Cinéma / ROSALIE BLUM de Julien Rappeneau

Bourré d’idées et de personnages énigmatiques au cœur d’un «  puzzle », un récit construit à rebours , qui ne cesse de révéler ses surprises au cœur d’une mise en scène dont les ressorts de l’imaginaire et de l’humour sensible , construisent un superbe miroir à des personnages solitaires en quête de reconnaissance et de solidarité. Premier pas réussi dans le long métrage du jeune cinéaste , fils de … Jean- Paul Rappeneau.

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Adapté librement d’une Bande dessinée Rosalie Blum ( cliquez ici pour voire la bande  annonce )   de Camille Jourdy ,  ( publié par les éditions Actes- Sud ) qui a donné lieu a trois albums dont l’héroïne, la quarantaine , vendeuse de l’ épicerie d’une ville ( Nevers ) de province , mène une vie tranquille et solitaire partagée entre son travail et ses hobbys ( cours de chant , promenades et soirées parfois arrosées dans un bar ) , ayant définitivement rompu avec sa famille . De son côté Vincent (Kyan Khojandi ) qui a hérité du salon de coiffure familial ,et qui,  en cette fin de journée dominicale  , à la recherche d’un magasin ouvert où il pourra trouver la boîte de  conserves qu’il a oubliée de joindre au panier des commissions pour sa mère possessive et quelque peu déjantée ( Abémone , impayable ! ), se retrouve dans l’épicerie de cette Rosalie Blum ( Noémie Lvovsky, troublante et attachante ) dont le visage qui ne lui semble pas inconnu, l’intrigue …et voudra en savoir plus sur elle . Sans doute pour fuir cette mère qui ne cesse de le harceler , et , sans doute aussi pour oublier sa relation avec cette Marianne partie à un stage dans la capitale et dont la liaison semble tourner à une rupture non avouée . Et voilà donc que notre Vincent « titillé » par la curiosité va se mettre à suivre cette Rosalie dont il n’arriva pas à faire immerger le souvenir du « déjà vu » qui le hante …et que Rosalie qui n’en est pas dupe , va à son tour , faire suivre Vincent par sa nièce Aude ( Alice Isaaz ) dans un jeu du chat et de la souris , qui va réserver de belles surprises au sepctateur . Et surtout, se faire le miroir des secrets et des blessures intimes de chacun , auxquelles Julien Rappeneau offre une belle dimension qui finit , par les révéler à eux- mêmes et aux autres… et leur permettre de s’ouvrir à des horizons nouveaux et sortir de leur coquille…

Rosalie Blum ( Noémie Lvovsky )
Rosalie Blum ( Noémie Lvovsky )

A cet égard , le choix du double-jeu d’un puzzle dont la mise en scène s’habille qui va se révéler habilement autour de l’assemblage des pièces ,  trouvant son écho dans celui de l’assemblage des séquences de la mise en scène , via le montage . C’est la belle idée du film qui , en même temps que le suspense qu’elle entretien , permet de jouer sur les quiproquos et les jeux de pistes ou de miroir destinés , eux , à l’enrichir par les digressions, et les notations de la comédie et de la fantaisie qui s’y attachent ( les belles séquences des pièges tendus et leur dimension horrifique , digne des blagues de potaches…) , dont les résonances qu’elles génèrent finissent par laisser sourdre une certaine gravité. En même temps que la fantaisie et le mystère , va servir de carburant pour faire sortir de ce «  blocage » dont les raisons personnelles  individuelles qui l’ont généré, revêt la dimension d’une fable universelle et optimiste mettant en scène des personnages que le cinéma représente rarement « ils sont arrêtés à un moment de leur vie , bloqués par leur peur , par leur histoire familiale, par leur solitude et ils n’arrivent plus à prendre leur vie en mains (…) l’histoire de la filature est un prétexte à la remise en mouvement (…) chacun de nous qui a pu se sentir à un moment donné sur la mauvaise route, paralysé par la peur de ne pouvoir s’en sortir peut s’y retrouver … » , explique Julien Rappeneau , qui s’est dit « enthousiasmé » par un récit dont  le contexte faisant écho à sa «  sensibilité » , lui permettait d’y «  injecter des choses personnelles (…) en racontant une histoire intrigante… et en adoptant un ton à mi-chemin entre humanité , émotion et humour ».

