Cinéma / Mr. GAGA de Tomer Heymann.

Les  secrets  de la  passion, de   l’art  et  de la  créativité  du  danseur et Chorégraphe Israëlien  Ohad Naharin,   mis   à nu  par  le  cinéaste -documentariste Tomer  Heymann , qui nous  en fait pénétrer  l’intimité réputée  inaccessible  et les  coulisses  de  son travail et de sa  compagnie,  complété par  une   multitude des  documents  et d’extraits de  ses  spectacles . Un grand documentaire  à ne pas manquer … 

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Le danseur Chorégraphe  Israélien   dont  son  compatriote nous propose  le  riche portrait  qui  lui a  valu  près se  huit ans  de travail acharné  pour   trouver  tous les  documents  ( 650 Heures de  rushes )  qui l’illustrent , mais aussi  pour   pénétrer  l’univers  d’un  artiste créateur  à  la très  forte personnalité  qui n’aime pas  se livrer devant les  caméras  estimant que c’est  son  oeuvre qui porte la marque de sa  personnalité , et parle  pour  lui  . Si le  créateur a  fini par  céder  et  se  livrer c’est parce que  , le réalisateur  qui a  été  bouleversé par  un de ses  spectacles  en 1990 , n’a  cessé depuis de le  suivre  dans  son travail  et  réalisé  avec  Out of Focus  (2007 ) une première approche . Mais  cette approche réalisée  lors des séances de  travail  à la Cédar Lake  Company de  New York   n’était   selon le cinéaste  « que la partie  émergée de l’iceberg  et j’ai  voulu  en savoir plus sur  lui« ,  alors  il lui demande l’autorisation de  le  suivre  dans son travail quotidien  à son retour en Israël   dans le studio de la Batsheva  Company . Permission accordée    qui lui a permis de  « forcer » la réticence   de  son  sujet   » très généreux quand il parle de  son travail , mais moins disposé  à parler  de sa  vie privée  »   et qui a  fini par   se  faire  « ouvrir  ses  trésors  »  (  photos, images de  son enfance  ,  de  la guerre du  Kippour ,  de ses  premières auditions, de ses  premiers pas de  danseur …)  et   se  faire  « accepter  » au coeur du travail de  la compagnie , et  surtout  arriver enfin  par  capter  les  « confidences  »  de la vie privée  d’Ohad  Naharin   dont  la  vision   du  film, nous   montre  à quel point  elles sont révélatrices  de ce qui s’y répercute de  son  travail  et de  l’impact émotionnel qui s’en dégage .

Ohad Naharin , en cours de Danse
Ohad Naharin , en cours de Danse

C’est au bout  du compte  une  personnalité  fascinante  qui nous est présentée , personnalité  autoritaire certes et  d’une grande  exigence  avec  ses  danseurs ,  et  faisant preuve d’une  créativité  sans relâche et  d’une inventivité  gestuelle,  technique et  esthétique  qui   cherche à repousser  les  limites, comme le  révèlent les précieux témoignages des danseurs  et danseuses qu’il a eu sous ses ordres et  à qui il ne cesse  de faire recommencer  les  gestes  ou les attitudes  jusqu’à la perfection  souhaitée  ( scène incroyables …) . impitoyable  comme le danseur qu’il a été  et  qui a tellement poussé  son corps  jusqu’à la faire  craquer  et   à devoir s’arrêter  risquant la paralysie . L’acharnement  de  sa  lutte   pour la rééducation   sera  encore pour lui  un « outil » de  créativité  qui  lui inspirera   cette  technique de  danse , dont il est  l’inventeur  et qui porte le nom  du premier  mot   » gaga »  qu’il aurait prononcé  enfant , selon sa  mère  .  » Gaga, dit-il , est un langage incarné dans une série de  mouvements. Le principe est d’écouter son corps avant de lui dire  quoi faire. Procéder ainsi permet de prendre conscience de nos blocages , de nos faiblesses/ atrophies , et aussi de  dépasser  chaque jour ces limités  devenues  routinières , familières. L’idée est de développer  une habileté à se déplacer instinctivement en apprenant à lier ensemble la délicatesse  et  la puissance instinctive que nous avons tous en nous. Apprendre  à rire de nous mêmes , à mettre  ensemble notre passion avec la puissance de notre imaginaire , tout en développant notre habileté, nos  compétences physiques »  explique -t-il . Chemin contre la douleur  et les blessures  et  vers  la guérison (   les  étonnantes scènes de séances  collectives ) , la recette porte ses fruits…

