Cinéma / Journal de Cannes 2016 ( No.8 )

Nouvelle  journée    au Festival de  Cannes avec  en lice  en Compétition les   frères Dardenne  habitués   de  la Croisette  qui présentaient leur nouveau  film  La Fille  inconnue  avec  Adèle  Haenel   en médecin généraliste   qui enquête sur la mort d’une jeune fille  , et  le cinéaste    Pilippin Brillante Mendonça  avec  Ma’ Rosa  une  boutiquière  compromise dans  un  trafic  d’amphétamines . Dans la section Un certain Regard  nouvelle  jolie  moisson  quotidienne avec eux  films traitant  des  conflits familiaux  :  Inversion   de l’Iranien Behnam Behzadi  et  Après  la Tempête du  cinéaste Japonais  Hirokazu Kore  Eda . L’événement  ce fut aussi  la leçon de cinéma  de   William Friedkin   .                                           (  en bas de page  les  Photocall des  films  du jour  )

Une scène de La Fille inconnue de Jean-Pierre et Luc dardenne
Une scène de La Fille inconnue de Jean-Pierre et Luc dardenne

La  fille inconnue de  Jean Pierre  et Luc  Dardenne(  Compétiton )

Après Deux  jours  et un nuit présenté  sur la croisette en 2014 , les frères cinéaste  Belges   palmés  à deux reprises ( Rosetta / 1999  et  L’enfant / 2005 )  sont  à  nouveau en compétition avec   un film qui s’inscrit dans la continuité de  leur  oeuvre   dont ils perfectionnent de   film en film  la  recherche styliste  et  l’introspection psychologique des  personnages  confrontés a  des cas  de  conscience  qui   vont changer leur vie . C’est  ce  qui arrive  à  Jenny ( Adèle  Haenel , formidable )   médecin généraliste  qui  à la suite d’une harassante journée de travail    qui se prolonge  bien au delà de  l’heure de fermeture   entend sonner  à la porte   de celui-ci  mais ne va pas  ouvrir . Le lendemain  elle  apprendra par  la police  qu’une jeune femme  a  été retrouvée  assassinée   à  quelques centaines de mètres de  son  cabinet et  lui demande  de  voir la vidéo de surveillance   de  l’entrée et de la rue  pour chercher  à  savoir ce qui s’est passé  et   tenter d’identifier    la  jeune femme  retrouve  sans papiers .  Perturbée   par  ce qu’elle apprend Jenny  culpabilise  et s’en veut de n’avoir pas  ouvert ,  et n’arrive plus  à  se  détacher de   cet  événement   tragique  qui la hante  ont elle  veut comprendre les causes. Elle s’est  investie dans l’idée de réparer  cette  négligence   dont elle se sent  coupable   et se  substitue  même  dans  une enquête  parallèle à celle  de la Police  qui l’amène  à  chercher des  indices  et de  faire des rencontres  desquelles un  certaine vérité  va jaillir . C’est  une sort  de  quête  morale   qui va dicter   ses choix   qu’elle s’impose  pour tenter de réparer  sa  négligence , allant jusqu’à  investir dans  une tombe digne pour  cette  malheureuse. A  cet effet , aussi  elle  quitte son appartement  pour  se consacrer  à  son cabinet ,refusant  un poste  lucratif  qui  lui est proposé dans un grand hôpital  pour se consacrer  à ses clients   banlieue    de la  ville de Seraing  , province de  Liège.   Au delà  de cette  culpabilisant  ressentie mais  sereine , Jenny  saura-t-elle  rester , comme  elle  l’avait  dit  à  son stagiaire    » plus  forte   que ses  émotions » ? .   La  belle idée  du  film  des  frères cinéaste  c’est  tout au  long  du parcours de  Jenny  pour découvrir la vérité , de  la  voir   confronter  à  la perception de  ceux  aspects  révélateurs  de  la  violence   sociale     de  notre époque  dont  ils   déclinent  ici   une  nouvelle  approche  . Celles  des maux   dont les  corps  se  font les   révélateurs  dans  son cabinet  ( malaises,  crises  et  douleurs…)  de  leurs  maux  .  Sa  force sera  de se servir de  cette capacité d’écoute des  corps et  de  ce qu’ils révèlent aussi de  la psychologie  des  individus  pour déceler  les  failles  .  Dans  l’un  , comme dans l’autre cas   celles-ci   se  font le  miroir  de la  société et  d »une réalité   dont  ils   sont   porteurs des maux      ( précarité , marginalisation )  et de la  violence   sociale  .   force  du récit   c’est  de  se  placer dans  le  cadre de  « secret médical  »  dont  Jenny ne maque pas de rappeler   tout  au  long de sa recherche    sous le  signe de celui-ci ,  afin d’obtenir   par  celui-ci  le « diagnostic de  la  vérité , objet d »une  magnifique scène   finale  au cours de laquelle   le  coupable     aura   lui-même à faire  son choix  moral   et   affronter  les  conséquences de  son acte .  Le  film s’enrichit  à cet égard d’une multitudes de personnages  qui  vont être  confrontés  à  ces choix moraux  à  affronter  comme l’illustre encore  la   belle  scène  où la soeur de la victime  va   se  confier  à Jenny , de  la  même manière   que le beau  personnage de  Julien l’assistant de  Jenny   révèlera la raison pour laquelle  il a    voulu  quitter  sa  vocation.   Avec cette  honnêteté   qui  singularise leur cinéma , les  frères Dardenne , nous offrent une fois encore  un  très  beau  film…

