Cinéma / QUAND ON A 17 ANS d’André Téchiné.

Au cœur du récit de la confrontation violente de deux jeunes adolescents tourmentés, le cinéaste inscrit en miroir et en toile de fond de leurs solitudes et des émois de leur jeunesse , le portrait de la violence d’une société moderne dont ils sont les enfants et dans laquelle ils cherchent leur propre repères . Délicatesse du regard et de l’écriture , un très grand film à ne pas manquer… Sélectionné au Festival de  Berlin 2016…

l'affiche du  film
l’affiche du film

Adapté du roman d’Edouard Louis « En Finir avec Eddy Belle Gueule », le nouveau film du cinéaste revient à ses premières amours et à cette adolescence dont il avait déjà ausculté les difficiles chemins d’une identité à conquérir dans Les Roseaux Sauvages ( 1994). La référence faite à Marcel Proust est loin d’être fortuite qui inscrit , justement sous le signe du romanesque qui est cher au cinéaste, le film dans une double lecture du recul:   à propos de la nostalgie et de la continuité « ..la caractéristique de l’âge ridicule que je traversais -âge nullement ingrat , très fécond- est qu’on y consulte pas l’intelligence et que les moindres attributs des êtres semblent faire partie indivisible de leur personnalité. Tout entouré de monstres et de Dieux on ne connaît   guère le calme . Il n’y a presque pas un des gestes qu’on a fait alors, qu’on ne voudrait plus tard pouvoir abolir . Mais ce qu’on devrait regretter au contraire c’est de ne plus posséder , la liberté qui nous les faisait accomplir . Plus tard on voit les choses d’une façon plus pratique , en pleine conformité avec le reste de la société, mais l’adolescence est le seul temps où l’on ait appris quelque chose » . Et c’est cette « dualité » qui fait le prix de Quand on a Dix Sept ans ( cliquez ici pour voir la bande annonce ) , dont le regard porté par le cinéaste est un message en direction de la jeunesse d’aujourd’hui pou  « continuer à posséder » cette liberté nécessaire à son épanouissement . Et le cheminement de Tom et de Damien , symbolisé par cette affiche représentant deux escrimeurs en position de combat… constitue le décryptage de cette conquête nécessaire dont André Téchiné, nous offre une magistral parcours tout en délicatesse et en progression dissipant le mystère…

Dans la rue  , comme au Lycée, Damien ( Kacey Mottet Kein )  et To ( Corentin Fila ) , se  toisent ...
Dans la rue , comme au Lycée, Damien ( Kacey Mottet Kein ) et To ( Corentin Fila ) , se toisent …

Dès le générique le film y inscrit la dimension d’un affrontement dont – les changements de saisons d’une nature sauvage ( magnifiée par la photographie de Julien Hirsh ) et du passage du temps des trimestres scolaires – vont orchestrer ( les orages , les bagarres ) ,la dramaturgie . Damien ( Kacey Mottet Klein ) fils de famille Bourgeoise – mère médecin et père militaire – ; et Tom ( Corentin Fila ) , le métis adopté par une famille d’éleveurs montagnards. Entre les deux adolescents, le moins que l’on puisse dire c’est que ça ne passe pas …et le mystère de la défiance de l’un et de l’autre, reste une énigme  . Et il est impossible de dire si c’est par leur caractères taciturnes et solitaires, qu’ ils se défient et se jaugent sans cesse,  et sans explications  sauf par celles , d’une violence provocatrice qui peut se muer en harcèlement dont Tom sera soupçonné , ou alors , est-ce par un non-dit qui refuserait d’avouer le cliché de la différence sociale et d’éducation …que justifierait le croc -en -jambes de Tom à Damien en salle de classe ? . Trop facile , comme argument… la complexité dont s’habille le récit et la mise en scène d’André Téchiné qui entretien le mystère est le reflet même de celui qui est ancré dans les têtes des deux adolescents en quête d’identité , et perturbés par celle-ci . Dont le cinéaste  -aidé par Céline Sciamma  ( la  cinéaste  entr’autres du remarquable  Tomboy ) à l’écriture du scénario – habille les séquences de sa mise en scène dont les non-dits de l’un et de l’autre se traduisent par cette violence de leurs affrontements qui vont se muer en surenchère . Au croc-en jambes de Tom , Damien réplique en bousculant Tom à terre à la sortie des cours, puis lors d’un match d’opposition dans le gymnase, c’est la bagarre à laquelle le professeur à du mal à mettre un terme, et la menace d’une expulsion…

au premeir plan Tom ( Corentin Fila )  et  la mère  ( Sandrine Kiberlin ) de   Damien...
au premeir plan Tom ( Corentin Fila ) et la mère ( Sandrine Kiberlin ) de Damien…

