Cinéma / THE ASSASSIN de Hou Hsiao Hsien.

Présenté au Festival de Cannes 2015, le film du grand cinéaste Taïwanais sort sur les écrans cette semaine . Une œuvre magistrale qui a reçu le – très mérité – prix de la mise en Scène . Celle -ci en effet, offre à la dimension de l’intimité du récit et de la fresque , la beauté picturale de ses images qui restituent à la fois poésie de la légende et de la tradition littéraire , en même temps que la dimension et le souffle épique de l’histoire , de la violence et du sacrifice. Un film grandiose à ne manquer sous aucun prétexte…

l'affiche du Film.
l’affiche du Film.

Le Cinéaste Taïwanais de Millénium Mambo (2001) et de The Three Times (2005 ) apprécié pour ses films intimistes à caractère social , se penche cette fois-ci sur l’histoire et ce récit de la Chine et la période du IXème siècle et de la Dynastie Chang période tourmentée en luttes de pouvoirs et de rebellions contre le pouvoir central , abordant pour la première fois le film de genre, d’arts Martiaux. Une histoire de luttes de pouvoirs et de clans, assez complexe dans le démêlé des événements, au sein de laquelle s’inscrit une histoire d’amour et de sacrifice. Celle de Nie Yinniang qui va devoir oublier son amour de jeunesse et le mariage avorté avec son cousin .En effet ,
revenue de son long exil , Nie Yinniang qui a été éduquée aux arts martiaux par une nonne Taoïste. Devenue justicière , elle a pour mission d’éliminer les tyrans ..Et se voit remettre le morceau de jade symbole de la paix entre la cour Impériale et la province de Weibo , dont son cousin Tian Ji’an , devenu gouverneur de la Province de Weibo a décidé de défier le pouvoir central . Nie Yinniang , elle , a reçu pour mission de tuer son cousin et va devoir choisir , entre sacrifier l’homme qu’elle a aimé ( aime encore ? ) , ou rompre pour toujours avec « L’ordre des assassins ».

Nie Jinninag ( Shu Qi )
Nie Jinninag ( Shu Qi )

Le pré-générique qui s’ouvre sur de superbes images en noir et blanc , met en place les éléments de l’intrigue, et évoque rapidement le contexte cité ci-dessus , et le quotidien de la vie d’exil de Nie Jinniang et son « apprentissage » aux arts martiaux et aux codes d’honneur qui y sont liés , auxquels elle va devoir se plier pour accomplir sa mission. Puis le passage au présent et à la réalité de la mission . Un choix qui met en évidence le poids des traditions et de l’histoire qui ne manquent pas de mettre en relief , la question du combat contre l’ennemi et celle de sa nécessité dans un contexte de rivalités multiples ( et complexes ) de clans et autres fratries , où comme le souligne la magnifique scène du « duel » dans le paysage de bouleaux durant laquelle le masque de l’ennemi qui tombe au sol  , finit par rendre le combat obsolète . Au cœur de cette nécessité liée à un « contrat » et à la lutte contre la tyrannie , vient donc s’insinuer cet élément perturbateur   envers  un « ennmi » d’aujourd’hui  devenu  gouverneur ,  dont les liens du passé   bien qu’enfouis, ( le plan des larmes sur le visage  de  Jinniang) ,  semblent restés  vivaces …

Tian Ji'an ( Chang Chen )
Tian Ji’an ( Chang Chen )

Cette « dualité », c’est la belle idée du film que le cinéaste ,  inscrit au cœur de sa mise en scène où le bruit et la fureur des affrontements,  se concrétisent dans des séquences d’une virtuosité chorégraphiée qui n’a rien à envier aux films du genre ( arts martiaau ) . Ici la violence qui y éclate dans toute sa fulgurance chorégraphiée , fait écho à celle qui s’inscrit dans les superbes plans-séquences dans la lenteur desquels , elle est toute en retenue . Dans les dialogues , les gestes et la multiplicité des signes et indices qui en   laissent sourdre les non-dits .  Ceux qui se  cachent   derrière les somptueux décors du Palais , ses tapisseries , ses dorures et ses meubles entretenus avec un soin méticuleux. De la même manière que  la beauté des soieries et  des couleurs des habits qui semble refléter, la quiétude d’une harmonie qui va finir par se fissurer. Les vibrations des lumières , des bougies et des torches comme celles des voiles colorés , qui ondulent sous le vent … créent cette idée d’instabilité au cœur de la  mise  en scène  contemplative  de Hous Hsiao Hsien , laissant sorudre la  brèche de la violence qui , jusque  là,  y  était souvent retenue,  et  qui prend ici toute sa dimension portée par l’opposition de styles par laquelle son récit prend toute son ampleur…

Au Palais , on y dans auss...
Au Palais , on y danse aussi…

Intrigues de Palais , bruit et fureur des batailles rangées ou des défis individuels au sabre , traque des traîtres et des rebelles , défis aux hommes de mains et aux légions de l’empereur. Les gestes quotidiens des femmes en promenade dans les jardins avec les enfant ou s’adonnant à leurs toilettes …tout est sujet à une composition minutieuse . Le cinéaste construit une mise en scène magistrale d’une beauté formelle à couper le souffle où le travail sur les couleurs construit , les scènes de jour et de défis ,ou encore , les scènes d’intérieurs d’intimité et ( ou ) d’intrigues de Palais, comme de tableaux ou le travail sur la couleur , sur le cadre , mais aussi sur la rythmique musicale des plans , est époustouflante . Le travail sur les lumières et les ombres des intérieurs trouve écho dans la beauté des paysage et des lumières naturelles des extérieurs offrant aux « défis » toute la beauté et la violence sauvage qui s’y déroule et le souffle de l’épique qui s’y déploie . Tandis que le dilemme auquel Nie Yinniang va se retrouver confrontée , au delà du sacrifice amoureux ou du choix Politique , renvoie – lui- à une tradition littéraire qui l’inscrit dans l’histoire et sa légende . Au delà delà de la complexité des intrigues on l’on se perd parfois , la beauté formelle vous accroche à l’écran et ne vous lâche plus …

D’ailleurs le cinéaste avoue avoir voulu , privilégier « plus le déroulement de l’intrigue que sa résolution (…) les explications qu’elles qu’elles soient , et surtout celles de la psychologie n’ont jamais été mon souci majeur . Si ce film était un fleur , ou plutôt un torrent , je m’intéresse , à sa vitesse , à ses méandres ,  à ses tourbillons beaucoup plus qu’à sa source où à son embouchure ( … ). Le  spectateur ? , je le vois comme assis sur la berge du torrent , à guetter tout ce qui se passe dans les remous comme les moments de calme . Mais je l’espère aussi plongé dans le courant du torrent , littéralement dans le bain , emporté par les tourbillons de sa propre imagination », explique-t-il dans le dossier de presse . Alors , laissez-vous guider sans retenue dans le « torrent » du cinéma de Hou Hsiao Hsien…et laissez – vous, aussi, emporter sans retenue par votre imagination . Un grand cinéaste vous invite à entrer , dans son univers .Ne manquez pas le  rendez-vous de la  beauté , si rare …

(Etienne Ballérini )

THE ASSASSIN de Hou Hsiao Hsien -2015-
Avec: Shu Qi, Chang Chen , Zhou Yun, Tsumbuki Satoshi, Juan Ching-Tian, Hsieh Hsin-Ying…

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