Théâtre / Résister, c’est exister

Superbe programme et surtout superbe spectacle vu le 30 avril au Théâtre de la Cité, qui l’avait découvert au festival  off d’Avignon en 2015 au Théâtre des Carmes. Résister, un verbe qui va bien au lieu fondé par André Benedetto. Ici, c’est un  théâtre généreux, engagé.

Resister c'est exister l'afficheFrançois Bourcier crée la Compagnie Théorème de Planck, qui puise sa réflexion dans la « révolution » que propose le Théorème de Planck, et questionne à travers lui le spectacle vivant d’aujourd’hui. Selon ce Théorème, seul l’observateur est à même de résoudre l’impossible, c’est celui qui observe qui crée.
Il parait donc essentiel de poser le regard en priorité sur des thèmes délicats et des périodes douloureuses de notre histoire de tenter un regard autrement, à travers des mises en abîme théâtrales de sujets historiques, politiques et philosophiques.
La Compagnie s’est ainsi penchée sur la notion de résistance. Résister, c’est exister, suit Lettre de délation où, seul en scène, François Bourcier donne vie à des dizaines de délateurs à travers la lecture d’authentiques lettres de délations.
François Bourcier suit une formation à l’Ecole de la Rue Blanche, puis se perfectionne avec Antoine Vitez, au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, tout comme avec Jacques Serres et Jean-Pierre Miquel. Enseignant à l’Université d’Evry pour les ADS, professeur aux Ateliers du Sudden théâtre, professeur d’Art dramatique au Centre des Arts de la Scène. En tant que metteur en scène : 45 mises en scène entre 1981 et 2015.
Dans Résister c’est exister, François Bourcier  fait revivre les résistants et les justes, ces « soutiers de la gloire » qui, par de simples petits gestes, au risque de leur propre vie, ont fait basculer l’histoire et capituler l’ennemi. Il donne vie et parole à une vingtaine de personnages : retraité, médecin, ménagère, proviseur, étudiant, paysan, tous issus de la Résistance Populaire. Résister ce n’est pas toujours saboter des ponts, c’était parfois crier : « vive la France » et, ainsi, risquer sa vie.
Sur scène, une vingtaine de vêtements comme suspendus dans les airs, ordinaires, comme ceux qui les ont habités, dans une palette de gris (notons la grande finition de la charte graphique). François Bourcier va se glisser de l’un à l’autre et donner un continuum à ces voix éparses, diverses, mais qui narrent tous, volens nolens, ce qu’ils croient être une non-aventure et qui n’est qu’actes de courage. Quant à certains actes rentrés dans l’histoire – comme l’exécution du groupe Manouchian, ils sont presque abordés à un détour.
Résister c'est exister 2Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants*

On pourrait se dire que la tonalité de ce spectacle est en accords mineurs, mais l’art du comédien de François Bourcier, son aisance dans l’occupation d’espace, son passage d’une théâtralité à une autre donne  à Résister, c’est exister, une musicalité en tons majeurs.
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles*

Le comédien sur scène est littéralement étonnant, il a quelque chose d’un Buster Keaton triste, prêt en un quart de seconde à passer d’un vieil homme au béret et à la blouse, à l’ agent de la maréchaussée en képi sur uniforme, au petit bourgeois en chapeau mou et costume sombre, au médecin peu téméraire mais profondément humain, à l’ humoriste sans couteau ni pain de plastique, bref à un « bestiaire » qui n’imaginent pas une seconde que les quelques actes qu’ils effectuent peuvent être assimilé à des actes de résistance. Et pourtant…
Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Résister c'est exister 1
C’est un théâtre fort, c’est un théâtre courageux, c’est un théâtre vivant au vrai sens du terme, c’est-à-dire que de te fabula narratur : et nous, qu’aurions nous fait ? Que ferons nous si ? Ce n’est pas un théâtre pédagogique, c’est un théâtre humain, de l’humain, qui ne pleurniche pas, qui sait la drôlerie, le poignant, l’art du comédien, la science des lumières, la précision de la mise en scène, l’intensité d’une bande son.
Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent (Lucie Aubrac)
Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps*

Résister, c’est exister, auteur François Bourcier, mise en scène et scénographie Isabelle Starkier, interprète François Bourcier, lumières A. de Carvhalo, Son Philippe Latron, Costumes Anne Bothuon

Jacques Barbarin

*vers extraits de « Strophes pour se souvenir » de Louis Aragon in « Le roman inachevé »

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