Cinéma / MEKONG STORIES de Phan Dang Di .

Dans le Saïgon en pleine mutation des années 2000, le cinéaste suit ses trois jeunes héros , portés par leurs désirs multiples et leurs excès , qui brûlent leur jeunesse emportés par le flot des compromis et l’incertitude des lendemains . Le cinéaste les contemple sans les juger, et les enveloppe dans sa mise en scène fébrile et sensuelle… superbe . A découvrir . Sélection Festival de Berlin 2015.

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

C’est le second film du jeune cinéaste Vietnamien dont le premier long métrage, Bi n’aie pas peur! , avait été présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2010 , et au Festival Premiers plans d’Angers où il avait décroché le Grand Prix du Jury . Dans Mekong Stories c’est au cœur de ce que fut hier Ho Chi Minh -Ville,  devenue Saïgon que l’on est plongés . Une ville soumise au effets de la mondialisation en ce début de nouveau millénaire , dans laquelle le cinéaste nous invite à suivre trois jeunes d’une vingtaine d’année de la nouvelle génération dont les relations se sont tissées et raffermies au fils des jours . Il y a le jeune Vu ( Le Cong Hoang ) venu de sa province natale pour assouvir dans la grande ville sa passion de la photographie . Il s’y est fait un ami , Thang ( Truong The Vinh) qui fait le barman dans une discothèque et qui par ailleurs se fourvoie dans des petits trafics. Dans la discothèque où travaille Thang , il y a aussi sa petite amie , Van ( Do Thi Hai Yen ) qui rêve de devenir danseuse classique et qui , en attendant, s’exhibe lascivement pour les spectateurs sur la piste de danse , entourée de beaux mâles . Autour de son jeune « trio » et de leur vécu quotidien avec  les difficultés , mais où aussi ,  où amitié et désirs s’entremêlent , le cinéaste y inscrit en toile de fond très présente la violence d’un quotidien où les trafics de toutes sortes ( dont une certaine politique de planification et régulation de la fécondité ) sont le lot , dont ses héros trouvent refuge dans l’alcool et l’ivresse qui en permet l’oubli et semble le remède …

le "trio" de jeunes adolescents ...
le « trio » de jeunes adolescents …

Le jeune cinéaste a fait le choix , un peu à la manière de son apprenti photographe, de prendre des instantanés de ce quotidien vécu par ses héros qui se laissent emporter dans le tourbillon qui le submerge dont ils tentent , avec difficultés , de se sortir guidés  par l’envie de se faire une place au soleil , mais aussi par leurs désirs où la quête de soi et de l’autre , est omniprésente . Une quête existentielle dont le cinéaste à choisi de « capter » le réalisme, au travers les élans d’une « évasion » poétique et esthétique , les emportant vers d’autres rives. Celles dont sa mise en scène – très travaillée et sous influences esthétiques ( Tsaï Ming -Liang,  qu’il admire ) avouées – enveloppe les dérives de ses héros . Comme celles des séquences les suivant dans la forêt et dans les « duels » érotiques dans la boue . Figures symboliques narratives dont le cinéaste utilise les références culturelles qui lui permettent d’enraciner encore un peu plus sont récit dans un contexte de traditions et culturel précis, comme il le précise dans le dossier de presse « La boue est particulièrement présente dans la culture Vietnamienne. Nous sommes un peuple qui cultive le riz, et cela ne se fait pas ailleurs que dans la boue. De même que dans certains villages reculés il existait jadis , un jeu qui consistait à capturer des anguilles placées dans des jarres pleines de boue . Les couples qui n’étaient pas encore mariés pouvaient participer à ce jeu (…) l’homme devait saisir d’une main la poitrine de la femme et de l’autre tenter d’attraper les anguilles , la femme pouvait faire ce qu’elle voulait , excepté repousser la main de l’homme (…) pour moi , ce jeu de la boue est lié à la procréation » , explique-t-il ….

la fièvre de la discothèque...
Dans la fièvre de la discothèque…

La belle idée du film est dans cette utilisation des figures symboliques narratives servant d’élément d’évasion au réel a ces jeunes individus perdus dans le tourbillon qui les entraîne , insensés et instinctifs,  à se laisser dériver pour trouver un peu de ce bonheur qui leur permettrait de chasser leurs incertitudes et angoisses. Celles dont le désir , avoué ou souhaité, qui se joue entr’eux en est l’exemple flagrant qui voit chacun hésiter à  se déclarer et s’ouvrir vraiment  à l’autre . Des ambiguïtés et de désirs inavouables (culpabilité ?) dans lesquels il se perdent   » J’aimerias pouvoir aimer Thang normalement », dit  Vu , le photographe  . Le « trio » amoureux revisité dans la moiteur de Saïgon où le photographe , la danseuse et le barman se cherchent et se désirent . De la même manière qu’ils se laissent emporter par les compromis dans lesquels les difficultés (l’argent ) les entraînent  et les empêchent  de réaliser leurs rêves. Et dont , en substitut , les envolées narratives du récit servent  à  trouver un refuge …ou se retrancher dans la peur et la solitude, comme le suggère la scène où Van se retrouve abandonnée dans le baril de boue . Au delà des apparences, les images ( la mise en scène ) et les mots ( dialogues ) trouvent dès lors leur osmose, et disent les émotions , les désirs , la détresse et la solitude que traduit si bien le cinéaste «  je les vois dans les rues , dans les bars , un peu partout s’enfoncer dans la nuit , danser comme des fous sous les lumières aveuglantes des discothèques (…) s’agiter dans leurs lits au cours de nuits sans sommeil (…) je les vois chanter devant des hommes saouls ( …) je les vois sous le soleil de Saigon … » .

La forêt et la boue...
Dans la forêt et la boue…

Et cette inquiétude qui est leur pain quotidien et qui les poursuit , à l’image de ces hommes qui traquent le barman de la discothèque englué dans les dettes et subissant la violence de leurs représailles . Comme celle d’une société en mutation dans laquelle ils ne savent pas de quoi leurs rêves seront faits… ce malaise , cette angoisse le cinéaste la rend perceptible au cœur de ce trio emblématique d’une société gangrenée par la corruption et par le poids qu’elle fait peser sur les individus , à l’image de cette référence fait aux conséquences de la politique de limitation de la fécondité dont la rétribution faite aux hommes qui acceptent l’opération ( vasectomie ) dont se fait écho le film au travers du personnage de Vu , a comme effet désastreux d’avoir entraîné des jeunes gens à y avoir recours afin d’empocher la somme d’argent leur permettant de pouvoir acheter des produits de consommation auxquels, sans cela , ils n’auraient pas eu accès !. La dérive contre -productive, d’une politique maladroite dont les possibles conséquences n’ont pas été anticipées…                                                                                                                                                                                                                              Un vrai regard et une belle esthétique , un film passionnant.

(Etienne Ballérini)

MEKONG STORIES de Phan Dang Di -2015-
Avec : Do Thi Hai Yen , Le Cong Hoang , Truong The Vinh , N’guyen Ha Phong , Mai Cu
oq Viet……

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