Une scène de Ma' Rosa de Brillante Mendonça
Une scène de Ma’ Rosa de Brillante Mendonça.

Ma’  Rosa  de  Brillante  Mendonça ( Compétition )

Le  Cinéaste Philippin primé  à Cannes  pour sa  mise  en scène de  Kalatay (2009 )  était  également  hier  à  nouveau  en  compétition  avec  son nouveau film  consacré  a  son héroïne  Rosa  du titre  du  film  qui   avec  son mari tient    une  boutique  dans un quartier  pauvre de  manille ,   très fréquentée par  les jeunes  qui vend une multitude de produits   mais  fait aussi  quelque peu dans l’illégalité    qui permet de  la rentabiliser    en vendant des  amphétamines . Si  tout le monde  connaît et apprécie Ma’ Risa ,   un jour sur dénonciation anonyme la police   fait  irruption et  arrête  le couple  qui  se  retrouve en prison et sommé de  « donner »   ses   fournisseurs  de drogue sous peine d’être  maintenue en  prison et   différés  en justice .   Dès  lors  le cinéaste  nous  entraîne dans  ce qui  fait la spécificité de  son cinéma  dénonciateur des maux  et des compromissions de  son pays    dont il dénonce les  violences , en même temps  explore les raisons  qui amènent à  transgresser  les  valeurs  fondamentales   «  cette  histoire m’interesse  car elle plonge dans le coeur dérangeant d’une  famille Philippine ordinaire . lorsqu’un membre de votre famille est dans  une situation difficile  en raison de ses  méfaits  seriez-vous prêt  a tout faire pour lui éviter  les  difficultés même si cela  implique de transgresser les valeurs  fondamentales ? . dans une société où la loi  du plus fort  un fait , la famille devient amorale »  , dit  le cinéaste .  Et c’est  ce qui va se passer  pour   Ma’ Rosa qui  appelle à la rescousse  ses   quatre enfants   pour   aller demander à ses mais de l’aider  à  recueillir  l’importante  somme  qui  lui permettrait de  sortir du  commissariat  où les  policiers  corrompus     demandent des sommes  astronomiques   qu’ils empochent  pour  libérer  les auteurs de méfaits .   Le  cinéaste  brosse  le  double portrait de  ces agents de  police  corrompus  qui  rackettent    à leur bénéfice   et profitent d’un laisser   faire   et  impunité  , utilisant aussi la violence comme  le  révele  une scène très  forte  où ils  tabassent un suspect  qui ne peut leur   donner  la somme exigée  . De  la même  manière qu’il  montre  au travers du parcours des quatre enfants de Ma’ Rosa   pour  trouver la somme   demandée  pour  la  libérer  ,  comment ces derniers  sont prêts  à  tout  pour arriver  à leur  fin   et  donc  plonger dans  cette transgression citée  comme  un fléau    revers de  la médaille de la  loi  du plus  fort !.   Le  film trouve sa  force dans un dispositif de  mise  en scène en longs plans  séquences   filmés  caméra  à l’épaule , qui  illustrent les scènes  à l’intérieur  du commissariat    ou dans les maisons   des  personnages   visités par  les enfants de  Ma’ Rosa. Le  dispositif de la mise en place de chaque plan séquences  où se déroulent une  multitude de situations   et  de   mouvements dans le cadre de l’image  , fait  l’objet d’une travail assez  époustouflant  donnant  vie  , intensité dramatique et réalisme  à chacune  d’entr’elles .   Fiction et réalisme  documentaire s’y  entrechoquent  dans le cadre de vie  quotidien  .  Un travail  aussi passionnant  que  fascinant …

