Littérature / Entre hommes de German Maggiori

EHTout commence lorsque Tuco, proxénète de son état, embarque une pute et deux transsexuels à une petite orgie très privée et très intime où se trouvent un juge, un sénateur et un banquier. Alimentée par l’alcool et la coke, la fête bat son plein, les cœurs battent la chamade jusqu’à ce que celui de la prostituée ne tienne pas le coup. Overdose. L’affaire pourrait s’arrêter-là, sauf que la séance a été filmée à l’insu des protagonistes qui ne vont pas tarder à agiter leur puissant réseau afin que l’on retrouve cette foutue cassette.

Ce « on », c’est Le Timbré et Le Boucher, deux policiers chargés de fouiller dans les bas-fonds de Buenos Aires jusqu’à ce qu’ils aient mis la main sur l’objet convoité. Le premier a pour caractéristique de réciter par cœur les articles du code pénal tout au long de la journée et de les psalmodier également afin de trouver le sommeil. Il s’agit d’un type complètement obsessionnel, rigide, maniaque qui pourrait jouer dans la cour des serial-killer. Le second est un ancien tortionnaire alcoolique.

Leurs recherches vont bientôt les faire évoluer en eaux très troubles dans lesquelles serpentent d’autres officines d’Etat (militaires et policières), officiel ou presque, et où finalement tous les coups sont permis. Se retrouvent mêlés à cette histoire sordide une bande de jeunes toxicos puis des braqueurs déjantés, La Mouche et Le Gaucher, qui préparent un gros coup…

Suivre pas à pas chaque protagoniste permet bien sûr de remonter le fil de l’enquête mais montre surtout une histoire remplie de personnages dénués de sympathie. Et c’est là une des réussites de ce roman (où les personnages féminins sont absents exceptés ceux de la prostituée et de la mère, de toute façon toutes deux mises au second plan) : le traitement de chacun d’entre eux ne sert qu’à montrer à quel point les basses entrailles de Buenos Aires se nourrit et regorge des plus vils instincts de l’espèce humaine.

Malgré sa violence (trop ?) omniprésente, ce roman captive et fascine. Par ses personnages et certains dialogues à la sauce Tarantinesque, par sa structure, son rythme et ses changements de narration, mais aussi son absence de concession (on frôle parfois le gore dans certaines descriptions), il s’agit-là à n’en pas douter d’un polar qui se place dans la cours des grands.

 

Fabrice Rinaudo

Entre hommes de German Maggiori, traduit de l’espagnol par Nelly Guicherd, Éditions La dernière goutte, 2016.

 

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