Cinéma / L’AVENIR de Mia Hansen-Love.

Après Amour de Jeunesse (2011) et Eden (2014 ), la réalisatrice continue  à explorer les sentiments humains et le cours de la vie qui les met à l’épreuve du temps . C’est ce qui arrive, ici , à son héroïne cinquantenaire qui va voir l’harmonie de sa vie bouleversée et devoir la réinventer . Portrait sensible et lucide , à la fois tendre et féroce en forme de réflexion philosophique sur le sens de la vie… Ours d’Argent au Festival de Berlin 2016.

Nathalie (Isabelle Huppert ) et Fabien ( Roman Kolinka)
Nathalie (Isabelle Huppert ) et Fabien ( Roman Kolinka)

Justement, Nathalie ( Isabelle Huppert, magnifiquement émouvante ) est professeur de philosophie dans un Lycée Parisien et elle est passionnée par son travail dont elle aime transmettre à ses élèves le goût de la pensée et de la réflexion qui doit leur permettre de mettre leur vie en harmonie avec leurs idéaux . Des idéaux, il en est beaucoup question dans L’Avenir ( cliquez  pour  voir la bande annonce du  film) , ceux de la génération de Nathalie qui a traversé les années de contestation soixante -huitarde. Et puis , s’est « casée » dans une vie de couple « d’intellectuels » avec son mari Heinz (André Marcon ) professeur de philo lui aussi , où les « compromissions » se sont installées …sans que pour autant le débat ne rende les armes , bien au contraire, dans la vie familiale qui s’est inscrite au fil des ans dans une certaine harmonie… dans laquelle s’insinue le « piquant » des dissensions philosophiques du couple dont se fait l’écho la séquence au cours de laquelle Heinz se montre plutôt « froid » envers cet ex-étudiant , Fabien ( Roman Kolinka , belle présence…déjà apprécié  dans le précédent film de la cinéaste, Eden) que sa femme continue de « coacher » dans son apprentissage de jeune écrivain philosophe contestataire s’inscrivant dans la mouvance libertaire. De la même manière que le « dirigisme » de Heinz ( quel que peu réac …) qui a laissé des traces chez ses élèves, s’est  perpétuée dans la cellule familiale où l’empreinte éducative du père semble avoir pris de l’ascendant sur celle de la mère comme le souligne cette réflexion faite par son fils, sur Fabien  » le fils qu’elle aurait  aimé  avoir n celui qui est tout le contraire de moii tant sur le plan physique que sur le plan intéllectuel! »  il est le fils rêvé qu’elle aurait aimé que je soit ! » . Les débats avec les étudiants de Nathalie au moment des cours et lors  de la grève des lycéens, comme ceux de la vie quotidienne familiale qui tourne autour de la culture ( livres , musique ) dans laquelle s’inscrit le « mouvement » de Nathalie toujours en quête d’activités , comme s’il s’agissait de  s’extraire d’une sorte de routine.

heinz ( andré Marcon) et Nathalie ( Isabelle Huppert )
la mari de  nathalie , Heinz ( andré Marcon) en compagnie de sa maîtresse…

La mise en place , habile , dont la réalisatrice nous fait complices de ces « mouvements » de résistance de Nathalie qui fait face à son mari , à ses élèves , ou a ses éditeurs …la préparant à affronter des épreuves plus difficiles , dont la première, s’insinue dans les séquences d’ouverture du film , comme une sorte de première « répétition » avec la gestion du quotidien de cette mère ( Edith Scob) très possessive et dépressive qui va sombrer peu à peu dans la folie et que Nathalie va être contrainte de mettre en maison de retraite. Le premier tournant dramatique venant troubler le semblant d’harmonie qui s’est installée au fil du temps , est comme une sorte d’avertissement : celui d’une mise à l’épreuve qu’il va falloir traverser sans que pour autant la vie ne s’arrête . Celle-ci se faisant le reflet emblématique d’une réflexion que l’on retrouve au cœur de l’oeuvre de la cinéaste , celle d’une destinée qui n’est jamais figée et dont la vie est une éternelle possibilité de recommencement. Et justement Nathalie , va les accumuler ces épreuves dont les difficultés rencontrées avec la mère vont trouver un prolongement dans le couple lorsque son mari lui annonce qu’il va partir avec une autre femme !. Confrontée à devoir faire le double deuil de sa vie de couple , puis, de celui de sa mère …en même temps qu’elle va voir ses enfants s’éloigner et vivre leur propre vie ( la maternité de sa fille ). Désormais seule et sans attaches , Nathalie va-t-elle devoir se résigner ou réinventer sa vie? …

