Cinéma / LA NOUVELLE VIE DE PAUL SNEIJDER de Thomas Vincent.

Victime d’un accident d’ascenseur  dont il réchappe mais dans lequel  il perd  sa  fille,  un cadre supérieur  quinquagénaire  de  Montréal  abattu par  le drame,  va  vouloir bouleverser sa  vie et se détacher de  toutes les dépendances   pour devenir  un homme  libre. Adapté  du célèbre  roman de  Jean-Paul  Dubois   par le réalisateur du Dernier Protocole ( 2008 )   qui en restitue avec délicatesse  à la fois  la noirceur désespérée  et l’ironie distanciée , comme contrepoint optimiste …

la nouvelle vie de Paul Sneijder : Promeneur de chiens
la nouvelle vie de Paul Sneijder ( Thierry Lhermitte ) : Promeneur de chiens

S’il  a réchappé  à l’accident  Paul Sneijder  n’en  porte pas  moins les  séquelles  du traumatisme subi. Séquelles mentales , angoisses  et peurs   liée   à celui-ci  et  cette  « phobie » des  ascenseurs dont  il n’arrive plus  à se  débarrasser. Séquelles physiques, aussi  , avec  une rééducation  à poursuivre   après  sa  sortie de l’hôpital   par  de longues séances de marche qui  doivent lui permettre de  ne plus  boiter et avoir recours  à l’usage d’une  canne pour  marcher.  Dans la remarquable   scène   d’ouverture qui  nous le montre  encore sous le choc  et claudiquant , se  rendant  au funérarium pour  y récupérer les cendres de  sa fille,  portant encore  tout  le poids  du drame  et presque  absent,  le  voilà  qui se retrouve  confronté  à une  étonnante  suggestion   de la part  de  la personne chargée  de lui remettre  l’urne  qui ,  le voyant  accablé ,  lui  propose  maladroitement   » un pendentif  permettant de porter  les cendres  du défunt  sur  soi « ,   ajoutant  que c’est  un  produit  recherché  pouvant être  un « accompagnement »  au deuil . Interloqué   mais  impassible   ce dernier décline l’offre  aussi  morbide que saugrenue. Thomas Vincent introduit d’emblée  ce décalage  dans lequel désormais  Paul   s’inscrit  dans  le  monde  qui l’entoure  et  dont  il   mesure  le  poids  depuis  ce drame   vécu  qui  lui a ouvert les yeux. L’ironie  distanciée , l’humour  absurde  de  cette  séquence   qui   le  souligne  »  l’humour  est une défense  contre l’angoisse  et l’idée de mort »  , dit  le cinéaste  qui  restitue  ici  avec   subtilité  la  tonalité  du récit de  Jean- Paul Dubois .  C’est  la belle idée  du   film qui  installe  d’emblée le  spectateur  dans cette  nécessaire  empathie   » complice  »  avec  le personnage , lui permettant  de le suivre   et  le comprendre dans  les méandres de  son  parcours de  deuil, et de  renaissance …

La patron de l'entreprsie Canine ( Guillaume Cyr )
La patron ( guillaume  Cyr  ) de la société de promeneurs de chiens .

Dès  lors , le choix qui nous embarque dans  cette  intimité  complice,  jouant d’ailleurs   habilement   à la fois avec la  détermination  via  laquelle  Paul cherche   à se sortir  la  tête de  l’eau , et,  en même temps avec  l’ironie   et  la dérision du regard qu’il porte sur lui- même, Thomas  Vincent offre  à  son  approche   une belle  dimension  humaine  ouvrant  à   la  fois  à l’introspection de  celui-ci   et   à celle  du monde  extérieur avec lequel  son  rapport  , comme son regard sont désormais radicalement modifiés  en forme de rejet . Dans l’atmosphère de l’hiver  Québécois   et dans ce  quartier   résidentiel  chic  des nouveaux riches   où il  a   reconstruit  une vie   confortable, Paul prend désormais la mesure de  sa  vacuité . Ce  monde  moderne  dont   la symbolique de  l’ascenseur   (social ) qui  permet de   grimper  jusqu’au  sommet  par une  dynamique  de  « management »   qui  rend esclave  et   oblige  à  sacrifier  sa  vie  ( et ses proches)  pour y parvenir   . »  il a été  un lâche très longtemps , et l’histoire  du film , c’est comment  tout d’un coup , il se prend cette  lâcheté en pleine face, comment il réagit   et comment il décide de se réformer  »  , explique   le  cinéaste . Efficaces , les  séquences  qui  montrent  son   parcours de  détachement  nous offrant  un « concentré  » de  ce qu’il  refuse désormais ,  employant  le terme    de  « société anonyme  »   en parlant  de  ce qu’est devenue  sa  famille  au fil des ans  , esclave  de  ce modèle  . Brossant le portrait acide d’une  compagne et  mère , Anna ( Géraldine Pailhas)  qui  l’a  coupé  de sa  fille   ( née  d’un premier mariage )   et qui  régit depuis vingt ans  désormais  la  maison  « comme  une entreprise » . Ayant Pris  sa revanche sociale  en réussissant  à accéder  au  sommet , elle  ne  peut envisager de perdre ses acquis , et  le  conflit avec  Paul s’envenime  lorsqu’il   veut  renoncer  à ce modèle … et  tout lâcher,  en choisissant  de  devenir  « promeneur de  chiens ». Mettant le standing de vie  de  la famille et l’avenir  des enfants  ( promis aux  grandes universités  )  en  danger…

