Cinéma / THEO ET HUGO DANS LE MEME BATEAU d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau.

Les réalisateurs de Jeanne et le garçon formidable (1998 ) , nous invitent à suivre l’espace d’une nuit la rencontre de deux jeunes  homosexuels confrontés aux risques de rapports non protégés. Une belle histoire d’amour et de responsabilité ,  servie par un regard juste et une mise en scène  en liberté et inventive …

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

La scène d’ouverture,  nous immerge dans une boîte de rencontres où les corps se cherchent, se croisent , se frôlent et se trouvent guidés par le besoin et ( ou ) le désir dans lequel on se laisse emporter. La mise en scène directe , détaillée des rapports et qui ne se cache pas derrière les alibis, trouve la juste et nécessaire distance qui lui permet de ne pas verser dans le voyeurisme des films X, en installant un dispositif , évitant les inserts et le montage et qui se rapproche du plan-séquence. Un dispositif qui permet aux cinéastes d’y inscrire à partir d’une attirance physique , la révélation de quelque chose qui la dépasse et reflète ce que peut être ( ou devenir ) une vraie rencontre de l’autre , tant souhaitée . Dispositif , et pari risqué de récit et de mise en scène dont les cinéastes se servent à merveille pour , ensuite , développer le double objectif qui leur permet d’explorer les suites possibles  d’une aventure qui en ces circonstance n’en a pas souvent , et,  au cœur de laquelle un rapport non protégé et non dit peut , parfois , conduire a des conséquences tragiques. Concernant ce choix, les cinéastes expliquent dans le dossier de presse «  le filmage de cette scène était aussi une expérience , nous voulions montrer qu’il était possible de filmer la sexualité , en s’écartant à la fois des interdits « moraux » ( et économiques ) et de la grammaire classique des films pornographiques (…) ce n’est pas une scène de performance qui consiste a filmer des comédiens en érection (…) devant les nécessités du récit, il fallait qu’on croie à cette rencontre amoureuse, à cet élan éperdu du désir. La question du regard était pour nous tous,  essentielle … », expliquent-ils dans le dossier de presse.

en immersion dans la boite de nuit
en immersion dans la boite de nuit Gay

Et l’approche ainsi faite de cette séquence , ce sont des suites et conséquences d’un rapport sexuel accompli dans certaines circonstances , que les cinéastes vont traiter ici leur permettant de développer une double réflexion sur le sujet. Celui , qui est au cœur de leur œuvre, depuis le début , portant un regard sur le vécu et le quotidien des différences sexuelles et les difficultés à les vivre dans une société qui les marginalise. Et  en explorer,  au cœur de la solitude de celles-ci et des multiples comportements qui s’y attachent pour tenter de vivre en harmonie , la vie et sa sexualité. Alors , une histoire d’amour peut-elle naître dans un lieu de rencontres ? ; et quel comportement peut s’y révéler lorsqu’on découvre qu’il y a eu rapport non protégé ? , le désir fugace peut-il se prolonger et résister , lorsqu’il faut faire face à la culpabilité et à la peur , qui s’installent ?. Les cinéastes y font face – eux aussi – en relevant le défi par la mise en scène d’une relation où la « responsabilité » de chacun est au cœur du récit. C’est le second défi du film que leurs personnages , vont devoir relever . Et c’est au cœur de celui-ci , et au delà de l’histoire d’un coup de foudre révélateur d’une amour naissant , que les auteurs y glissent une sorte de parcours didactique de ce qu’il faut faire dans ces circonstances , pour éviter le pire. Comme le révèle la belle et forte séquence au sortir du club au cours de laquelle les mots du ressenti de chacun se libèrent …et révèlent le rapport non protégé, et la séropositivité du partenaire . Leur récit est révélateur de la responsabilité des cinéastes investissant un sujet dont ils mesurent l’impact négatif qu’il aurait de ne pas « prévenir» sur les risques qu’il comporte et dont la jeunesse de ses héros se fait le reflet du constat d’une réalité          ( réflexes de protection en baisse et augmentation de la séropositivité chez les jeunes générations… ) qui concerne à la fois les milieux homos … et hétéros .

