Cinéma / MERCI PATRON ! de François Ruffin

Des chômeurs Picards mis sur la paille et menacés d’expulsion par Le groupe de Bernard Arnault , vont voir venir à leur secours un journaliste qui va s’attaquer au groupe du PDG milliardaire et demander justice en leur nom . La fable satirique à la David contre Goliath , avec , un brin de Michael Moore, de supsense et de l’humour à revendre. Un conte social jouissif et explosif… à déguster sans modération.

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

La famille de  serge Klur employé  du groupe LVMH à Poix du Nord près de Valenciennes ,  après que leur usine fabriquant des Costumes Kenzo , ait été délocalisée en Pologne , s’est  retrouvée au chômage et criblé de dettes risquant de perdre la maison pour laquelle ils ont sacrifié toute leur vie pour y goûter un peu chaleur et penser y profiter de leur retraite . Mais voilà la  «mondialisation » en marche et les « lois du marché » en ont décidé autrement , avec à leur tête les patrons du CAC 40 qui font la pluie et le beau temps en leur faveur accumulant richesses , profits et dividendes pour leur « actionnaires ». Laissant en route les travailleurs licenciés, délocalisant leur production dans les pays dont la main d’oeuvre est moins chère ( et plus exploitable… ) , une aubaine permettant de multiplier les profits et d’échapper à charges , taxes et autres  impôts … Le journaliste Amiénois François Ruffin , qui a lancé le journal Fakir dont il est le rédacteur en chef , collaborateur par ailleurs au journal le Monde et à l’émission Là bas si j’y suis de Daniel Mermet sur France Inter ( malheureusement déprogrammée…) , et , également auteur du livre  «  les petits soldats du journalisme «  , se lance ici dans sa première réalisation cinématographique avec l’humour dévastateur en bandoulière , bien décidé à jouer ,  pour la famille klur , le Robin des Bois s’attaquant au chantre de la finance … pour le faire payer ! . S’inscrivant dans une démarche entre « farce et tragédie » permettant de construire une dramaturgie dont ses images en miroir et contrepoint de celles officielles, construisent par leur dynamique propre leur marche vers un combat   destiné dans « ré-enthousiasmer » la lutte  , explique le cinéaste …

la Famille Klur
la Famille Klur

Et le choix de ce point de vue mené jusqu’au bout , est la belle idée du film qui pousse même la provocation revendiquée à la Michaêl Moore , encore un peu plus loin . En effet, après avoir revêtu l’habit du « défenseur » de Bernard Arnault dont il veut tenter de faire changer (vainement … ) l’opinion défavorable des concernés mis au chômage par ses choix politique et économiques dont les belles séquences permettent , par ses question provocatrices , à contrepoint et inattendues , d’avoir  des « réactions et réponses que je n’aurais pas eues avec une question ou un commentaire purement empathique (…) ma parole devait être contrée avec afin de voir à quel point une pensée dominante ne tient pas debout » , dit-il . Et les réponses à son micro des concernés          ( licenciés , délégués syndicaux ) , pris à rebrousse- poil et appelés à dire « du bien » de leur ancien patron , n’en sont que plus révélatrices ( et jubilatoires) dans leurs mots et détermination de « détestation » que leur inspire celui qui les a « sacrifiés » à ses ambitions et ses intérêts d’un spéculateur qui « n’en a eu rien à faire de nous jeter comme des animaux et nous laisser dans la misère avec nos dettes », dira l’une des intervenantes. En parallèle de ces réactions , il y a celle  du Père Klur expliquant que si sa situation d’endettement ne trouve pas solution , il va finir par   « brûler la maison » pour éviter qu’elle soit saisie et profite à des spéculateurs . Evoquant un épisode du feuilleton   La petite maison dans la praire ,  qui lui a inspiré cette ultime coup d’éclat , possible. Et le commentaire du cinéaste qui s’y ajoute «  je ne pensais pas que la série était aussi violente ! » , au delà de l’éclat de rire qu’il suscite , n’en est que plus révélateur d’une réalité et d’une détresse profonde ressentie dans leurs  chairs ,  par ces délaissés …

intervention musclée contre lors de l'assembéle générale annuelel du gorupe LVMH
intervention musclée  lors de l’assembéle générale annuelle du groupe LVMH

