Cinema / AVE CESAR ! de Joël et Ethan Coen.

Le nouveau film des  frères Coen nous plonge dans la planète Hollywood des années 1950 et au coeur des tournages des studios Capitole , où quelque chose de la mécanique du rêve va se dérégler… entre satire et hommage , le plaisir du cinéma des frères cinéastes, au rendez-vous  pour ce troisième volet de  la « trilogie des idiots » , après O’ Brother et intolérable cruauté

AFFICHE

Le cinéma et la conduite du récit et des destinées qui est sans cesse au cœur des films des cinéastes, on le retrouve encore ici , dès la première séquence avec le personnage d’Eddy Mannix ( Josh Brolin) qui vient recadrer, à cinq heures du matin une starlette quelque peu alcoolisée qui s’est laissée entraîner à déroger aux règles du droit d’image , fixé par le Studios . Les Studios du grand rêve Américain qui font la pluie et le beau temps et aussi peuvent briser des destinées … déjà le héros de Barton Fink ( 1991 ) auteur de pièces de théâtre à succès tentant sa chance à Hollywood dans les années 1940 , y était confronté. On retrouve ici , plusieurs destinées de star sous contrat et sous surveillance dans les glorieuses années 1950 où le cinéma pour faire face à la concurrence de la télévision naissante multipliait les genres et fabriquait les stars pour garder la fidélité du public , et mettait en place une mécanique de séduction dans un contexte (  de guerre froide ) où tout devait être contrôlé . Le cadre pour les frères cinéastes était dès lors idéal pour y développer les thèmes qui leur sont chers et nous entraîner ,avec eux, dans le tourbillon des studios , sous leur baguette magique. En « fil rouge » donc le personnage de Mannix qui veille à tout, et qui intervient au moindre faux-pas dans le timing de travail ou cherche à garder sous contrôle le moindre caprice de star afin qu’il ne fasse pas la « une » des feuilles de chou ( à potins people) des chroniqueuses spécialisée ( Tilda Swinton , dans un double rôle ) toujours en quête de « ragots » mauvais, pour l’image des studios…

César ( George Clooney ) et Eddie Mannix ( Josh Brolin)
César ( George Clooney ) et Eddie Mannix ( Josh Brolin)

Et dans ce registre au cœur des tournages des multiples films de genres ( westerns, comédies musicales , drame sentimental , film policier , reconstitution historique…) les plateaux des studios ne manquent pas de « cas » particuliers de caprices et autres relations de jalousies professionnelles à racommoder …quand il ne s’agit pas de veiller à la bonne tenue des mœurs d’une comédienne volage qui se retrouve enceinte… et qu’il faut trouver d’urgence une solution pour la marier !.  Dans ce registre les Coen en manquent évidemment pas de sujets qui leur permettent de pîmenter les dialogues de leurs scènes , à l’image de la crise de colère la sirène ( Scarlett Johansson ) dans un joli pastiche des célèbres films d’Esther Williams, ou , du trou de mémoire de César               ( George Clooney ) dans le péplum Biblique … on vous laissera découvrir les nombreux autres moments savoureux . Mais surtout ils y trouvent le cadre propice qui leur permet de développer , avec la même dérision , mais cette fois-ci saupoudrée d’un brin de causticité lorsque certains « tabous » qui touchant à la liberté individuelle , et (ou ) créatrice ( censure ) s’y font jour . A cet égard est significative , la séquence où il est fait appel  à toutes les sommités religieuses pour donner leur avis sur le film biblique en cours de tournage sur lequel le studio a misé beaucoup et ne veut pas risquer une attaque en règle qui pourrait compromettre sa carrière . Cette forme de censure , préventive et d’accord tacite , qui édulcore le produit pour ne pas heurter les sensibilités ( ici ,  religieuses ), et qui trouve son prolongement dans d’autres « tabous » dont les images des films ne doivent pas « troubler » le cher public «  moyen » Américain … dont il faut garder a tout prix la fidéleté  à se rendre dans les salles  , concurence de la naissante télévision oblige…

La sirène ( Scarlett Johansson )
La sirène ( Scarlett Johansson )