Anémone ( la mère Posséssive de Vincent )
Anémone ( la mère Posséssive de Vincent )

L’habileté de l’habillage par un montage en forme de suspense à rebours , dont le plan final du film, révèle dans quelles circonstances Vincent a été amené à voir le visage de Rosalie Blum , qui va déclencher ce « mouvement » de renaissance à la vie . Celle dont le portrait de groupe que le film compose , nous offre une jolie brochette de destinées représentatives dans lesquelles le spectateur va pouvoir trouver , celle qui lui parle le plus . Des portrait délicats servis par une interprétation sensible et homogène qui ne manque pas de faire la part belle aux rôles secondaires dont les traits parfois rapides qui les individualisent et singularisent , font penser à ceux qui habitent les films de Mike Leigh ( Vérités et Mensonges / 1996, Another Year/ 2010 ) . Ainsi celui du Co-locataire ( Philippe Rebbot ) avec son chien aux poils  roux abondants qu’il veut métamorphoser en Lion , ou , les deux copines ( Sara Giraudeau et Camille Rutherford ) et complices d’Aude dans la « traque » de Vincent , ou encore Laurent ( Nicolas Bridet ) l’ami et confident de Vincent , toujours en quête d’aventures de femmes mariées. Sans oublier la présence en « fil rouge » de la mère de Vincent( Anémone ) qui vit recluse avec ses souvenirs depuis la mort de son mari et dont Vincent est le seul lien avec le monde extérieur…

Le Colocataire d'Aude ( Pilippe Rebbot )
Le Colocataire d’Aude ( Pilippe Rebbot )

Des personnages secondaires qui remplissent , aussi , ce rôle de déclencheurs de mouvements qui vont permettre à Rosalie et à Vincent de sortir de leur isolement. Vincent englué dans le confort dont le premier déclic du mystère déclenché par la curiosité lié au du visage de Rosalie devra encore avoir besoin de cet autre mouvement du piège tendu par Rosalie épaulée par sa nièce Aude pour mettre fin à son immobilisme confortable ,se libérer  de l’emprise de sa mère , et retrouver des envies . Et Rosalie dont la solitude et le mystère ( de son passé ) dans lequel elle l’enveloppe , ne pourra elle aussi arriver à se débarrasser définitivement de ses démons qu’en se mettant en mouvement et en répondant au défi de Vincent avec l’aide de sa cousine , Aude . Aude, qui finira par devenir le joli personnage central d’une résurrection à laquelle elle aura apporté sa participation solidaire , lui permettant en retour  de faire le chemin de la sienne et sortir de la dérive ( larguée par son ex-copain , incomprise par sa famille et qui a abandonné ses études ) dans laquelle elle s’enfonçait , que lui a fourni , l’étincelle de la complicité avec Rosalie …

Aude ( Alice Isaaz) et Vincent ( Kyan Khojandi )
Aude ( Alice Isaaz) et Vincent ( Kyan Khojandi )

Le film , au bout du compte, se révèle être une sorte d’ode à tous ces gens en marge de la société et ( ou ) exclus et invisibles qui , par  le « déclic » symbolique , qui leur permet de se remettre dans le sens de la vie , vont retrouver leur dignité et le respect qui leur est dû , en sortant de l’ombre dans laquelle ils étaient ( ou s’étaient ) enfermés. On terminera avec la belle phrase de Noémie Lvovsky,  commentant  le  regard de son metteur en scène  » sur ces personnages de  solitaires  et de vaincus   que beaucoup rejettent et considèrent comme des losers, de « gens de rien » …le film de julien , les regarde et les raconte autrement , il en fait de grandes et belles personnes  », dit -elle .
Un beau regard donc , et un beau premier film qu’on vous invite à aller découvrir…

(Etienne Ballérini)

ROSALIE BLUM de Julien Rappenau – 2016-
Avec Noémie Lvovsky , Kyan Khojandi , Alice Isaaz, Anémone, Phlippe  Rebbot, Sara Giraudeau , Camille  Rutherford , Nicolas Bridet… …

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