Théâtre / Le barbier de Séville

« C’est détestable ; cela ne sera jamais joué. Il faudrait détruire la Bastille pour que la représentation de cette pièce ne fût pas une inconséquence dangereuse. » Qui a dit cette phrase prémonitoire à propos du « Barbier de Séville » ? Louis XVI lui-même.
Bartholo François VoisinIl aurait pût ajouter, dans sa clairvoyance : « J’en mettrais ma tête à couper ». Fin 2014, le Théâtre de la Semeuse donnait en représentation ce spectacle. Pour ceux qui l’on raté ou voudraient le revoir (j’en suis) bis répétitam  au Théâtre de Lenche* à Marseille, mais on peut juste avant le revoir, le temps d’une générale. Décidément, cette Semeuse est une véritable providence.
Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile est une pièce de théâtre en quatre actes de Beaumarchais pour la première fois le 23 février 1775. L’argument de la pièce est inspiré par la situation de l’Ecole des femmes sinon que le récit est axé sur le point de vue du jeune homme et de son valet et non sur celui du barbon.
Le comte Almaviva, tombé amoureux d’une jeune orpheline, Rosine, est prêt à tout pour l’arracher à Bartholo, son vieux tuteur, qui a depuis toujours pour projet de l’épouser. Tandis que, déguisé, il tente de mener son projet à bien, il tombe sur son ancien valet Figaro, persifleur mais entremetteur, qui l’aidera dans ses desseins.

Et, de fait, à bien écouter le texte, nous affleure d’autres archétypes comportementaux que celui d’Arnolphe dans l’Ecole des femmes : celui d’Harpagon, de Dom Juan, et j’irais même jusqu’à dire ceux de personnages de Marivaux : ceux du travestissement social. Et Marivaux écrit aussi des comédies qui posent des problèmes fondamentaux : la liberté et l’égalité entre les individus, la situation des femmes. La réalité est toujours plus complexe et fugitive que les cadres rigides dans lesquels on tente de l’enfermer. Je dirais même qu’on retrouve des thématiques chères à Goldoni.
Figaro Pierre PetitfrèreMais revenons à la représentation. Frédéric Rey, son metteur en scène, a fait le choix de la traiter via le filtre de la commedia dell’arte.
Choix de facto judicieux : en effet, les « characters »  du  « Barbier de Séville» se prêtent tout à fait à l’épaississement du trait que constitue la commedia dell’arte .Chaque acteur adoptant et conservant un personnage en rapport avec ses aptitudes, s’incarne dans son rôle et, pour enrichir son discours, se fait un fonds de traits conformes à son caractère.
Bon, vous me direz : « d’accord, la pièce se prête à merveilles à la commedia dell’arte. Mais ce n’est pas parce qu’on porte un masque et qu’on fait des gestes qu’on sait faire de la commedia ». D’abord, je vous signalerai que Frédéric Rey est un élève de Carlo Boso**. Donc, prêtons-lui l’intention de connaître ce dont quoi il retourne.
Ensuite, et est-ce justement par ce traitement (en fait j’en suis sûr) la contemporanéité du texte nous saute à la gueule : la situation des femmes (sommes nous sûrs qu’en France les femmes soit considérées à l’égal des hommes ? Mais c’est évident, monsieur, nous ne sommes pas en Afghanistan, l’argent (récurrence des récurrences), la calomnie chère aux mass-médias…
Et nous avons des comédiens qui savent ce que c’est que le port du masque, la gestuelle que cela implique, et une connaissance dramaturgique de leur personnages : Arlequin, (ici Figaro), Pantalone (Bartholo mais aussi, d’une certaine manière, Basile), Capitan (Almaviva lorsqu’il se fait passer pour un soldat), les amoureux (Rosine et Almaviva)…
Rosine Aline Di MaggioAllez ! On se les cite ? Aline Di Maggio, Sylvain Guiné, Thomas Marenda, Pierre Petitfrère, François Voisin. Le décor est d’une simplicité biblique : dans le fond, une toile de scène rouge, quelques meubles que l’on apporte et on remporte pour suggérer les changements scéniques, et la vie est là…

Jacques Barbarin

Le barbier de Séville en commedia dell’arte
Théâtre de Lenche (quartier du Panier) 4, place de Lenche 13002 Marseille 04 91 91 52 22 courriel lenche@wanadoo.fr 29 et 30 avril 20h30
Répétition générale ouverte au public  28 avril à 20h :Théâtre de la Semeuse 2 rue du Château, 06300 Nice 04 93 92 85 08
* Le Théâtre de Lenche ( theatredelenche.info ) est l’un des petits théâtres de Marseille (par la taille) les plus inventifs. Lenche et Semeuse n’en sont pas à leur première collaboration, puisque La Semeuse avait accueilli il y a quelques saisons « Karl Marx le retour » de Howard Zinn, que jouait Ivan Romeuf.
**Carlo Boso  est un dramaturge et metteur en scène de théâtre italien. Au cours de sa carrière, il a dirigé des multiples stages internationaux axés sur la conservation et la transmission des techniques expressives caractéristiques de la Commedia dell’arte

 

 

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