Cinéma / Journal de Cannes 2016 ( No.4 )

Encore un moisson interréssante hier pour la quatrième journée du Festival, avec en compétition notamment la surprise venue d’Allemagne de la belle comédie Toni Erdmann de Maren Ade , et le Mademoiselle de Park Chan-Wook situé durant l’occupation de la Corée par le Japon . A la section Un certain Regard Michaël o’shea pour son premier film  Transfiguration, explore le thème du vampirisme moderne et le Japonais Koji Fukada avec Harmonium  analyse  l’effondrement d’une famille avec les codes du thriller…

Tony Erdmann de Maren Ade ( Compétition )

Une scène du film Tony Erdmann de Maren Ade
Une scène du film Tony Erdmann de Maren Ade

Pour son troisième film la Productrice et cinéaste Allemande se retrouve en compétition officielle avec un film où la comédie côtoie les rapports père -fille et le regard dur sur la société Capitaliste via ses bureaux d’études qui sont chargés dévaluer les coûts et les plans sociaux envisagés par les entreprises ou par certains gouvernements pour lesquels ils travaillent , en se mettant au premier plan ce qui permet notamment en ce qui concerne les choix ayant des répercussions Politiques de les « protéger » derrière les travaux de ces cabinets de spécialistes de l’économie . Dans la première séquence le film nous présente  un homme  à peine sorti de prison dont le comportement se révèle assez excentrique comme le montre cette scène où le visage déguisé il accompagne un groupe de jeunes pour un spectacle dans un asile de vieux où il a trouvé du travail . Puis retrouve sa fille  , de  passage  rapide   profitant d’un court congé , travaillant dans  un  de ces cabinet d ‘études  et  qui  doit  finaliser  le , concernant un projet d’externalisation de certains chantiers à l’étranger . Les courtes retrouvailles laissent supposer une certaine distance entre le père et la fille . Pourtant ce dernier décide de la rejoindre dans le lieu où elle travaille et elle  va l’amener dans certaines diners d’affaires où il se montre à la fois très curieux de ce qui s’y dit , mais également maladroit en voulant parfois imposer son opinion. Ce qui fait « tiquer » sa fille qui tente de l’écarter pour éviter de se retrouver en porte- à -faux d’autant que le bonhomme n’est pas du tout d’accord sur la manière dont sa fille est impliquée dans ce travail qui consiste au bout du compte à concocter des plans de restructurations et de licenciements dans de nombreuses branches de l’économie mondialisée …
Mais après avoir fait mine de partir , le voilà qu’il surgit lors d’une réunion sous une autre apparence et sous le nom de Toni Erdmann, s’imposant à chaque fois au grand dam de sa fille , provoquant des quiproquos , et se faisant passer  pour  son conseiller, s ‘inventant même représentant diplomatique de l’Allemagne !. Déguisements et autres stratagèmes farfelus et gags à mourir de rire . Sa fille déstabilisée, est au bord de la crise de nef et n’arrive plus à s’en débarrasser . Habilement la cinéaste installe via ces séquences la tentative de rapprochement via cette provocation qui va finir par faire mouche ( la magnifique scène où dans une réunion elle finit par céder au désir de ce dernier qui lui demande de chanter ) . Et puis celle-ci  qui finira aussi par s’interroger sur sa vie et son travail dont le cynisme des projets qu’elle défend fait hurler son père . Au cours de la scène finale où la réunion pour laquelle son patron lui a demandé de trouver une idée pour « resserrer les liens de l’équipe » , c’est littéralement la mise à nu que celle-ci va décliner . Non pas vaincue mais réconciliée avec elle même et avec son père . Un beau travail de mise en scène et de montage , des idées qui fusent , la comédie sociale qui s’installe comme celles qu’avait si bien réussies la Comédie Italienne  d’hier . Et ça fait mouche …

Mademoiselle de Park Chan-Wook ( Compétition)

Une scène de Mademoiselle de Park Chan-Wook
Une scène de Mademoiselle de Park Chan-Wook

Après Old Boy ( 2004 ) et Thirts (2009 ) le cinéaste Sud est revenu hier en compétition sur la croisette avec une adaptation du roman de Sarah waters dont il a transposé l’intrigue qui se situait dans l’Angleterre Victorienne , dans la Corée sous occupation Japonaise dans les années Trente dont , dès la première séquence on voit la jeune coréenne qui va devenir la servante , la Mademoiselle, d’une riche Japonaise  vivant recluse dans un manoir sous la  coupe d’un oncle tyrannique . Mais cette Demoiselle a un secret et  avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un conte Japonais , va  manipuler la riche Japonaise . La manipulation est donc au cœur du film et aussi de la mise en scène où au cours des trois parties du récit proposé les éléments présentés dans l’une se retrouvent contredits dans l’autre et les flash-backs qui interfèrent également au long de celui-ci , y inscrivant changements de points de vues et d’alliances et autres pièges. La forme de l’humour s’installe parfois dans les dialogues où l’on ne dit pas ce que l’on pense dans cette histoire d’arnaqueurs où la surprise est constante et se décline également dans l’histoire d’amour où s’insinuent la sexualité et les rites dont le cinéaste nous offre quelques séquences torrides et perverses . Park Chan-Wook se délecte dans ce récit des manipulations qui ne cessent de changer la donne et il les enveloppe dans une mise en scène où le travail sur les décors et les espaces révèlent également les différences de culture et de nationalités , ou coutumes . Et celle-ci qui dans chaque partie adopte le point de vue des personnages différents offre , en miroir du jeu des regards, celui des amples mouvements de caméra et des plans serrés qui les enveloppent ….

