Théâtre / Transsibérien je suis [faut-il à tout prix, réaliser ses rêves ?]

Quel titre… ou plutôt que programme… Voilà un « je » (ou un jeu ?) qui se prend pour un train et qui pose une question fondamentale. Allons donc y regarder de plus prés.

Transsibérien - Le cabaret RecouvranceD’abord le Transsibérien. C’est une voie ferrée de Russie qui relie Moscou à Vladivostok sur 9 288 kilomètres. La ligne du Transsibérien traverse plus de 990 gares. Bien sûr, il ne s’arrête pas à chacune des ces gares, mais dessert une cinquantaine d’entre elles, parmi les principales. La durée du voyage est d’une semaine. Chantée par les aventuriers et les poètes, cette voie mythique de chemin de fer fait toujours partie de la vie quotidienne des Russes.
Transsibérien je suis peut se présenter comme la chronique d’un rêve altéré. Philippe Fenwick – auteur et metteur en scène- retrace la course d’obstacle que fût la mise en place de son projet le plus fou.
Tout commence en Dramatie* dans cette autofiction**. À la mort de son père, Fenwick décide de se lancer dans la plus grande aventure théâtrale itinérante jamais réalisée, de l’Atlantique au Pacifique en passant par le Baïkal. La pièce raconte l’épopée kafkaïenne du metteur en scène pour rendre possible ce voyage irrésistible vers la Russie.
Philippe Fenwick rencontre son double, Jacques Mercier, chanteur de music-hall au chômage qui rêve de partir jusqu’à Vladivostok, mais qui ne quittera jamais son salon brestois. Assis sur une chaise, il s’imagine dans le Transsibérien. Il part en tournée mondiale avec sa voisine, qui devient dans sa mythologie intérieure, l’acrobate Sonia. Transsibérien je suis, cela serait 1300 jours vers l’Extrême-Orient russe sur les traces d’un homme qui n’est jamais parti. Le vrai chanteur Jacques  Mercier a bien existé. Atteint d’hallucinations, il s’était inventé, dans le journal qu’il tenait, une tournée en Russie mais avait disparu mystérieusement en 1983, dans sa chambre pourtant fermée à clé de l’intérieur, à Brest où il avait chanté pendant dans un petit cabaret, La Belle de Recouvrance.
transsiberien - Philippe Fenwick Les frontières se brouillent entre la réalité et la fiction, les arts et les langues, dans la veine pure de ce que le créateur appelle son “théâtre vivant”. Le théâtre vivant est un théâtre qui prend en compte le temps présent. Il puise sa dramaturgie dans les préoccupations de ses contemporains. Il est hybride, instinctif et remet la catharsis au centre du cercle de l’attention.  (Philippe Fenwick)
Transsibérien je suis est de facto un montage – comme on parle d’un montage cinématographique- entre ce qu’il advient d’un voyageur immobile et ce qu’il advient de son exact inverse – un hyper-mobile qui ne peut voyager, s’extraire, bloqué qu’il est dans sa riante Dramatie. Ainsi les démêlés du metteur en scène avec la D.R.A.S. (alias, la D.R.A.C., bien entendu) quand il veut obtenir un rendez-vous pour se faire financer son projet.
Car, fraise sur le sorbet (pardon : cerise sur le gâteau) Transsibérien je suis est une critique mezzo voce – peut-être pas si mezzo que ça – de notre beau système culturel français. Au demeurant, la venue à Nice de ce spectacle coïncidait avec la reprise du mouvement des intermittents du spectacle. Ceux-ci « occupaient » le théâtre, mais bien pacifiquement, en informant les spectateurs et sans interdire les spectacles. A la fin de notre voyage en transibérrianie, l’un des comédiens nous a rappelé l’origine du mouvement et son actualité.
Et ce qui est séduisant dans ce spectacle, c’est que, au bout du compte, on ne sait jamais ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas. Ce qui lui donne ce coté parfois un peu aléatoire, un peu hasardeux, mais terriblement vivant. Il faut tenter, il faut oser. Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni  de réussir pour persévérer. La distance la plus courte d’un point à l’autre n’est pas la ligne droite mais l’arabesque.
«On le savait déjà, pour brouiller les pistes, Philippe Fenwick est un as du poste d’aiguillage» (L’Humanité) J’ai retrouvé avec bonheur le Fenwick de « Lumières d’Odessa ». Transsibérien il est, transsibérien il reste.

Jacques Barbarin

Transsibérien -L'orchestre imaginaireTranssibérien je suis, avec avec Philippe Arestan, Philippe Borecek, Philippe Fenwick, Hugues Hollenstein, Grit Krausse, Marine Paris, Sergueï Vladimirov, Nathalie Comio et des artistes invités…avec la participation exceptionnelle de Simone Hérault [voix de la SNCF], production Zone d’Ombre et d’Utopie, La Criée – Théâtre National de Marseille, Théâtre National de Nice – CDN Nice Côte d’Azur
Théâtre National de la Criée à Marseille du 11 au 14 mai http://www.theatre-lacriee.com

*Petite république imaginaire située entre  Normandie et Picardie. La capitale du pays, Liberta (1 million d’habitants) est une ville où l’activité culturelle est une des plus intenses au monde. Le (MCEI) Ministère de la Culture et de l’Éducation Intensive emploie 30% de la population active et pourrait financer sa tournée.
** L’autofiction est le récit d’événements de la vie de l’auteur sous une forme plus ou moins romancée (l’emploi, dans certains cas, d’une narration à la troisième personne du singulier). Il s’agit du croisement entre un récit réel de la vie de l’auteur et un récit fictif explorant une expérience vécue par celui-ci.

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