l'affiche du Film Inversion de Benham Behzadi
l’affiche du Film Inversion de Behnam Behzadi

 Inversion de  Behnam Behzadi

Le cinéaste  Iranien  dont c’est le  quatrième  long métrage  raconte l’histoire  d’une jeune femme  Niloofar  qui  vit seule avec sa mère   à Téhéran  et  qui  voit sa  famille intervenir  dans  sa  vie  et ses choix  prétextant  de   la pollution de l’air  dans la ville   néfaste   pour la mère   ,   s’alliant  et contraignant  Niloofar   à déménager et vivre avec elle  à la  campagne  .  Toujours   soumise   jusque  là  à  se  famille , cette fois-ci  la  jeune  femme va s’opposer  à  leur décision .  C’est  de cette  « inversion  »   dont elle  fait  preuve   pour exiger le respect de  ses  choix   qui est au coeur  du récit , mais  s’y  fait aussi   le  reflet  d’une  double  dimension     emblématique    qui  lui permet   en miroir  d’évoquer   le   » climat »  politique  du pays  et  des tiraillements qui s’y manifestent     concernant les   thématiques  d u poids des  traditions  , des droits des femmes   dans la société  et dans la famille  , des libertés .  enrobée   Dès  lors  toutes  les  scènes  qui   s’y inscrivent   et  relatant les     relations  qui se  sont instaurées  entre    Niloofar et sa   famille  et   les    pressions  de   toutes sortes  qu’elle subit  pour    s’y  plier  .  Les  menaces  , les   rapports de  forces et les  humiliations   qui  parsèment les  séquences  où  tout  à  tour  chacun y va de  ses  arguments  et  du poids  dans   la  « tribu »  familiale  pour    la  contraindre .   C’est une autre sorte de  « pollution »  que  cette dernière  subit  de la part de  sa  famille  , mais aussi parfois de  l’entourage proche de celle-ci  . qui ne manque pas  de venir  y  apporter sa pierre sous les  conseils avisés .  Mais   Cette dernière  qui  a  compris  depuis  son plis jeune âge    comment  chacun  a  su   les armes  contre elle  pour   la  réduire  à la soumission , mais parfois aussi  de la  spolier   en   sa faveur . Si l’appui   et l’amour     maternel    lui a valu  parfois d’être protégé  , il  lui a fallu  souvent  utiliser   la ruse  pour se  protéger  et  s’en sortir  face à  une fratrie   jalouse et  des  cousin et autres  parents  éloignés   qui  en raison de  la vieillesse de la mère  posent  déjà les jalons .   Trop c’est  trop, et  Nillofar passe   à l’attaque   et sa politique est désormais de  désobéir  et  de  se  faire un malin plaisir de contrer les décisions    prises en sa défaveur  .  Elle s’était habituée  à subir , désormais ce  sont les  autres qui devront s’habituer  à se choix  et  décisions provocatrices . Même  cet   cet  homme qui a  des vues  sur  elles  mais  qui a  du mal   à  se   décider en fera  un moment les frais  avant  de   se   voir  ouvrir la  voie ..   rebelle  et  battante   c’est elle désormais  qui aura   fera l ses choix de vie…

Affiche de Après La Tempete d' Hirokazu Kore-Eda
Affiche de Après La Tempete d’ Hirokazu Kore-Eda

Après la Tempête de   Hirokazy Kore-Edar (  Un Certain Regard )

