Théâtre / Lumière d’Odessa

Je crois que je me souviendrai de ce jeudi 10 mars au TNN. J’y ai vu quelque chose… mais quelque chose… Ca s’appelait… « Lumière d’Odessa ». Et d’abord, Odessa, dans ma mélancolie à moi  (qui n’est plus ce qu’elle était, je vous l’accorde), c’est « Le cuirassé Potemkine » et sa célèbre scène de l’escalier.

Escalier renommé Escalier Potemkine en 1955 pour commémorer le 30e anniversaire du film. Les russes aussi peuvent être mélancoliques. Mas, bast !, revenons à nos moutons. D’abord, dire que « Lumière d’Odessa » est un spectacle bicéphale, composé par Macha Makeïeff, la directrice du Théâtre National La Criée, à Marseille, et Philippe Fenwick, comédien, auteur.
Il y a une troisième source. Isaac Babel. Ecrivain russe né à Odessa, en 1894, fusillé le27 janvier 1940 à Moscou, une semaine avant le dramaturge Vsevolod Meyerhold. Un écrivain follement amoureux du réel plus qu’un simple romancier ou qu’un simple journaliste.Odessa 1
Qu’il raconte le quartier juif de son enfance à Odessa, ou qu’il chronique le front de la guerre russo-polonaise en 1920 comme correspondant de guerre, il écrit vite – ou du moins en donne l’impression. Car il écrit dans l’urgence. A raconter. A témoigner. D’une façon aussi intense que vivante.
Et la première partie est un double hommage à Odessa et à Isaac Babel. A cour, derrière un bureau, Macha Makeïeff lit un manuscrit, récits de son enfance entre espérance et pogrom, et sa passion d’écrire, les nuits d’Odessa, ville rayonnante de la culture juive, et encore la brutalité d’une révolution qui dévore les hommes, les paysages et les bêtes ; puis, le désenchantement et la curiosité du poète bientôt assassiné par un régime sans âme qui détruisit ses artistes et ses révolutionnaires.
J’ai usé du terme « lecture ». Il me faut préciser. J’utiliserai volontiers le vocable « instable » si je ne craignais qu’il ne fût perçu comme dépréciatif. On pourrait peut-être dire « hybride », mais non, ce n’est pas cela.
C’est un état où l’on reçoit cet objet théâtral  comme à fois une lecture « mise en place » mais aussi une « scénographisation » (ah ! les barbarismes de Barbarin). L’œil peut se focaliser sur le texte en train d’être dit mais aussi son installation dans le décor. Le texte est sensible, humain, l’interprétation de Macha Makeïeff est émouvante dans sa précision. Nous sommes pendus à son dit, il n’y a pas d’effet vocal, de là nait cette émotion. En fermant un instant les yeux on revoit la scène du landau.
Babel-Fenwick Contes d’Odessa Macha MakeïeffLa deuxième partie est le texte écrit par Philippe Fenwick, « Lumière d’Odessa ». Une Odessa rêvée, fantasmée, réelle – ou pas-, vécue – ou pas-, désirée – ou pas. Nous somme à Marseille, en 2014. Une correspondance étrange par mail entre Marie, une femme d’origine juive dont les parents ont fui Odessa dans les années 50 pour s’installer à Marseille, et Anton, un Odessite dont le père a quitté Marseille en 75 par idéal politique pour rejoindre l’URSS.
Mais qui est qui ? Quel rôle joue chacun [de nous] ? « J’avance masqué », disait Descartes. Certes mail, facebook, réseaux soit disant sociaux apportent du grain à moudre à cette opacité, mais tout se passe comme si délivrer notre réelle image n’était pas notre tasse de thé. Ne voulant pas nous connaître nous-mêmes, pourquoi voudrions-nous que l’autre nous connaisse ?
Si Anton (Philippe Fenwick) et Marie (Macha Makeïeff) communique via ce mode (j’allais écrire : via ce monde), nous en oublions rapidement leurs portables pour nous centrer sur les vraies questions, pourquoi, à quoi sert de communiquer, pourquoi rêver une ville, une vie ? Bien sûr, Anton veut faire venir Marie à Odessa, peut-être  justement parce que elle-même ne veut pas y aller, mais encore une fois, qui est qui ?

Il y a aussi deux musiciens, deux écrans, des images et des fantômes, des chansons klezmer (tradition musicale des Juifs askhénases)  la langue russe, le yiddish.

Barbarin Jacques

Lumière d’Odessa, TNN, Samedi 12, 20h30
Avec  Macha Makeïeff, Philippe Fenwick et les musiciens Philippe Arestan Philippe Borecek scénographie Macha Makeïeff


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Un commentaire

  1. […] * Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov (189-1940) est un écrivain et médecin. Mikhaïl Boulgakov travaille d’abord comme médecin durant la  1ère Guerre mondiale, la révolution et la guerre civile russe (indispensable : les Carnets d’un médecin). À partir de 1920, il abandonne cette profession pour se consacrer au journalisme et à la littérature, où il est confronté, tout au long de sa carrière, aux difficultés de la censure soviétique. ** https://ciaovivalaculture.com/2015/10/17/trissottin-ou-les-femmes-savantes/ *** https://ciaovivalaculture.com/2016/03/11/theatre-lumiere-dodessa/ […]

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