Cinéma / TONI ERDMANN de Maren Ade

Présenté  au mois de  Mai dernier  sur la croisette au Festival de Cannes , le film y avait été très bien accueilli faisant l’unanimité du public et de la critique …mais s’était retrouvé bredouille  au palmarès !. Le récit des  rapports tumultueux entre  un père et sa fille qui investi la tonalité de la  comédie sociale avec  une  belle efficacité , fait mouche . On vous propose pour sa sortie dans les salles cette semaine , notre réaction  » à chaud »  lors  de sa projection  Cannoise augmentée de quelques  ajouts  complémentaires …

l'affiche du film.
l’affiche du film.

Pour son troisième film la Productrice et cinéaste Allemande dont le premier métrage The Forest for the Trees s’était distingué ( Prix spécial du Jury au Festival de Sundance 2005) , et le second Everyone Else avait remporté l’Ours d’Argent au Festival de Berlin 2009, investi donc la tonalité de la comédie où les rapports tumultueux père-fille au premier plan font écho à ceux d’un contexte sociétal capitaliste qui l’est tout autant avec ses « plans sociaux » dont les bureaux d’études économiques sont chargés d’évaluer les coûts pour les entreprise et gouvernements pour lesquels ils travaillent . Inès ( Sandra Hûller ) la Fille de Winfried / Toni  (Peter Simonischek impayable!) travaille pour un de ces cabinets . Entre Inès et Son père , au fil des ans les rapports se sont distendus . En effet entre  sa vie à elle « organisée » autour de son travail pour un de ces  services  , et celle de son père plutôt débridée et désorganisée, c’est plutôt la mésentente et devenu compliqué .Comme le laisse entrevoir la scène de leur retrouvailles , lors d’un court congé de celle-ci désormais basée à Bucarest pour son travail , où la discussion tourne court sur leur « vision » du monde et de la vie . Et Inès déstabilisée qui ne saura que répondre à la question de son père «  es-tu heureuse ? ». Le « malaise » de cette dernière qui ne sait quoi répondre , ne fera que s’amplifier lorsque son père s’entêtera à vouloir lui faire retrouver une certaine légèreté et le « sens de la vie » , et viendra la rejoindre sur son lieu de travail, usant tous les stratagèmes s’inventant  même le facétieux personnage clownesque de Toni Erdmann pour arriver à ses fins…

Winfried/ Toni ( Peter Simonischeck) retrouvailles avec sa fille, Inès ( Sandra Hûller )
Winfried/ Toni ( Peter Simonischeck) retrouvailles avec sa fille, Inès ( Sandra Hûller )

La belle idée du récit ,est de faire « cohabiter » les tonalités de la comédie et de la satire sociale , tradition de la « comédia del ‘Arte » italienne, utilisant l’humour comme arme et moyen «  pour transcender la réalité » . Le prisme dès lors mis en place va permettre de sonder et mettre à nu dans un monde qui les « pollue », les rapports intimes et sociaux . Emblématique à cet égard , la première séquence du film qui nous montre notre héros déguisé et son comportement excentrique  accompagnant  un groupe de jeunes pour un spectacle dans un  maison de retraite où il est momentanément employé . Puis , les courtes retrouvailles avec sa fille où éclate le malaise et l’incompréhension , celui de la sphère intime dont se fait révélateur le malaise que pointe le père par sa question  . Celui d’une jeune femme ambitieuse , devenue prisonnière et complice d’un système économique « mondialisé », de destruction de la vie sociale . A Bucarest , le bureau d’études pour lequel elle travaille et  est consultante , sert en effet à la fois de protection et d’alibi aux entreprises et aux gouvernements pour leurs « plans  sociaux » de restructurations économiques, et licenciements , entraînant chômage et misère sociale . Inès en est consciente et elle le vit d’autant plus difficilement que dans cet univers où règne la domination masculine et où l’égalité est loin d’être acquise elle doit faire « profil bas » et en souffre comme le laisse entendre cette réflexion cinglante sur une de ses collègues , Anna « … qui sait y faire ! » . C’est par ces répliques que Maren Ade fait le constat d’une réalité, et  c’est par le choix de l’arme de l’humour qu’elle va la décrypter …

