Été 1954 à Biot

On est en effervescence en 1954, l’après guerre est signe de reconstruction, une nouvelle architecture doit naître et les artistes créateurs veulent prendre une part de cet élan, un élan avec comme fer de lance le Groupe Espace fondé en 1951 par le plasticien André Bloc et le peintre Félix Del Marle. Très vite, son influence dépasse les frontières grâce aux nombres d’adhérents et aux divers paramètres qui peuvent intéresser les architectes comme les nouveaux matériaux, les formes, les couleurs, les volumes et le savoir faire des artisans. Un tel engouement amène le Groupe à créer une première exposition collective en Juillet sur la Côte d’Azur ,où de nombreux artistes ont choisi de s’installer et, c’est à Biot qu’est fixé ce rendez vous. Un rendez vous qui deviendra historique dans cette après guerre culturelle.

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Il reste un repère où s’est déroulée la manifestation cet été 1954.regardez bien, quand vous quittez le village vers Valbonne, dans la ligne droite sur le coté droit, il reste un calvaire devant un immeuble HLM, à cette place là, le site n’était qu’un champ d’oliviers et, si vous regardez le grand mur de l’immeuble, les organisateurs d’aujourd’hui ont tendu une immense photo en toile représentant les premières installations des sculptures en 1954. Baptisée Architecture Formes Couleur (1), l’exposition présentera plus de 60 œuvres dont l’artiste le plus connu sera Fernand Léger sans oublier Sonia Delaunay, Jean Arp, Victor Vasarely, Alberto Magnelli. Pour cet hommage aux artistes de 1954, il y a plusieurs héritiers (2) issus de ce mouvement culturel qui présentent quelques unes de leurs œuvres dont celles des deux commissaires des expositions, l’orfèvre ClaudPelletier et le céramiste, verrier et sculpteur Jean Paul van Lith

Dans%20l'atelier%20de%20Torun%201964.Ferblanterie enseigne

 

« Il était temps de rendre hommage à tous ces artistes, la fin de la guerre si proche et leur farouche envie de faire partie de cette reconstruction, leur volonté d’être intégré dans cette nouvelle architecture qui devait satisfaire une large population a été une formidable avancée pour tous les créateurs, on le voit à Biot où tous les Arts sont désormais représentés et donnent une belle image culturelle de la ville… »

JP L

Vous êtes un des piliers de ces artistes qui restent travailler a Biot et l’exemple d’un éclectisme culturel assez rare, comment arrive-t-on à maîtriser toutes ces techniques ?

JP van Lith

comme, j’ai déjà appris à l’école des Arts Appliqués à dessiner y compris de faire de la géométrie descriptive, ça oblige à réfléchir sur les formes, alors en céramique il va de soi que les formes avec l’argile, on apprend à travers le tournage à faire des volumes, donc c’est important. Maintenant, pour d’autres disciplines comme le métal ou autre, je dessine souvent la forme, ensuite, je mets à l’échelle et je réalise le matériau exécuté sur un plan, par exemple,des pièces que j’ai faites, elles sont en aluminium massif , des plaques qui sont très lourdes, on découpe au laser ou au jet d’eau haute pression, ensuite on met en forme avec, par exemple, une presse de 5 ou 600 tonnes.

JP L

Avez vous des thèmes privilégiés, d’où vient votre inspiration ?

Jean Paul van Lith

j’ai toujours aimé les corps féminins généreux des déesses mères, des maternités. Moi, j’aime les volumes ronds, souvent dans les représentations anciennes c’est très rond. Il a fallu attendre presque Giacometti pour faire des silhouettes filiformes. Donc, moi, j’ai une prédilection pour les volumes ronds, que ce soit en terre ou dans d’autres matériaux, par contre, en métal, c’est beaucoup plus difficile, je découpe beaucoup plus en silhouettes que j’assemble ensuite plan par plan.

JP L

Votre première grande réussite et la renommée qui va avec a été ce qu’on peut appeler le verre aplati, vous pouvez en dire deux mots ?

JP van Lith

Un jour, le hasard a fait que comme j’exposais dans des salons commerciaux à Paris et des ateliers d’art, j’ai amené des verres comme çà déformés pour montrer aux gens que c’était aussi simple de réussir des verres et qu’il y avait un énorme gâchis, d’où le prix qui n’était pas donné et, là dessus miracle, passe un grand décorateur parisien qui me dit « est ce que vous me prêtez vos verres pliés parce que je suis en train de faire une exposition avec Salvador Dali avec des commodes molles et des choses comme çà et vos verres ça va aller »…j’ai prêté les verres, deux mois après il est revenu en me disant…ça a été un succès énorme, à votre place, j’essaierai d’en fabriquer parce qu’il y a eu un grand nombre de demande d’acheteur

verres pliés

                                         Verres pliés

JP L

On pourrait parler un peu des couleurs parce que les couleurs dans toutes vos œuvres, que ce soit céramique, verre, c’est extrêmement multicolore ?