Nathalie ( Isabelle Huppert ) et sa mère Edith Scob )
Nathalie ( Isabelle Huppert ) et sa mère Edith Scob )

La belle idée du film, c’est d’inscrire la réaction de Nathalie confrontée aux événements qui l’affligent , et y faisant face en y puisant sa force dans ce rapport aux idées et à la pensée qui vont lui permettre de ne pas sombrer . Désormais sans liens,  elle peut se laisser emporter à la fois par une certaine forme de détachement , ou aux « élans » et …rester ouverte aux possibles .
« Le destin de Nathalie , sa force face à la rupture est indissociable de son rapport aux idées, à l’enseignement et à la transmission (…) l’Avenir était pour moi l’occasion d’assumer pleinement la relation aux livres et à la pensée . Et l’on ne peut réduire çelà à la description d’un environnement social. Il s’agit aussi d’une forme de précision qu’on peut voir comme documentaire mais aussi poétique : ça me touche d’entendre le nom des lieux que traversent les personnages autant que ceux des revues qu’ils lisent ou des des chansons qu’ils écoutent . L’obsession de Patrick Modiano , pour les noms, les lieux , les dates comme des points fixes auxquels se raccrocher , est un trait de son inspiration auquel je m’identifie depuis toujours . C’est lié à notre besoin de mémoire , à la fragilité de la vie et au désir d’en garder la trace » , dit la cinéaste dans le dossier de presse.

La denrière image du film : l'enfance et l'avenir
La denrière image du film : l’enfance et l’avenir

Et c’est la seconde, et  belle idée du film qui inscrit au cœur des séquences cette sorte de « naturalisme » qui fait mouche , empreint de toutes les références à cet environnement social en question , la bibliothèque fournie de la famille et la magnifique scène des livres ( et les affaires personnelles ) que l’on récupère lors de la séparation , et en miroir , la bibliothèque alternative des amis de Fabien installés dans la ferme du Vercors . Les journaux que chacun lit et qui s’inscrivent dans les moments du vécu et du quotidien comme marqueurs de chacun . Les livres que Julien et Nathalie échangent. La musique des compositeurs Allemands que Heinz écoute, et celle du Folk- Singer Woody Guthrie idole de Bob Dylan la seule bande-son de Julien .Les lieux ( l’ouverture du film ) de mémoire et ceux auxquels on s’attache ( la maison de Bretagne , la  ferme du versors , les  pelouses d’un parc…) . La nature omniprésente comme lieu de refuge ou d’évasion     ( superbes séquences de communion et d’harmonie avec la nature ) , le temps et les saisons qui marquent la mémoire, comme la présences des idées qui ne cessent de vivre (dans la ferme communautaire du Vercors , dans les salles de cours ou lors les leçons en plein -air ) et les citations -référence ( Pascal, Arthur Rimbaud, ou Vladimir Janklévitch …). Le « lien «  familial », le chat « Pandora » de la mère en héritage , accompagnant ( avec humour ) l’errance par Nathalie …et l’enfant dans le bras de Nathalie , du beau plan final ( et la chanson qui l’accompagne ) , qui laisse la porte ouverte à l’espoir et aux interprétations du spectateur . L’énergie de la jeune vie, et celle de Nathalie libre et ravivée , qui va pouvoir réinventer la sienne ?…

Un beau film sensible et attachant dont les références littéraires de la cinéaste habillent -comme chez Rohmer ou Truffaut – les images, auquelles  la référence , citée ci-dessus , à Patrick Modiano , qui irrigue ses images , offre de superbes moments d’intensité de vie , de poésie et aussi d’intensité dramatique . Une sensible plongée au cœur de l’intimité des sentiments …

L’AVENIR de Mia Hansen Love -2016-
Avec : Isabelle Huppert , Roman Kolinka , Edith Scob , André Marcon , Sarah Le Picard..

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