Cinéma / Disparition : François DUPEYRON , militant et explorateur de l’âme humaine…

le réalisateur de Drôle d’endroit pour une rencontre et de La Chambre des officiers , est décédé des suites d’une longue maladie a annoncé sa famille, ce jeudi 25 février . Il avait 65 ans .

François Dupeyron
François Dupeyron

Né en 1950 à Tartas dans les Landes , c’est dans la capitale qu’il  va se former au Cinéma                        ( à l’ HIDEC),   mais aussi à la lutte militante dans le sillage des événements de 1968 , il fait partie du collectif Ciné- luttes qui ira sur le terrain filmer les luttes ouvrières. De ce parcours il gardera l’engagement qui le portera par exemple à s’insurger contre une certaine « frilosité » des investisseurs du cinéma,  et  celle  de la  politique   de création de la télévision. Ceci expliquant celà , il connut des passages à vide et des difficultés à monter ses projets qui expliquent que sa filmographie compte   seulement  9 films tournés  entre 1988 et 2013. Qu’il complètera en s’adonnant à l’écriture scénaristique pour d ‘autres cinéaste s ( notamment Le Fils préféré de Nicole Garcia ) et à l’écriture ( Jean Qui dort / 20012 , le grand soir/ 2006 et Inguélézi / 2004 édité chez Actes Sud, Chacun pour soi, Dieu s’en fout / 2009 , Où Cours-tu Juliette ?/ 2010) où sa sensibilité s’y  retrouve,  comme ses thèmes favoris . Pourtant sa carrière qui avait commencé par cette activité militante , puis le passage obligé par les courts métrages dans le cadre du cinéma Traditionnel , commence plutôt  bien  avec le César du Meilleur court métrage pour l’Ornière en 1979 , qui se prolongera par la Grand Prix ex-aequo attribué son court La Dragonne ( 1983 )  au Festival de Clermont-Ferrand , et suivis par deux autres consécrations Césarisées encore dans la même catégorie pour La nuit du Hibou ( 1985 ) et Lamento  ( 1989 ) . Un début de carrière, prometteur…

Eric Caravac dans La Chambre des officiers
Eric Caravac dans La Chambre des officiers

Qui se concrétisera par un passage à une première expérience dans le long métrage  Drôle d’endroit pour  une rencontre  en 1988 qui va faire sensation avec au rendez-vous deux stars du cinéma Français , Gérard Depardieu et Catherine Deneuve . Et la rencontre avec le public se solde par un succès. D’autant plus prometteur que l’audace de l’écriture ( dialogues ) et du seul lieu ( une aire d’autoroute ) qui consacre la rencontre d’une femme délaissée par son mari après une dispute et un homme en panne qui va tenter de la conquérir après l’aboir repoussée , n’était pas gagné d’avance . Mais la qualité de la mise en scène et de l’atmosphère de ce lieu unique renforcée par des superbes dialogues et une musique ( Richard Strauss) qui l’enveloppe , fait mouche !. Pourtant son second long métrage ,Un cœur qui bat ( 1991 ) autre rencontre amoureuse  au quotidien dans le métro , celle-ci ,  dont le récit  du  réalisateur  surprend les spectateurs confronté à des comédiens inconnus ( Thiérry Fortineau et Dominique Faysse ) ,  l’échec du film dans les salles n’atténuera pas la déception , malgré l’ accueil favorable de la critique…le cinéaste décidera d’adapter ensuite le roman de René Belletto , La Machine (1994 ) une exploration du thème du Docteur Jeckyll et Mister Hyde , par un psychiatre faisant des recherche sur le cerveau qui va « tester » sa machine sur un dangereux psychopathe . Malgré Depardieu en tête d’affiche le mélange fiction de et psychologie , ne convainc pas … alors,  après 5 années de silence le cinéaste , revient avec C’est quoi la vie ? (1999) une chronique sur le malaise paysan ( éleveur endétté , vache folle …) avec Eric Caravaca et Jean -Pierre Daroussin ) plus proche de ses préoccupations militantes et sociales . Mais le film est un nouvel échec que n’atténue pas la récompense internationale ( coquille d’or au Festival de San Sebastian ), ni le César du Meilleur espoir masculin pour Eric Caravaca…

Félicité Wouassi dans Aide-toi, le cile taidera
Félicité Wouassi dans Aide-toi, le ciele taidera

Mais François Dupeyron ne renoncera pas , et va s’atteler à l’adaptation du roman de Marc Dugain,  La chambre des officiers dont le sujet l’intéresse mettant en scène un officier de la première guerre mondiale défiguré par une blessure. Le sujet fort qui fait écho à tous ces « poilus » bléssés dans leur chair par le conflit. Bénéficiant de moyens financiers , d’ un sérieux travail de documentation et conseils techniques sur la chirurgie des bléssés , et servi par des comédiens de renom ( André Dussolier , Sabine Azéma , Denys Podalydès qui entourent Eric Caravaca ) et une mise en scène solide . Le film sélectionné en compétition au Festival de Cannes 2001, rencontrera l’adhésion du public et de la profession récompensé ( meilleur film et metteur en scène ) au Césars . Le cinéaste va  enchaîner avec une nouvelle adaptation , celle du roman d’Eric Emmanuel Schmitt , Mr Ibrahim et les fleurs du Coran ( 2003 ) , l’épicier et philosophe Turc  ( Omar Sharif dans son dernier rôle ) et le jeune Momo à qui il va faire découvrir les valeurs du Coran , le  fikm , malgré sa sélection au Festival de Vensise , sera un semi-échec …

Grégory Gadebois et Céline Salette dans Mona âme par tpi gurérie
Grégory Gadebois et Céline Salette dans Mon âme par toi gurérie

Nouveau passage à vide de Cinq ans pour le cinéaste qui le remplira en se tournant vers l’écriture , pour revenir avec Aide-toi , le ciel t’aidera ( 2008 ) situé au cœur d’une cité de Banlieue où une « mama » qui accumule travail à domicile et s’occupe de ses enfants,  va devoir affronter la douleur de la perte de son mari le jour  du mariage de sa  fille . La sensibilité du regard du cinéaste pour les petites gens et leurs joies et peines , fait mouche . Mais il lui faudra encore attendre cinq années pour trouver financement dans un contexte de plus difficile pour le cinéma d’auteur face à cette frilosité des décideurs citée plus haut , pour trouver les moyens de mettre sur pied ce qui sera son dernier film , Mon âme par toi guérie ( 2013 ) récit d’une rencontre des deux âmes perdues . Celle d’un guérisseur – magnétiseur et d’une jeune femme alcoolique qui vont soigner leurs «  bléssures »., et dont il saisit admirablement la douleur. Servie par la sensibilité des deux comédiens , Grégory Gadebois et Céline Sallette , la dimension de la tonalité du réalisme fantastique et celle de la romance . Au cœur de cette plongée dans l’âme  des égarés de la vie , il y a dans l’approche de François Dupeyron quelque chose de Dostoïevski ( Frédi le guérisseur est épileptique comme le Prince de l’idiot ) et de la poésie de Trakovski …
Le cinéma exigeant de François Dupeyron qui n’a pas toujours eu le succès ou la reconnaissance , mérite d’être revu et redécouvert …

(Etienne Ballérini)

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