JP van Lith

Oui quand on vit dans le sud, il va de soi que que quand on voit la violence des bleus, par exemple de la mer à certains moments, les jours de mistral, moi j’étais influencé au début, je suis à moitié hollandais, né à Argenteuil, je dirais plutôt impressionniste par les nuages et ma couleur privilégiée, ça a été souvent le bleu par contre, en céramique, j’ai découvert ce qu’on appelle les rouges de cuivre et j’ai travaillé 25 ans systématiquement en recherche, en chimie, physique et autre sur les rouges, ça a été une recherche complexe, techniquement, c’était très difficile et puis, je me suis pris au jeu, quand on commence à mettre le doigt dans la recherche, on ne s’arrête plus. Regardez dans le Moustier, il n’y avait pas de rouge, les chinois aussi ont travaillé sur cette couleur en découvrant les fameux rouges de cuivre qui sont du cuivre en réduction qu’on cuisait dans les fours à bois avec beaucoup de fumée et, donc, au lieu d’être vert, l’oxyde de cuivre se transformait en rouge, ce qu’on appelle le phénomène de réduction. Les chinois ont exploité çà au 17ème et surtout au 18ème siècle, ça a été magnifié, par contre, à d’autres époques, on a découvert l’uranium et du sélénium qu’on ne savait pas utiliser avant, on s’est mis à découvrir de nouvelles catégories rouges qui n’ont rien à voir avec les rouges chinois.

JP L

Le grand public vous connaît peut être un peu moins avec votre travail en ferblanterie ?

JP van Lith

ça a été lié à l’amusement, moi je n’étais pas ferblantier de formation, à Grasse il y avait une tradition de ferblanterie qui fabriquait les bidons pour le parfum, les entonnoirs, tout ce qui servait en parfumerie et moi, un jour, je récupère des boîtes de conserve et je fabrique un coq , je le vends, j’en refais un deuxième, je le vends. Deux ans après j’avais 9 ouvriers en m’amusant avec ces boîtes de récupération, à partir de là, j’ai commencé à faire des petits objets et puis, j’ai fait de plus en plus grand. J’avais réalisé par exemple à Monaco un éclairage en métal qui faisait 20m de long comme une grande plante qui se déroule sur un mur. J’ai fait aussi des arbres en métal également, je me suis formé au travail du métal, j’ai appris à souder, à riveter, à découper, à former au marteau.

JP L

les gens ne se doutent pas qu’il y a autant de travail manuel que de réflexion artistique ?

JP van Lith

moi, j’ai toujours apprécié les techniques, je me suis toujours formé dans la céramique, la verrerie ou dans le métal en apprenant quand même le maximum de ces métiers et c’est pour çà que j’écris maintenant des ouvrages sur la céramique, j’en ai publié un, il y a 14 ans, un dictionnaire encyclopédique de la céramique. J’ai un dictionnaire de de la verrerie qui va sortir, 17ans de recherche et l’année prochaine, il sortira un énorme dictionnaire, 40 ans de recherche sur la céramique dans le monde entier.

Tête céramique

JP L

A quel moment vous arrêtez vous de penser à votre art ?

JP Van Lith

En ce moment, je travaille à peu près jour et nuit, çà c’est depuis toujours, c’est ma vie de travail, je m’amuse beaucoup en travaillant.

Sérigraphie sur céramique

Sérigraphie sur céramique

L’artiste trop modeste n’ose pas dire qu’il est aussi musicien, si vous trouvez un jour un enregistrement de Jojo la Culasse et ses Mécanos, vous avez gagné le gros lot en sachant que le célèbre céramiste était le contrebassiste du groupe. Sachez également que si vous visitez l’Élysée lors des journées du Patrimoine, on peut admirer dans un salon un superbe service en verre que François Mitterrand avait commandé au maître verrier. Au sujet encore des artistes qui exposèrent en Juillet 1954 on peut noter l’absence de Pablo Picasso …mais ceci est une autre histoire qui paraît il dépasse largement le côté artistique de l’événement en cet été 54 à Biot.

Jean Pierre Lamouroux

 

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