Après  le récent    Notre petite  soeur ( 2015 ) me cinéaste  japonais  a présenté  hier   son nouveau film  à  cannes  s’inscrit dans  la  continuité d’une oeuvre  qui  fait la part  belle aux    rapports familiaux    dont  vous avez  pu  suivre    les fils  distribués  dans  notre pays et présentés   das la passé  au Festival de Cannes  (  Tel Père , Tel  fils   ou Nobody Knows )  les qualités  et la sensibilité de son regard    qui  fait la part belle  aux  sentiments  refoulés  , aux  non  dits  et a  toutes  ces    réserves  qui    compliquent les   rapports  familiaux  et  finissent par  les  polluer  .   » tout le monde ne  peut pas devenir  ce  qu’il  voudrait  être » , telle  est  la phrase  qui lui est venue  à l’idée  pour  écrire   le personnage principal de  son   film  Ryota ,  qui ne  sait pas se  décide  sur  ce qu’il veut  être   , et  doublonne un travail pour  une agence de détective et   sa passion pour l’écriture   qu’il rêve de  concrétiser  . il y arrivera d’ailleurs avec une première  publication qui  va  avoir  du mal a  trouver une suite .  Car  il  multiplie  les  maladresses . en jouant par  exemple aux  courses  son  salaire de  détective  qui ne lui permet pas de payer  régulièrement sa  pension  alimentaire    à  sa femme  dont il est divorcé  et qui élève   son fils de  11 an  qu’il voit rarement .   Des  hommes  comme Ryota  le cinéaste estime  qu’il y  en a  beaucoup  qui sont  incapables de  construire le  bonheur  . brûlant leurs vies  et se rendant   leur  bonheur inaccessible . pourtant  notre  Ryota  aura  ici un  dernier sursaut décidé  à  reconquérir  sa  famille ,  un typhon   lui  offrira  même l’ opportunité d’un  nuit    à passer  ensemble    pour tenter de  recoller les morceaux et de repartir  .  Et finalement redevenir  adultes . Alors   lorsque  Ryota   revient  vers  sa  famille c’est vers sa  mère , Yoshiko (  Kiki Kirin , géniale !)   qu’il se tourne  et   qui ne le ménage pas  ,  d’ailleurs  celle-ci est impayable dans les défis qu’elle  lui lance  tout le  temps  ou les  provocations   et les   critiques   fusent  ,  à l’image  de  cette scène de  discussion  qu’elle termine  en lui rétorquant   » j’ai  dit des choses  passionnante et essentielles  tu devrais les  noter  pour  ton prochain  livre! »   .  Et  puis lorsque  sa  femme et son fils   se  joignent , les  rancoeurs  accumulées    qui ressortent  et   la  vieille mère qui  tente d’en limiter l’impact avec  ces  facéties et  ses   incessantes provocations destinées  à détourner  les  conflits  .  Et ce fils  qui  avoue  ne  pas  vouloir ressembler   à son père…  Au coeur de  l’intimité la maison   puis se prolongeant  dans  la promiscuité   du refuge    de la nuit orageuse, les  langues  se délient de  l’orage des sentiments  et   finissent par  céder   et    »  accepter  les changements  »   ,  comme  une petite  musique de  réconciliation   qui s’installe . Le  mouvement  qui semblait  impossible  est  en marche …

(Etienne Ballérini)

Les films  du Jour 19 Mai 2016 :

Baccalaureat  de Cristi Mungiu ( Compétition)

Juste la  fin du monde  de Xavier  Dolan ( Compétition)

Pericle il Nero  de  Stefano Mordini ( Un Certain Regard )

Hymyleva Lies de  Juho Kouosmanen ( Un Certain Regard )

Gimme  Danger de  JimJarmusch ( Hors Compétition)

La Mort de  Louis XIV  de Albert Serra

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Le  Photocall  du Jour  18 Mai 2016  par Philippe Prost :

Les frères Dardenne réalisteurd de La fille inconnue
Les frères Dardenne réalisteurs  de La fille inconnue
l'équipe du film Ma Rosa de Brillante Mendonça
l’équipe du film Ma’ Rosa de Brillante Mendonça
la montée des Marches de l'équipe du film Aquarius de Kléber Mendonça Filho
la montée des Marches de l’équipe du film Aquarius de Kléber Mendonça Filho
la montée des Marches de l'équipe du film Aquarius de Kléber Mendonça Filho
la montée des Marches de l’équipe du film Aquarius de Kléber Mendonça Filho
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