Toni ( Peter Simoischeck ) s'invite aux réunons professionnelles de sa fille ...
Toni ( Peter Simonischeck ) s’invite aux réunions professionnelles de sa fille …

Et c’est dans son lieu de travail où il va la rejoindre et dans lequel elle va l’introduire , que son père en « Toni Erdmann » va revêtir les habits du révélateur. Dans le sillage de cette dernière qui tente pourtant de l’écarter ( « tu me fais honte ! » ) , pour éviter de se trouver en porte-à-faux , quand il s’immisce dans les dîners d’affaires ou dans les discussions où il tente d’imposer sa présence comme son opinion .  Mais après avoir fait mine de partir , le voilà qu’il surgit à nouveau , sous une autre apparence et identité , s’imposant à chaque fois au grand dam de sa fille , provoquant des quiproquos . Se faisant par exemple à l’occasion , passer  pour  son conseiller, et s ‘inventant même représentant diplomatique de l’Allemagne !. Déguisements et autres stratagèmes farfelus et gags à mourir de rire s’ensuivent . Sa fille déstabilisée, est au bord de la crise de nef et n’arrive plus à s’en débarrasser . Habilement la cinéaste installe via ces séquences provocatrices , la tentative de rapprochement qui va finir par faire mouche ( la magnifique scène où dans une réunion elle finit par céder au désir de ce dernier qui lui demande de chanter) . Et puis celle-ci , finira aussi par s’interroger sur sa vie et son travail dont le cynisme des projets qu’elle défend fait hurler son père . Au cours de la scène finale où suite  à la réunion pour laquelle son patron lui a demandé de trouver une idée pour « resserrer les liens de l’équipe » , c’est littéralement la mise à nu ( très belle scène ) que celle-ci va décliner . Non pas vaincue, mais réconciliée avec elle même et avec son père . Retrouvant cette part «  d’enfance perdue ».

Inès ( Sandra Hüller ) se met à nu ...
Inès ( Sandra Hüller ) se met à nu …

Une scène doublement importante qui reflète la volonté de la cinéaste à la fois de rester proche de la réalité y compris dans les ruptures de comportements qui s’installent pouvant paraître surprenantes «  j’ai besoin que chaque décision prise par les protagonistes au fur et à mesure du film paraisse crédible . Sans forcément être probables , il faut au moins que ce soit des décisions possibles »  dit la cinéaste. Et celles des déguisements du père , y compris dans le final , ont toujours une justification., révélant son véritable « moi » . Comme l’est la mise à nu , doublement emblématique, d’Inès « Ce qu’elle fait à la fin du film , c’est quelque chose de radical et il faut un certain courage pour le faire .ça peut paraître un peu dingue , mais c’est un nouveau départ pour elle (…) elle ne lâche rien du tout, en réalité on peut dire qu’elle reprend les rennes  . A la toute fin on est on est face a deux personnes qui ont peut-être su mûrir et s’accepter ‘un peu plus telles qu’elles sont » ajoute en conclusion , la cinéaste .

Un beau travail de mise en scène , de montage  et de travail sur le  hors- champ , servie par  d’excellents comédiens , et  des idées qui fusent. La comédie et la satire sociale qui s’installent, ces tonalités qu’avaient  si bien  réussies et fait le succès  les films de la Comédie Italienne  d’hier. Le divertissement ,  fait mouche …

(Etienne Ballérini )

TONI ERDMANN de Maren Ade – 2016 – Sélecton officielle Festival de Cannes –
Avec : Peter Simonischek, Sandra Hûller, Michaël Winterborn, Thomas Loibi, Trystan Pûtter…

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