L’habileté des frères Coen est de conduire leur récit sur cette tonalité de premier plan qui irrigue les séquences illustrées par les magnifiques scènes  de réconstitution – hommage aux genres ( à l’image de cette séquence musicale des Marins où Channing Tatum joue les Gene Kelly ) , d’une époque qui a aussi produit des chef d’oeuvres . Mais c’est au cœur de celle-ci qu’il vont , imperceptiblement , au texte de premier plan plan du « fil rouge » qui conduit Mannix à faire régner l’ordre dans les Studios , y adjoindre un sous-texte qui va venir le parasiter . Lorsque l’enlèvement de la prestigieuse Star -symbole ( George Clooney ) de leur studio et vedette de leur production Biblique sur laquelle ils ont misé , va disparaître . Le caprice de Star de départ auquel on pense , qui va prendre la dimension d’un enlèvement mystérieux , et va tout chambouler . C’est tout à coup , en détective d’un Polar à la Raymond Chandler que Mannix va devoir se transformer,  pour résoudre l’énigme ! . Belle idée de parasitage qui par son sous-texte fait écho à ces « astuces » utilisées dans les années 1930 et suivantes par les cinéastes pour défier la censure du « Code Hayes » ( sur les bonnes mœurs ) à y substituer des images ou sous-textes suggestifs, qui les contournent. De la même manière , ici, les cinéastes le font et pointent cette industrie qui cède aux bonnes mœurs et qui , hypocrite ,  maintien les tabous ( homosexualité , liaisons hors mariage , religion ) dans les normes , et rejette tous débordements risquant de froisser le « bon » public moyen qu’il ne faut surtout pas heurter… mais plutôt flatter ! . Récemment Tod Haynes avec Carol ( voir notre critique sur ce blog , Janvier 2016 ) ) , évoquait avec talent, ce même sujet .

Le cow Boy ( Alden Ehrenreich ) engagé pour un film de prestige
Le cow Boy ( Alden Ehrenreich ) engagé pour un film de prestige

Le cinéma normalisé servant le profit capitaliste. C’est la « piste » qu’ouvre donc le sous-texte de leur film ( et de l’enquête ) dans un contexte d’époque de Guerre  froide et de Chasse aux sorcières . L’enlèvement concocté par un groupe de scénaristes communistes qui exigent une importante rançon pour avoir étés exploités  ( et non payés… ) par des studios qui se servent de leurs dialogues et s ‘enrichissent sur leur dos , est une des nombreuses belles idées du film . D’abord parce que le film fait écho aussi à cette grève plus récente des scénaristes qui , il y a quelques années ( en 2007- 2008 ) paralysa l’industrie cinématographique Américaine , pointant le fait que le sujet des métiers sous- payés d’une industrie cinématographique florissante, reste toujours d’actualité . Mais surtout , ici , pour revenir à ce groupe de kidnappeurs qui fait référence à cette fameuse chasse aux sorcières qui a sévi à l’époque et dont de nombreux métiers du cinéma , scénaristes mais aussi réalisateurs ( la fameuse liste noire dont  furent  victimes entr’autres :  Jules  Dassin , Joseph Losey , Charles Chaplin , John Berry , Dalton Trumbo  ou Orson Welles   qui ont dû quitter les Etats-Unis  ou furent interdits de  Studios ) , accusées de faire pénétrer les idées révolutionnaires dans les films !. Et comme s’il fallait encore aux frères Coen donner une nouvelle preuve de leur habileté d’écriture à sous -niveaux , voilà qu’ils nous inventent un sous -détective encore plus malin , à la symbolique qui en dit long ( vous verrez …) pour libérer, le pauvre César prisonnier des rouges ! .

La monteuse ( Frances McDrmand )
La monteuse ( Frances McDrmand )

Le cinéma en bandoulière , au bout des doigts et des mots , ils vous offriront même une scène prodigieuse qui en dit long sur l’art du cinéma et celui du montage . Celle où l’on voit la monteuse ( la merveilleuse Frances McDormand ) nous servir un modèle de ce qui peut être fait : comment sauver une scène du désastre . Celle d’un jeune comédien ( Alden Erhenreich , excéllent ) jusque là cantonné dans des rôles de Cow-Boy , propulsé par les studios dans un film dramatique de prestige où il est incapable de dire convenablement sa réplique !. Le résultat est bluffant .. .that’s entertainment ! …

(Etienne Ballérini )

AVE CESAR ! , de Joël et Ethan Coen – 2016-
Avec : Josh Brolin , George Clooney, Scarlett Johansson , Alden Ehrenreich, Tilda Swinton , Channin Tatum , Ralph Fiennes …

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