Théâtre / Machekil Jensiyyeh

Quésaco ? Hé bien c’est le titre du dernier spectacle du Théâtre de la Cité.
Et c’est d’un humour décapant… et libanais, sans doute l’un parce que l’autre… et vice-versa

Chaker Bou Abdallah
Chaker Bou Abdallah

Machekil Jensiyeeh (en français « problème de nationalité ») est un monologue de Chaker Bou Abdallah, coécrit et mise en scène par Patricia Nammour. La pièce est le résultat du vécu de Chaker dans son pays natal : le Liban. A travers toutes les phases de sa vie et celle des gens qui la regardent, Chaker raconte pourquoi sa valise d’émigrant est toujours prête depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui. Dans un pays où il n’y a plus rien à aimer il s’attache aux souvenirs qui le retiennent à Beyrouth. Des souvenirs qui font rire et pleurer en même temps. Un homme sur scène, une vie qui se dévoile.

C’est l’histoire d’un  homme d’une quarantaine d’années dans son pays qu’il ne comprend plus : tous les événements de la vie sont problèmes dans un pays où devrait couler le lait et le miel : mais le lait a tourné et le miel s’est changé en fiel. Mais ce récit est trempé à l’encre de l’ironie constante, certes parfois douce-amère, sweet and sour. Cette ironie de ceux qui ont la force de l’autodérision, qui sont les seuls à pouvoir se moquer d’eux-mêmes : « Je me les sers moi-même, avec assez de verve/ Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve » (Cyrano de Bergerac).

Cet humour de la désespérance, au fond, c’est celui du peuple libanais. Comment un peuple aussi aimable, aussi peu va-t-en-guerre se retrouve t’il toujours au milieu de conflits ? Les libanais réponde par une métaphore (je cite de mémoire) : Lorsque Dieu a créé le Liban, il en a fait un véritable paradis. On demande à Dieu s’il n’en fait pas un peu trop. « Attendez de voir leurs voisins ».

Chaker Bou Abdallah a sur scène un naturel  de jeu, une aisance qui fait plaisir à voir. Il est d’entrée de jeu dans la confidence, dans la connivence avec nous. Nous rions de ces (j’ai dit ces et non pas ses) malheurs « lorsqu’en vient d’en rire on devrait en pleurer » (Alfred de Musset), car « l’humour, c’est la politesse du désespoir » (Boris Vian).

Affiche du spectacleJ’écrivais en début de cette chronique : «sa valise d’émigrant est toujours prête »  Ce spectacle prend une résonnance particulière aujourd’hui. Etre prêt à partir avec le minimum. A David Oïstrakh à qui l’on demandait pourquoi, parmi les violonistes, il y avait beaucoup de juifs, il répondait : « Vous vous voyez fuir un ghetto avec un piano à queue ? »

Ce spectacle était présenté par l’association OLEA,  association artistique installée à Nice depuis 2014, tournée vers le théâtre et les auteurs méditerranéens.  Elle est composée de comédiens, musiciens et d’une cinquantaine d’adhérents La première création, Bar de Spiro Scimone -dont ciaovivalaculture a parlé -est  actuellement en tournée dans toute la France, après une série de représentations dans les Alpes – Maritimes. L’objectif de l’association est d’encourager les échanges culturels entre les différents pays du bassin Méditerranéen à Nice. La venue en  France du spectacle de Chaker Bou Abdalla s’inscrit dans cette démarche.

Nous ne pouvons qu’espérer que le Théâtre de la Cité, qui concluait fort brillamment sa saison, continue ainsi son travail avec Oléa. Le one-man (voire woman) –show n’est pas précisément ma tasse de thé mais quand il a cette intelligence, cette qualité, ce sens, alors il devient mon verre d’arak*.

Jacques Barbarin

*alcool fort libanais

 

 

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