Thé et Hugo ( Geoffrey Couët et François Nambot )
Théo et Hugo ( Geoffrey Couët et François Nambot )

Et l’habileté de leur film,  est d’inscrire au cœur de cette histoire de coup de foudre amoureux entre deux jeunes homosexuels , et,  faire de ce lieu, un  lieu emblématique d’un rendez-vous nocturne – particulier certes, ici – mais qui pourrait être aussi celui d’une rencontre hétéro en boîte de nuit traditionnelle qui se prolongerait dans un même type de rapports non- protégés. Dès lors la réflexion sur cet acte et ses conséquences s’adresse , à toute une jeunesse qui peut s’y retrouver piégée ,elle aussi, emportée par le désir du moment . Et Théo ( Jeoffrey Couët ) et Hugo ( François Nambot ) désormais dans le même bateau, vont en être les sujets particuliers d’une relation qui va se prendre une autre dimension , en affrontant ensemble , les conséquences ( belle scène aux urgences nocturnes ) au long du superbe périple nocturne de 4 heures 6 heures du matin dans la Capitale . Référence explicite au Cléo de Cinq à Sept , d’Agnès Varda /1962 , autre déambulation diurne, celle -là ,dans les rues de la Paris  en l’attente du verdict d’un verdit médical . Une déambulation des deux hommes dans les rues avec ses différents lieux de pauses ( jardins , canal…) et détours , prétexte à approfondir la connaissance de l’autre et à réfléchir sur une relation dont la donne a été modifiée , et ce qui peut la renforcer … ou y mettre fin. Des éléments qui se font révélateurs de chacun des caractères dans la manière d’en affronter les conséquences possibles . A cet égard les mots du séropositif racontant à l’autre son vécu quotidien et sa dépendance aux médicaments et la conscience de ce « virus » présent à jamais dans son corps et ce qu’il continue à faire peser comme danger malgré les examens rassurants, est passionnante . Comme l’est , cette « sidération » du partenaire à l’idée de devoir attendre trois mois , les résultats des soins préventifs !. Des moments que le cinéma à rarement investis , avec une aussi belle acuité et justesse…

dans la salle d'accueil des urgences ...
dans la salle d’accueil des urgences …

Les cinéastes, distillent à merveille ces instants de doute et d’embarras  ou de colère , et cette approche de l’autre et d’un amour naissant qui semble être le rempart momentané (?) pour se rassurer , mais aussi la  solution pour « vivre ensemble » un possible avenir , en y faisant face . Ce lien devenu désormais indéfectible qui va les « unie »  et ne peut que concrétiser un ressenti, dont le « laisser aller » devient le révélateur des vrais sentiments. Ceux qui ne sont plus le reflet d’une attirance passagère , mais se font l’écho d’un attachement à l’autre et de ce qu’il représente comme « idéal » de partenaire , réunissant caractère et comportements recherchés . Dans cet exercice le récit fait mouche, qui  les  accompagne habilement ( superbes images de la ville , la nuit ) par sa mise en scène inscrivant dans son « timing » aussi les « mouvements »  de celle-ci ( les rues vides , la circulation ) ou les rencontres ( la petite boutique de nuit à Kebab, tenue par un réfugié , ou , le premier métro et ses passagers dont cette vielle femme qui raconte sa vie quotidienne et son travail …). Et puis         l’ aboutissement dans la petite demeure de l’autre , où on se confie le désir qui persiste et l’envie de le construire dans l’avenir et ensemble ( jusqu’à quand ? ) , sachant qu’il peut être remis en question  par le désamour , où la maladie …

C’est un magnifique récit qu’égrènent les cinéastes autour d’une rencontre et le vécu d’une nuit qui va changer forcément , les destins. Et c’est surtout un regard sensible , juste , et citoyen qui s’y inscrit au fil des séquences de celle-ci , pas comme les autres, et qui pourtant dans ce qu’ elle reflète , l’est plus qu’on ne croit. Quand le cinéma s’investit au cœur des désirs et dse sentiments de cette manière là , on ne peut qu’applaudir, à l’audace… et s’interroger sur une « interdiction aux moins de 16 ans », du film , sur un sujet qui concerne une jeunesse qui , pourtant, se doit être informée des dangers  des rapports non protégés …

(Etienne Ballérini)

THEO ET HUGO DANS LE MEME BATEAU d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau -2016 –
Avec : Jeoffrey Couët, François Nambot , Bastien Gabriel , Miguel Fereira ,Mario Fanfani , Georges Daaboul , Marief Guitier ..

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