Harmonium de Koji Fukada ( Un Certain Regard )

Harmonium de Kuji Fukada
Harmonium de Kuji Fukada

Cinquième long métrage du cinéaste Japonais remarqué par Au revoir l’été ( 2013 ) au Festival des Trois continent à Nantes . Avec Harmonium il propose un récit qui mêle le thriller et la chronique familiale dont il aborde l’approche de tous les deux avec un certain recul par rapports aux codes habituels . A l’image de celui de la représentation de la famille dont il dit que l’image est souvent « idéalisée » dans le cinéma Japonais . Et ici dans les événements qui vont se dérouler dans cette famille de banlieue où un couple et sa fille vont voir arriver un ancien ami du maître du logis qui au sortir de prison va se présenter pour demander à travailler dans l’atelier qui est leur gagne pain . Ce dernier  accepté et logé dans la maison familiale va au fil des jours se faire  un peu trop intrusif , puis , un accident survenu à la fille de la maison qui va rester paralysée dont il est soupçonné et qu’accrédite sa fuite . Quelques années plus tard le jeune homme qui va se présenter pour travailler dans l’atelier va révéler un passé familial difficile avec un père qu’il n’a pas connu et qui a fait de la prison et une mère restée fidèle à ce dernier. . Insensiblement l’intrigue qui investit la forme du thriller va dévoiler ses mystères et installe un climat étrange où l’enquête traditionnelle du Polar va rester en marge pour laisser place à un suspense psychologique sur les répercussions du drame  et les séquelles vécues par la famille  . Habilement, la mise en scène prend le parti de donner à voir au spectateur ,qui , à partir des indices proposés va pouvoir faire fonctionner son imaginaire . L’écho de la dramaturgie du récit s’en retrouvant  accentuée …

Une scène de Transfiguration
Une scène de Transfiguration

Transfiguration de Michaël O’ Shea ( Un Certain Regard )
Pour son premier long métrage le cinéaste aborde le film de genre ( le film de vampires ) qu’il idans le décor moderne de la ville de Nex-york et au travers du quotidien d’une jeune adolescent de 14 ans Milo dont les parents sont décédés et qui vit dans un appartement avec son grand frère. Le jeune garçon s’est réfugié dans la passion pour les récits de vampires dont il collectionne les vidéos des films du genre qu’il va voir aussi à l’occasion au cinéma ( Vampyr de Dreyer ou encore Morse, Martin …sont ses films préférés ) . Cela lui fait oublier à la fois l’indifférence à  son égard  de ses camarades d’école et surtout les sarcasmes et la violence de la « bande de voyous », du quartier . Et puis la rencontre avec la voisine du 9éme ( elle aussi tyrannisée par un  oncle violent ) lui permet de se changer  les idées , une  amourette  va même naître . Mais la passion de Milo qui s’est transformée en « pulsion » irrepréssible qui le conduit à hanter les nuits de la ville , pourra-t-elle être réfrénée ? . Habilement le cinéaste revisite les codes du genre en y inscrivant son jeune héros moderne revendiquant sa vision « réaliste » du vampirisme dont il fustige la vision donnée par certains films ou séries ( son avis divergeant avec sa copine sur la série Twilight ) . La belle idée du film c’est de faire du jeune garçon black l’adepte de ce vampirisme « réaliste » revendiqué et s’inscrivant au bout du compte , comme une sorte de réponse  à la violence du monde moderne qui l’entourz, en vivant ses pulsions , comme une sorte d’échappatoire en forme de réponse suicidaire à celle-ci .

(Etienne Ballérini )

Le Programme des projections de ce Dimanche 15 Mai 2016 :
Mal de Pierres de Nicole Garcia ( Compétition)
American Money d’Andrea Arnold ( Compétition)
Caini de Bogdan Mirica ( UN Certain Regard )
Beyond the Mountains and Hills d’Eran Kolirin ( Un certain Regard )
Chouf de  Karim Dridi .

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Le  Photocall des films du jour  14 Mai par  Philippe Prost:

Photocall de Toni Erdmann de Mare Ade n
l’équipe  de Toni Erdmann de Maren Ade
l'équipe du Film Mademoiselle de Park Chan-Wook
l’équipe du Film Mademoiselle de Park Chan-Wook
l'équipe de ransfiguration de Michaël O' Shea
l’équipe de Transfiguration de Michaël O’ Shea
l'équipe de LBBG de Steven Spielberg
l’équipe de LBBG de Steven Spielberg
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