au second plan , Anna ( Géraldine Pailhas) la femme de Paul ( Thierry Lhermitte
au second plan , Anna ( Géraldine Pailhas) la femme de Paul ( Thierry Lhermitte ).

La  guerre  du couple  qui s’ouvre , et   Paul  qui  reste  droit dans ses  nouvelles  bottes  , sans  savoir  jusqu’où  il  pourra  aller   menacé par  sa  femme      ( de divorce,  et qui   veut  le  faire interner ! )  et rejeté par  ses  enfants ,  il tente de  trouver   un équilibre dans  cette  nouvelle  occupation  de             » promeneur de chiens »   qui le ramène au plus bas de  l’échelle  sociale  et  lui fait découvrir   un tout autre  monde ,  dans lequel   il peut enfin trouver  une certaine sérénité  morale et  mentale . Annoncée d’ailleurs   par  ce  petit coin de ciel  bleu dans  la  froidure de l’hiver  lors de sa  première promenade  Canine .  Thomas  Vincent réussit  superbement  la  description de  la  métamorphose  de  son héros  qu’il  accompagne par  une mise  en scène qui nous  y  immerge  avec  lui , servi par   un Thierry  Lhermitte , tout en retenue et formidable!.  Une mise  en  scène   ménageant les  surprises et les  tonalités  des situations  permettant de  montrer  sa   lente  renaissance   à la vie . Le  mesurant  au déclassement social   » il devient un ramasseur de crottes de chiens , il échappe au contrôle par  le bas , en se laissant couler , il dévient un intouchable » , et  à  un autre  univers  et des personnages  ou personnalités   qui  vont  lui permettre de s’affranchir. A l’image  du patron  de la  société de  promeneurs  de chiens ( Guillaume Cyr )  impayable  en « fan » de nombres premiers , ou  du représentant de la société d’ascenseurs  ( Pierre Curzi  )  avec lequel des  relations  étonnantes  vont  se nouer  sur fond   de  négociations de  dédommagements .  Et aussi , de  se  révolter encore  (   la belle séquence  avec   le  maître  du chien à concours   qui le traite de  « minable »  lorsqu’il refuse de   continuer à participer à  accompagner son  chien  à ces concours  qu’il considère  comme des  machines   d’exhibitionnisme animalier ! ) ,   pour  pouvoir   enfin   prendre  son destin  en  mains .  C’est   dans la restitution de  ce parcours  que  le  récit   de  Thomas Vincent   , trouve  sa  belle dimension   dans la manière de   filmer  les  lieux  et les gens  et  dans  ce  que les uns et les autres ,  révèlent.

Le représentant de la compagnie d'ascensurs ( Pierre Curzi ) et Paul ( Thierry Lhermitte )
Le représentant de la compagnie d’ascenseurs         ( Pierre Curzi ) et Paul ( Thierry Lhermitte )

Souvenez-vous de  l’approche qu’il  faisait de ses personnages et de l’atmosphère  qui présidait  à  son  premier  long métrage , Karnaval ( 1999 )  qui l’avait révélé  dans lequel  déjà l’osmose  les destinées  des  personnages  se  jouaient  dans   le  cadre  d’une  Ville (  Dunkerque   et son  Carnaval )  trouvant sa pleine dimension humaine et dramatique .  On  retrouve ici cette même  osmose   qui traduit magnifiquement le cheminement de  Paul  son héros , qu’une   belle  bande  sonore  (  bruits et accompagnement musical )   accompagne   par  ses  tonalité , dans  sa  fragilité et  par   la  tension   ( la scène finale )  oppressante  qui  l’habite…  dans  le cheminement de sa métamorphose intérieure .

(Etienne Ballérini)

LA NOUVELEL VIE DE  PAUL SNEIJDER  de  Thomas  Vincent – 2106

Avec :Thierry Lhermitte , Géraldine Pialhas, Pierre Curzi , Guillaume Cyr , Hugo Dube, Gabriel Sabourin….

 

 

 

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