Cinéma / LES ARDENNES de Robin Front.

Sorti de prison après quatre années , la haine longtemps retenue de Kenneth au tempérament violent en quête de réinsertion , ne fait que s’exacerber dans un quotidien où il ne trouve plus sa place… et sa petite amie qui l’a lâché . Récit  aux accents sombres et violents sans rédemption possible qui se décline en une implacable tragédie . Un premier film maîtrisé , à découvrir…

l'affiche du  film.
l’affiche du film.

Un Cambriolage qui tourne mal ouvre le film qui met en scène les deux frères héros , Kenneth et Dave , dont l’un, Kenneth ( Kévin Janssens ) va écoper de 6 années de prison ramenées à quatre , trop longues , qui n’ont fait qu’attiser son ressentiment envers un environnement et un milieu social de prolétaires où les perspectives de réinsertion et d’avenir sont inexistantes , et où la violence est le plus souvent la réponse à cette quête impossible d’une autre vie dont ceux devenus marginaux, comme lui , ont fait le deuil . L’environnement extrêmement brutal dans lequel baignent ces deux frères , le cinéaste dont c’est le premier long métrage , a voulu le rendre perceptible d’emblée avec «  des personnages qui agissent selon des standards et des valeurs qui sont différentes de ceux que l’on considère comme normaux et qui vivent dans un monde où la violence est la solution et où la drogue est constamment présente ( …) , ceux qui vivent en marge de la société et qui , consciemment ou non , visent toujours l’extrême » , dit-il . Ouvrant dès lors la porte de son récit , lui permettant «  d’explorer les zones intermédiaires entre le bien et le mal, et me demander pourquoi les gens sont comme ils sont et pourquoi il font ce qu’ils font ».
Créer d’emblée un «  climax » propre à la tragédie qui va se jouer avec le retour à la vie «  sociale » de Kenneth et aux retrouvailles avec sa famille et son jeune frère, et qui voudrait renouer avec sa petite amie Sylvie. Ce que Kenneth ne sait pas , c’est qu’entre temps Sylvie et son frère Dave sont tombés amoureux et ont décidé de tourner la page et se caser .. mais auront-ils le courage d’avouer la vérité à Kenneth ? . Le cinéaste va explorer le thème de la loyauté , via le «  triangle » qui va devenir le nœud du récit…

Dave ( Jeroen Perceval)  et son frère Kenneth ( Kevin Janssens). face à Face
Dave ( Jeroen Perceval) et son frère  ( Kevin Janssens). face à Face

Adapté de la pièce de théâtre à succès de Jeroen Perceval qui joue le rôle de Dave , et qui a co-écrit le scénario, offrant une belle dimension aux personnages soutenus par une mise en scène qui est toujours et très proche d’eux , et leur offre cette « intimité »  nécessaire indispensable aussi au spectateur pour investir à son tour la complexité des personnages. La première partie du film est très réussie , qui , en petites touches nous permet de « pénétrer » les frustrations et rêves évanouis qui se reflètent dans les comportements de chacun . Et qui permettent , ensuite, de les suivre dans le « climax » de l’inéluctable tragédie dans laquelle ils vont être emportés. Impossible d’échapper au destin ?. La belle idée du film est là , dans cette manière de montrer ( ou d’accompagner ) la marche inexorable et paroxystique ( le final ) vers ce point de non – retour dont chacun porte en lui les éléments qui y mènent . Sylvie ( Veerle Baetens , très bien , déjà appréciée dans Alabama Monroe de Félix van Groeningen / 2012 ) , qui , par manque de confiance en elle s’est laissée entraîner par Kenneth vers la pente dangereuse et rêve désormais « d’une vie banale » avec Dave . Dave introverti et enfermé dans son silence, qui retarde  le conflit avec son frère Kenneth dont il refuse d’affronter la violence . Kenneth complexé et impulsif débordant de ces excès de haine, violence et jalousie incontrôlables , qui lui font perdre pied …et que rend admirablement l’ellipse de récit ( le corps encombrant d’une de ces dérives… ) qui va faire basculer les choses, et entraîner les deux frères dans les Ardennes, théâtre du face à face attendu , auquel ils ne pourront pas échapper …

Kenneth ( Kévin Janssens)  et Sylvie ( Veerie Baetens)
Kenneth ( Kévin Janssens) et Sylvie ( Veerie Baetens)

Le mécanisme de la surenchère violente saupoudrée de surréalisme et de références, aux frères Coen ( Sang pour Sang , Fargo ) ,ou , aux sombres polars nordiques ; on y retrouve aussi l’atmosphère de Bulhead de Mikaël R.Roskam dont Jeroen Perceval était du casting aux côtés de Matthias Schoenaerts . Une Surenchère qui va se décliner dans la séquence finale , dont la course folle ( belle séquence ) dans la forêt de Dave , et sa vaine tentative pour échapper à une situation de laquelle, jusque là , il avait réussi à se tenir à l’écart . Et qui s’y retrouve emporté par les excès de son frère et par le silence qu’il aurait du rompre avant que la marche -arrière, ne devienne plus possible. Son retrait et son silence qu’il pensait pouvoir être de nature à enrayer le danger de voir sombrer dans la violence aveugle Kenneth , et qui n’a fait qu’attiser encore un peu plus la rage et la jalousie de ce dernier , ne supportant pas une situation dans laquelle il s’est senti exclu . Pourtant les indices ne manquaient pas de le voir « péter les définitivement les plombs » ( la scène de jalousie dans la boîte de nuit ou travaille Sylvie , ou celle de la bagarre sur le lieu de travail …) , dont la mise en scène distille les menaces d’une tension qui se fait de plus en plus forte .Et qui ne fait que s’amplifier au cœur de ce « non-dit » entre les deux frères dont le thème de la loyauté qu’il explore ( et qui les retient ), finira par exploser, et les transformer en ennemis…

Un scène de  la séquence  finale : Jan Bijovet, Jeroen Perceval et Kévin Janssens
Un scène de la séquence finale : Jan Bijvoet, Jeroen Perceval et Kévin Janssens

La violence fratricide prenant dès lors la dimension de la tragédie révélatrice ( et emblématique) de l’impossibilité à se sortir d’une destinée sociale à laquelle il serait impossible (?) d’échapper . C’est bien la sombre interpellation que le récit distille dans un final qu’on vous laisse découvrir , dont la noirceur implacable qui s’y révèle ne laisse aucune perspective. Et la mise en abîme tenue jusqu’au bout , crée le malaise, servie par une mise en scène tout aussi implacable ne laissant aucun répit au spectateur . Noirceur et violence morale , en questions : « l’essence même de l’histoire traite de l’entourage que l’on se crée par peur du rejet des autres. Le film parle du problème moral , là où se situent les limites de la loyauté fraternelle , du racisme , de l’incapacité de gérer l’amour avec sensibilité , et de l’addiction . Il parle de cette colère incontrôlable , de la fatalité de cette rage qui se retourne contre soi même et ceux que l’on aime » ,explique Jeroeven Perceval le  comédien et co-scénariste. Noir , c’est noir …

( Etienne Ballérini)

LES ARDENNES de Robin Front – Belgique / Pays-Bas – 2016-
Avec : Jeroen Perceval , Kévin Janssens , Veerle Baetens, Sam Louwyck , Jan Bijvoet , Viviane De Muynck …

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