Mais rien n’y fait… le « duel » à couteaux- tirés continue «  garde tes distances ! » , menace Tom , et la haine s’y insinue qui pourrait faire basculer les choses lorsque une énième bagarre et un coup de poing de trop provoque la sanction( exclusion ) pour Tom … les parents qui finissent par intervenir . La mère de Damien ( Sandrine Kiberlin ) qui finit par s’immiscer en arbitre dans le conflit , jouant d’une belle subtilité dans le « dirigisme » maternel . Tentant d’enrayer la violence des deux garçons en utilisant les prétextes d’une situation qui les lui fournit. La mère de Tom malade et ce dernier exclu du lycée , pourquoi ne pas saisir l’occasion ?… pour permettre à ce dernier de continuer à préparer son examen ( Bac )  et pouvoir rendre visite à sa mère à l’hôpital de la ville plus souvent , elle décide de l’héberger dans la demeure familiale , imposant à Tom et Damien une « cohabitation » sous le même toit …qui pourrait leur permettre de baisser les armes !. Mais qui va Attiser encore un peu plus la rivalité des concernés qui se braquent … le mystère de cette rivalité impulsive et irrationnelle , va finir par avoir raison des provocations habiles de la mère qui a décelé quelques failles chez les deux ennemis jurés.  Et qui va finir par provoquer  le « duel » dans une superbe scène symbolique où les éléments déchaînés ( de l’homme et de la nature ) ne font plus qu’un !. Magnifique idée d’une double déflagration dont la nature se fait révélatrice de celle des sentiments dont Tom et Damien, vont finir par trouver les raisons qui les rendait prisonniers…

La mète de Damien ( Sandirne  Kiberlin  impose  la "cohabitaion ...
La mète de Damien ( Sandirne Kiberlin impose la « cohabitaion …

Cette violence dont les ressentis , les frustrations , et les peurs se font l’écho d’une confusion adolescente à laquelle elle sert d’exutoire , et dont la seule manière de s’en libérer est de les affronter en s’ouvrant aux chemins du cœur et du désir , portés par cette partie indivisible de la personnalité . Dès lors, c’est Rimbaud et Platon que Tom et Damien se renvoient dans leur nouveau « duel » qui ouvre à une redécouverte d’eux-mêmes , qui prendra le temps pour être assumée . Le thème de l’homosexualité souvent au cœur de l’oeuvre du cinéaste , est ici traduit avec une précision de récit exemplaire qui fait mouche par celle   des dialogues , comme celle des personnages ( portés par une magistrale direction d’acteurs don le jeu  du   trio:   Sandine Kiberlin, Kacey Mottet Kelin et  Corentin Fila ,  est  exceptionnel  ),  ou des situations (  ou retrounements ) qui  ne manquent pas  de  pîmenter  le  récit , et ( ou ) se font les éléments révélateurs . Mais au delà de cet aspect , l’habileté du récit est d’inscrire en toile de fond, la violence d’une société dont ses héros sont porteurs. Celle de la confusion des sentiments de Tom et Damien, dont le refoulé du vécu de leurs différences s’inscrit ici et renvoie,  à celle d’une société d’aujourd’hui  ( et des préjugés  ancrés ) , faisant forcément écho à ces violences qui ont accompagné le débat sur le « Mariage pour tous » , dont le cinéaste a forcément pesé les conséquences sur les esprits d’une jeunesse qui les a vécus . De la même manière qu’il inscrit en toile de fond de son récit ( comme il l’avait fait pour la Guerre d’Algérie dans Les Roseaux sauvages ) , dont ici on retrouve , via le personnage du père  de Damien , militaire en mission en Afrique ( contre les groupes terroristes… ) un autre grand sujet d’actualité . Complété par cet autre lié aux parents de Tom , fermiers -éleveurs de montagne derniers représentants d’une élevage traditionnel confrontés à l’installation d’un élevage industriel  dans la vallée , comme l’illustre une des scènes du film.

C’est cet « ancrage » dans la réalité quotidienne qui offre la dimension à la fois réaliste et romanesque au film , dont se fait écho l’intensité et la confusion des sentiments des deux adolescents perturbés , en quête de repères pouvant les canaliser dans la réalisation de leurs « identités » par d’autres voies , que celles d’une violence aveugle , et   les conduire non pas à une impasse , mais à un épanouissement . Passer de l’hiver,  de la froideur et  de la noirceur d’un ressenti et sa violence , au printemps de la délivrance et de l’éclosion  à une autre vie… retrouver cette « liberté d’une jeunesse » qui peut permettre d’accomplir le chemin évoqué ci -dessus par Marel Proust . André Téchiné  signe un grand  film  qui rappelle à ceux qui l’avaient ( ou  l’auraient ) oublié, qu’il est  un de  nos  plus grand cinéastes. Ne  manquez pas  son film…

(Etienne Ballérini )

QUAND ON A 17 ANS d’André Téchiné -2016-
Avec : Sandrine Kiberlin , Kacey Mottet Klein , Corentin Fila , Alexis Loret , Jean Fornerod, Mama Prassinos, Jean Corso …

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