Rencontre avec Chris Potter

Moins connu du grand public que ses contemporains Joshua Redman, Steve Coleman ou Maceo Parker par exemple, le saxophoniste américain Chris Potter, malgré cela, ne manque pas de musiciens qui désirent travailler avec lui. Il y a déjà20 ans, des pointures comme Brad Mehldau, Larry Grenadier et Billy Hart avaient enregistré un super Moving In. En tournée européenne, il s’est arrêté sur la Côte d’Azur, invité par Nice Music Live (1)

Une vingtaine d’œuvres enregistrées comme leader depuis 1994 et autant comme sideman, Chris Potter est l’un des plus grands compositeurs actuels d’un jazz qui sort des sentiers battus dans la lignée d’un Dave Holland ou d’un John Scofield. Sa dernière performance enregistrée en 2013 est sortie en 2015 Imaginary Cities qui représente clairement le jazz qu’il aime composer. Un enregistrement avec l’Orchestre Métro ou avec son quartet habituel, il a voulu rajouter violons, violoncelle, marimba et vibraphone, un mélange superbement réussi où l’on peut planer en imaginant que l’on est en Inde, en Afrique ou… à 3 000 mètres sous terre. Le critique de jazz Nicolas Maldague a pu imaginer un tel voyage quand il dit à propos de cette œuvre « A cet univers qui convoque autant l’Afrique par un déhanché endécaphonique ensorcelant que la vieille Europe de Chostakovitch ou Martinu, un messianisme de fin de temps, les hymnes ancestraux cinglés par leurs orages d’obsédantes tourneries en base 10, l’Inde carnatique roulée dans la couverture de survie du blues… » En revenant sur terre Chris Potter aime répéter qu’il n’a pas de formules magiques pour ses compositions.

Chris Potter :

Je m’inspire d’un mélange de poésie, d’une musique pas spécialement de jazz que je viens d’écouter…la vie au quotidien aussi se mêle à cela mais je pense surtout à ceux qui vont jouer le plus souvent près de mes inspirations, je cherche toujours parmi les musiciens que je connais ce son que j’ai dans la tête…vous savez, ce n’est pas facile car ce n’est pas forcément le plus talentueux qui peut me donner ce résultat et, bien sûr, c’est toujours intéressant de trouver des nouveaux musiciens car ils peuvent apporter en plus, quelque chose à laquelle je n’avais pas pensé…moi, j’ai grandi en écoutant des artistes et, ça m’a amené à faire ma propre musique et, c’est la même chose avec un jeune musicien qui m’a, à son tour, écouté, c’est peut être très inspirant pour lui, ça lui permet aussi d’avancer dans sa propre voie, tout en essayant de créer avec moi ce son que je désire..

potter 3

JP L :

Vous dites que vous écoutez souvent Charlie Parker et Lester Young, quand est-il ?

Chris Potter :

Oui, ça reste quand même dans la façon de jouer une inspiration, ça ne veut pas dire que je vais copier, il y a dans cette inspiration des valeurs esthétiques et, c’est là toute la question…comment faire pour réutiliser ce matériel sans copier et faire quelque chose qui doit être nouveau…

JP L :

Que faites vous en dehors de la musique ?

Chris Potter :

J’aime beaucoup aller dans les musées quand mon planning le permet, j’aime aussi lire, que ce soit des auteurs classiques ou nouveaux, avec une préférence pour ce qui touche à la fiction mais aussi des ouvrages inspirés de faits réels.

JP L :

Est ce que l’actualité en ce moment dans le monde, peut être une source d’inspiration, ou avez vous l’envie de jouer en mémoire de ces drames ?

Chris Potter :

je me souviens du 11 septembre, la semaine qui a suivi le 11 septembre au festival de Monterrey en Californie. Je suis allé jouer, je me souviens quand j’ai pris l’avion pour m’y rendre, il n’y avait que des musiciens à bord de l’avion parce que personne ne voulait prendre ce vol,  l’avion était presque vide. Je me suis dit que ce n’était peut être pas une bonne idée pour programmer un festival parce que les gens n’allaient pas s’y rendre. En fin de compte, quand je suis arrivé sur place, les gens étaient bien au rendez vous. Il y avait beaucoup de monde, on pouvait vraiment sentir que les gens avaient besoin de musique, ça a été une leçon pour moi parce que je me suis rendu compte que la musique est faite pour çà, que les gens passent du bon temps après avoir vécu des événements tragiques et, aujourd’hui, c’est un peu la même chose, les gens se rassemblent autour des concerts après ce qui s’est passé ces derniers jours…

Les inconditionnels de Chris Potter attendent toujours de nouveaux enregistrements car la particularité de l’artiste c’est de jouer de quatre instruments : le ténor, l’alto, le soprano et la clarinette basse, une performance qui se retrouve dans ses compositions où toute la finesse de chaque instrument ajoute un point essentiel au thème principal. A ce sujet, le jury des Grammy Award en 1999 l’avait remarqué en le nommant pour le meilleur solo de jazz pour son album Pink Elephant Magic.

                                                      Jean Pierre Lamouroux

(1) David Virelles (piano), Joe Martin (Basse), Marcus Gilmore (batterie)

 

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