Cinéma / SAINT AMOUR de Benoît Delépine et Gustave Kervern.

Après l’ouvrière qui s’en prend à son patron qui délocalise dans  Louise Michel , et le coup de gueule « punk » conte les enseignes commerciales de Le Grand soir  , c’est au tour du père et du fils Agriculteurs dans un France en crise cherchant à retrouver leur dignité dans un Road – movie décalé sur la route des vins, auquel  le « duo » des cinéastes nous invite . Nous offrant cette fois-ci , portée par l’ivresse de ses émouvants héros, une habile fable utopiste revisitant leur univers.

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Les cinéaste complices ne manquent jamais d’idées et ils le prouvent encore dans leur nouveau film qui surprend , cette fois-ci encore , en offrant à ses héros portés par la quête du « grand soir » , le miroir des effluves de l’alcool qui va les entraîner dans un road-movie sur la Route des vins de France , en compagnie d’un jeune chauffeur de Taxi . Un voyage dans la France profonde où , en parallèle de la toile de fond d’une crise toujours aussi présente , les auteurs vont inscrire, la tendresse d’un regard sur leurs personnages dont ils faisaient déjà  sourdre  en filigrane de leur mise en scène dans leurs  films précédents ,  leur rage combative et désespérée au cœur de la « décomposition » sociétale , dont la noirceur du regard s’était concrétisée en forme de point de non -retour , dans le décor des Montagnes de Sainte Victoire de  Near Death Expérience dans le sillage de Michel Houellebecq . Le choix d’une tonalité plus légère était , ici , sans doute pour les auteurs le nécessaire chemin en contrepoint de la noirceur permettant de retrouver intacte cette « anormalité » de leurs personnages qui est au cœur de leur cinéma , dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne fait pas dans le consensuel de bon ton . Il suffit encore de le voir , ici, dans les personnages habillés «  de cette pirouette qui empêche d’aller à fond dans le sentimental » , comme le souligne par Gustve Kervern dans le dossier de Presse. Et c’est cette « note » là, qui fait le prix de leur récit , construit sur la subtilité des « décalages » dont la tonalité provocatrice rejoint , en un contrepoint d’autant plus efficace que surprenant,  la rendant  d’autant plus spectaculaire que moins appuyée .

Jean ( Gérard Depardieu) expose son Taureau au salon de l'Agriculture...
Jean ( Gérard Depardieu) expose son Taureau au salon de l’Agriculture…

L’art du contrepoint s’inscrit d’ailleurs d’emblée, dès la première séquence au Salon de l’agriculture où cette fois-ci Bruno ( Benoît Poelvoorde ) est accompagné par son père Jean ( Gérard Depardieu ) affublé de Nabuchodonosor le taureau de son élevage. Jean qui aimerait bien voir son « spécimen » remporter le concours qui concrétiserait la réputation de sa ferme dont il espère voir son fils, perpétuer la succession . Mais entre père et fils ,l’entente n’est pas au mieux due à la déprime de Bruno qui s’enlise dans la boisson à haute dose se sentant rejeté par une société qui a tendance à le réduire au slogan et à l’image du «plouc » paysan  … qui lui fait « avorter » désormais toutes ses aventures amoureuses, et dot il ne veut pas faire  son avenir . Bruno qui depuis des années avec son ami ( Gustave Kervern ) à pris l’habitude de faire « la route des vins » en circuit fermé parcourant tous les stands du Salon de l’Agriculture . Dégustations et cuites assurées qui se muent le plus souvent en bagarres et déprime au bout. Le père qui en est, cette fois-ci , le témoin des dégâts hors de la ferme familiale, va tenter d’embarquer son fils sur la route de ses vins favoris dans un vrai « tour » , dont il espère profiter du temps du  parcours pour le ramener sur le double chemin de la réconciliation ( père-fils ) et avec la vie ( le métier, les femmes ). Conduits par un jeune chauffeur de taxi ( Vincent Lacoste ) qui va faire office de troisième larron , d’une autre génération , l’aventure peut dès lors commencer…illustrée par un parcours sinueux où , les effluves de l’alcool toujours en point de mire  ( illustré  par la séquence où Bruno explique au chauffeur de taxi le chemin de croix des dix étapes , conduisant au coma éthylique …),  et qui sera parsemé des rencontres qui vont se faire révélatrices … réparatrices des blessures intimes …

jean ( Gérard Depardieu) et son fils Benoît ( Benoît Poelvorde )
jean ( Gérard Depardieu) et son fils Benoît ( Benoît Poelvoorde )