Alors le scénario et son choix de l’humour , va pouvoir se développer en une série incroyable de situations en « crescendo » qui vont à chaque fois rebondir pour trouver les parades à celles mises en place par les services de sécurité , pour faire échouer l’intervention des « petits actionnaires » suggérée par un avocat et mise en place dont l’intervention prévue pour « demander des comptes » lors de l’assemblé générale annuelle de la société LVMH , a été un échec : «  nous avons été infiltrés et ils ont pris les mesures  adéquates pour nous empêcher de le faire . Ce fut pour nous une défaite cuisante , mais étrangement , je crois qu’ils ont eu peur de nous » , explique François Ruffin . Alors il va falloir employer les grands moyens et l’idée , risquée , de monter un stratagème s’appuyant sur cette idée de « peur »  des conséquences économiques désastreuses d’une publicité négative qui pourrait être faite à la société et à son président , et qui pourrait le faire reculer . Alors ,l’idée « germe » de lui  lancer un ultimatum avec les éléments d’une demande d’indemnités de licenciement et d’un chantage ( prévenir la presse influente, si les revendications ne sont pas exécutées ) , est mise en place , avec un rendez-vous pris pour conclure l’accord avec la famille Klur. Maison équipée pour la circonstance d’une caméra cachée enregistrant les négociations pouvant servir de témoin. Le fils de la famille auquel va se substituer le journaliste-cinéaste ( contraint , pour éviter de faire capoter la négociation , de changer d’aspect et se maquiller pour ne pas être reconnu puisqu’il était intervenu à l’assemblée générale dont il fut la cible ) , et aussi pour éviter que la famille Klur , pas habituée à une telle pression , ne fasse , elle de faux -pas …

images de la caméra cahée lors des négociations
images de la caméra cahée lors des négociations

Avec un « intermédiaire » , envoyé par Bernard Arnault et sa société pour négocier en son nom , et une situation dont l’on suit les développements via cette caméra cachée qui nous en révèle tous les moments ( dont on vous laissera découvrir , les éléments dignes d’un polar ….) mettant en relief l’enjeu en question d’un rapport de forces , entre un ancien « employeur » soucieux de son image ( et la hantise de son  négociateur qui veut à tout prix récupérer les lettres prêtes à être diffusées en cas de refus de payer les indemnités demandées …), et une famille qui n’ a plus rien à perdre … l’étrange               «  dialogue social » qui s’installe avec au cœur de celui-ci via cet intermédiaire , qui se révèle être  un ancien des renseignements généraux , resté influent en politique… ( et pas piqué des vers!) , est un long moment de jubilation et de plaisir de cinéma dont le final fait une sorte de clin d’oeil au comédies sociales de Ken Loach , on pense au final de Looking for Eric ( 2009 ) et de La Part des Anges ( 2012 ) . Avec un leitmotiv la chanson des Charlots donnant son titre au film , et en toile de fond à un certain « renoncement » militant ( le à quoi bon ? …) , dont le film  de François Ruffin , donne l’envie, par l’humour qui l’habite, de ré-enchanter, les lendemains dans un contexte qui en a bien besoin …

Et pour la première fois, depuis bien longtemps, au cinéma dans la salle bondée où nous avons vu le film , les applaudissements crépitent lorsque s’inscrit le générique final.
Alors , on a envie de vous dire de vous précipiter à la vision de ce film dont François Ruffin souhaite que «  dans un monde où l’on voit qu’un film comme La loi du Marché de Stéphane Brizé est célébré à Cannes et au Césars et remporte un joli succès public , et qu’au final sur le terrain politique, c’est comme s’il ne s’était rien passé , et que cela met en lumière cette déconnexion entre un terrain culturel qui peut produire des choses , et des structures sociales qui ne l’intègrent pas. J’ai bien conscience que mon film n’est qu’un film . Mais je crois et j’espère qu’il pourra servir d’outil , au moins pour ré-enthousiasmer , un peu, les découragés , les résignés » . Un souhait auquel, on ne peut que souscrire…

(Etienne Ballerini)

MERCI PATRON ! – 2016-
Documenatire avec entr’autres : la Famille Klur, Marie -Hélène Boulard ( déléguée CGT ) , Catherine Thierry ( ancienne déleguée CFDT ) , François Ruffin …et Bernard Arnault !….

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