une scène de danse collective...
une scène de danse collective…

Finalement  à l’image de  cette  technique  de  danse   « curative »  née  de  son expérience de  rééducation  , la  belle idée  au coeur  du  documentaire  est  de  tenter de creuser avec habileté , ce rapport  si  difficile à cerner   entre  vie et  création . Jusqu’à quel point l’une  se reflète-t-elle dans l’autre?.   La  vie  d’Ohad  Naharin  est en ce sens    un roman   qui  s’ouvre à tous  les  possibles  et  l’imaginaire  du créateur  qui  fait le  reste  , pour les sublimer .  » je n’ai jamais vu  une telle alliance de beauté , d’énergie  et de technique »  dira  le  grand Mikhaïl Baryshnikov.  Et   sont superbes , les séquences  qui  analysent  ce rapport intime   de la vie  et la créativité , lorsque  nous est racontée  l’histoire du frère jumeau  autiste   avec lequel  seule leur  grand-mère  pouvait  communiquer en dansant  et qu’à la mort de  celle-ci,   Ohad prenant le relais de cette  dernière  perpétuera le  » lien » avec  ce  frère  , grâce à  la  danse . De  la même manière que l’amour   – celui  de  Mari Kajiwara  la danseuse  étoile Nippo-Americaine  de  la Company Alvin Ailey (  à qui le film est dédié )  , la première femme d’Ohad  morte d’une  cancer  à  50 ans  –   sera  également un élément moteur qui  permettra  à ce dernier  de  « sublimer »   au delà  de la mort   par   la chorégraphie  d’un   « duo »  de gestuelle   amoureuse  de  toute beauté   qui se perpétuera  au delà de la  séparation des  corps  . Et  puis la  vie  qui  continue  et le travail  et  ce besoin de   dire  les  choses , de  créer  cette  communion nécessaire  avec  le  public  qui  guide le  chorégraphe  » je me bats   pour vivre et créer des  moments beaux et profonds, porteurs de  sens (…) on véhicule des  valeurs  humaines , de la fantaisie , des émotions , une technique , une façon de raconter des  histoires » , dit-il . Et l’une des plus belles  scènes  du  film,  le réalisateur Tomer  Heymann, nous   l’offre au coeur  du lâcher- prise d’une séance de travail  au cours de laquelle vient s’insérer  le  quotidien, avec les pleurs de Noga la  petite  fille  du couple  qui vient en  bouleverser le déroulement . La vie privée   venant  perturber le travail professionnel , et  Nohad stupéfait et  impuissant  qui doit  se  rendre  à l’évidence  :  pour la première fois   son sérieux et  son exigence   son pris  à défaut par  son petit   bout de chou…

Le "duo " amoureux...
Le « duo  » amoureux…

Enfin, l’un des aspects importants  du film est  aussi de  souligner au delà de  l’énergie,  qui , des  répétitions se  répercute  sur scène dans ses superbes   chorégraphies  , reflet   de cette  indéfectible  volonté qui  l’anime  et  qui sous-tend  ses  créations  et  son travail   porté par  un  refus des  facilités  qui risqueraient  de le  voir se  détacher   de  ce qui  lui paraît  être  la matière  vive même  de  ce que  doit être  l’inventivité créatrice devant rester  libre de  toutes  compromissions  et  autres  concessions . Pour lui ,  il  est devenu impossible  de céder  à quelques  pression que ce soit .  il  le  démontre , en  restant droit dans ses  bottes  quitte à se faire des  ennemis ( mais  à se  gagner aussi des  amis )  , en imposant   la mixité   raciale dans  la  Batsheva Dance Company   où les  danseurs  Israéliens  et étrangers  sont encouragés  à  affirmer leur propre  créativité  « lorsque je choisis les  danseurs  je ne me soucie pas de leur origine géographique , ethnique ou de leurs nationalités. Je veux des  personnalités , des  danseurs intelligents, créatifs, généreux, passionnés, honnêtes , qui  ont le sens de l’harmonie et de la  musique , du style  et qui ont soif d’apprendre . la plupart du  temps la compagnie est composée  pour moitié d’Israélien et  pour moitié  de danseurs  du monde  entier »  , dit-il dans le  dossier de presse du  film. Un autre événement de retentissement international   va , aussi , démontrer son positionnement politique et  son refus de  céder aux  pressions , comme  en 1998   lors des célébrations  du 50 éme  anniversaire  de   l’état d’Israël ,  lorsqu’il refuse de  céder aux pressions intégristes   demandant à  ce que  les danseurs  de   la chorégraphie  soient couverts, et ,  suivi  par  ses   danseurs   il annoncera  devant  un parterre  de  chefs d’états  du monde  entier , que  la représentation n’aura pas  lieu !. Manifestations monstres de  soutien et le  gouvernement  mis au pied   du mur. Dans l’un de ses  derniers spectacles  Last Wark (2015)  il fustige la politique Israélienne «  l’occupation  doit cesser …la politique doit  se libérer  du religieux , il est temps d’apprendre  enfin à respecter l’autre et ses droits inaliénables » .

une scène d'un de ses spectacles
une scène de l’un de ses spectacles….

Si  vous  connaissez   mal (  ou peu ) le  grand artiste  et créateur , ce film  passionnant de bout en bout ,  vous  le  fera découvrir  avec  une multitudes de  documents   -rares – à l’appui .  La beauté de  ses créations  en même temps que  l’inventivité  des  ses chorégraphies  et gestuelles ,   comme de ses  recherches  artistiques , vous  séduiront   comme nous, nous l’avons étés.  Un des  plus beaux  documentaires sur la  danse .

( Etienne Ballérini)

Mr GAGA  de Tomer  Heymann -2016- Documentaire Israélien .                                                                                                                                                                  Avec  : Ohad Naharin   , et  de  nombreux documents et inédits et  entretiens.

 

 

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