Le chemin de la violence et de la révolte contre la société , va se transformer ici en une révolte empruntant les chemins d’une utopie dont les sentiments en question seraient le moteur et conduirait à une possible harmonie. La concrétisation de celle-ci dont les films des cinéastes jusque là exploraient le possible futur  dans la révolte conduisant au  grand soir  , trouvant ici celui d’une autre révolte empruntant les formes des multiples rencontres et propositions  s’inscrivant sur le chemin de nos trois compères . Qui , un peu  à la manière d’une Marco Ferreri ( la présence d’Andréa Ferréol héroïne de La Grande Bouffe , en est un indice ) , vont se révéler emblématiques d’un cheminement ( empruntant les chemins de traverse d’une société de consommation et d’injustice), nécessaire pour construire son propre chemin, en rejetant les compromis qui  rendent esclaves, et dépendants. La radicalité de la fable sentimentale qui se substitue à celle de la révolte , en est ici le moteur. Petit à petit les trois hommes, vont se révéler à eux-mêmes , faisant céder leurs propres barrières qui vont leur permettre de se construire le chemin de l’ouverture à d’autres perspectives de vie , en empruntant ces chemins non balisés , où peuvent s’inscrire leurs ( rêves ) possibles…

le jeune chauffeur de taxi ( Vincent Lacoste ), Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde
le jeune chauffeur de taxi ( Vincent Lacoste ), Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde

C’est la belle idée de leur récit qui, par le biais de la caricature et de la naïveté                     ( assumée) de la fable utopiste , de brouiller les pistes et de nous embarquer en spectateurs dans la tonalité de la comédie au cœur de laquelle  s’inscrit en miroir, la satire d’un quotidien devenu insupportable sur lequel nos héros vont surfer en se libérant du poids de tous ces freins auxquels la société , les a tenus jusque là prisonniers. A la différence du nihilisme de la grande bouffe de Marco Ferreri ( la mort via la nourriture symbolique de la société de consommation… ) , Gustave Kervern et Benoît Delépine, proposent à leurs héros une sortie plus joyeuse. Celle, libératrice dont les rencontres de ces femmes leur ont permis  de faire le tri . Comme le constate le chauffeur de taxi dont les retrouvailles avec ses ex , se révèlent des échecs, ou , celles dans lesquelles Benoît va trouver la révélation , ou encore , celle de la femme de sa vie disparue dont Jean va devoir faire le deuil et couper ce cordon ombilical de la messagerie téléphonique à laquelle il se confie. Ces femmes porteuses d’une autre choix d’avenir et d’un autre espoir et qui illuminent le film ( incarnées par : Izia Higelin,Solène Rigot , Ovidie , Chiara Mastroianni, Anna Giradot …) , offrant un beau « panel » du miroir révélateur des possibles qu’elles renvoient à nos héros et ( ou ) aux démons qui les hantent , pour leur permettre d’ouvrir la porte du salut, via , l’amour et le sexe ) . Et dont certaines incarnent les futures Louise Michel de demain . C’est la magnifique idée du film , dont les cinéastes offrent la diversité des portraits , comme autant d’opportunités à saisir  ( où à rejeter, c’est selon… ) ouvrant à une révolte constructrice sur les cendres d’un passé dont elles permettraient, de faire table rase…

Vénus ( Céline Sallette )
Vénus ( Céline Sallette )

C’est pas révolutionnaire tout ça !… dans leur univers Grolandais  qu’ils savent aussi imprégner d ‘une belle et tendre humanité , Gustave Kervern et Benoît Delépine ,  sont loin d’avoir perdu leur sens de la provocation qui , ici , s’ y inscrit en petites notes  on l’a  dit, habilement   provocatrices  ,  en contrepoint et au cœur quasiment de chaque séquence , comme le souligne celle de la visite de la maison à louer dans laquelle Benoît se retrouve entraîné par la charmante employée de l’agence , où celle de l’apparition de la Vénus à Cheval ( Céline Sallette ) dans la forêt (  puis  au pied de la Tour  Eiffel )  ,  une Vénus  qui , elle, va se révéler l’envers du visage de la prédatrice attendue . Le « duo » qui renouvelle ici la tonalité de son univers est donc loin, d’avoir perdu, le sens de sa pertinente et savoureuse veine comique et provocatrice…

(Etienne Ballérini )

SAINT AMOUR de Gustave Kerven et Benoît Delépine -2016-
Avec : Benoît Poelvoorde, Gérard Depardieu , Vincent Lacoste , Céline Sallette , Gustave Kervern , Chiara Mastroianni, Ana Giradot , Izia Higelin, Andréa Férreol …

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s