimosas , fait aussi partie de la tradition du roman de chevalerie . La quête du Graal est un archétype qui symbolise la quête de l’homme dans l’éternité( …) c’est même un figure très présente du genre littéraire «  la Picaresca » Espagnole des XVI et XVII èmes siécles…» , explique le cinéaste . Et voilà aussi ses héros , revêtir les habits de justiciers ( la scène où ils libèrent la femme soumise à la vindicte populaire de la pendaison pour ses pêchés … ) . Et il est fait également référence à tout un « univers » cinématographique ( les westerns , les formes du cinéma indépendant des années 1970, les films des Maîtres : Pasolini, Herzog ,Tarkovski , Bresson, Monte Hellman , John Ford …) qui ont en exploré les thématiques …

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 Shakib ( Mohamed  Shakib Ben Omar ) 

De cet univers de références là , le récit qui construit sa dynamique de mise en scène qu’il habille , ensuite , de sa propre réflexion et point de vue. A la fois sur celle Pasolinienne de l’ange révélateur ( de Théorême ) , ou celle Tarkovskienne de la référence à la foi ( Andréï Roublev) et à l’art , ou encore , comme chez Herzog ( Aguire, la Colère de Dieu ) , ou dans la plupart des Westerns, faisant de la nature la « matière même du film , la voie et les obstacles » Olivier Laxe en accentue la « rudesse de la confrontation avec eux » en une sorte de « duel » destiné à orienter la thématique vers la dimension de la fable initiatique dont est porteur le personnage de Shakib. Ici ce sont des aventuriers cherchant à transcender leur condition et sachant saisir leur chance de le faire , lorsque la mort du Cheik leur permet de s’inscrire dans une autre perspective accompagnée des «  conseils » de Shakib pour tenter  de trouver le juste chemin. Un long chemin semé d’embuscades ( les brigands ) qu’il faut affronter, sans compter les dangers de la nature ( sentiers montagneux escarpés , neige , torrents dans les gorges étroites , désert…). Tout un cheminement d’épreuves dont le cinéaste invite le spectateur à prendre conscience dans le sillage de ses héros , des « possibles » qui s’ouvrent de cette « relation d’ harmonie et d’antagonisme entre les éléments et eux » , celle présente et dont il revendique l’influence du film «  l’ïle Nue / 1966, du cinéaste Japonais Kaneto shindo , où l’on expérimente la douce soumission d’une famille qui vit sur une île inhabitée et sans eau potable », dit-il . Les parcours ( intérieurs et extérieurs) de chacuns de ses héros y étant , tout au long du trajet , soumis…

La longue marche dans le smontagnes de l'atlas
La longue marche dans le smontagnes de l’atlas

Et au delà de cet itinéraire et ses aléas , le récit installe aussi la dynamique d’éléments extérieurs qui s’inscrivent en miroir et viennent enrichir sa portée avec leurs références immédiates qu’ils peuvent suggérer . A l’image de cette place où une foule d’hommes                    ( désoeuvrés ?) sont en attente ( de travail ? ) . L’intention du cinéaste étant d’en faire des images contrepoint , « archétypes de mondes parallèles qui s’entrechoquent, destinées à amener le spectateur vers l’absurde et l’étrange » , le surprendre et l’interpeller pour tenter de le faire entrer dans cet univers intérieur et mental , celui de l’âme, dont elles se veulent symboliques . De la même manière que la construction en trois chapitres de l’itinéraire de la caravane qui fait référence à trois moments de la prière musulmane  ( le Ruku , le Qiyam et le Sajdah ) est une volonté de réintroduire la confrontation entre Art et Sacré . En lui attribuant les trois temps    ( exposition , nœud , dénouement) de la dramaturgie classique , le cinéaste voulant lui offrir ( proposer ) une possible lecture et ouverture dénuée de tout prosélytisme , comme il l’explique dans l’entretien du dossier de presse « pour moi l’art est très lié au sacré , c’est une sorte de prière. Je sais que les temps sont difficiles pour parler de tradition , alors que paradoxalement l’avant-garde l’a toujours fait. Par réaction, j’ai essayé d’aller à l’essentiel , tant dans la narration que dans la construction des images. Le résultat est je crois que Mimosas est un film ouvert qui peut parler à des publics de différentes cultures et idéologies . C’est un film « détérritorialisé » dans un sens positif, « Mimosas est un western religieux » , car le sens étymologique du mot « religion » est de «  relier », dit-il . Revendiquant d’être de cette « nouvelle génération décomplexée qui fait la différence entre le geste religieux et l’institution religieuse . Donc nous n’avons pas cette crainte de différencier foi, religion et spiritualité … » ,explique-t-il

La vision de ce conte , accentuée par le tournage en extérieurs dans des paysages magnifiques , alliant sens du récit et du rythme accompagné de celui de la réflexion , de la poésie , de la beauté et de la contemplation, empreintes de ce « sacré » dont il revendique la quête «  de la beauté sans restrictions » dans le sillage des maîtres évoqués plus haut. On se laisse porter , on est subjugués et aussi rendus sensibles à un message porteur de sens et de « fraternité »…

(Etienne Ballérini)

MIMOSAS , LA COIE D E L’ATLAS – 2016- Sélection semaine de la Critique , Cannes 2016-
Avec : Ahmed Hammoud, Shakib Ben Omar , Saïd Aagli, Ikram Azouli, Hamid Fradjad, Ahmed El Othemani …

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