Cinéma / EL CLAN de Pablo Trapero.

Inspiré d’une histoire vraie , le film du réalisateur Argentin et situé à la fin de la Dictature  dans son pays, raconte l’histoire d’un  » pater familias » , ex des services de renseignements qui va entraîner celle -ci dans un engrenage de chantages , d’extorsions et de crimes . Constat implacable qui en dit long sur le défi lancé à la démocratie renaissante , par des nostalgiques sans remords . Lion d’Argent au Festival de Venise 2015 et gros succès en Argentine . A Voir …

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Les premières images du film montrent l’image d’une femme se débattant dans une chambre plongée dans l’ombre , puis , suit le discours devant une foule immense et en liesse fêtant le retour de la Démocratie après des années sombres de la Dictature. Les mots de ce dernier qui pointe les crimes et les violences commises durant ces années en appelle au « plus jamais ça ! » et au combat pour le retour au respect et à la dignité des individus dans un pays qui a assez souffert des dérives et exactions commises pendant la Dictature . Puis nous voilà dans la Banlieue Bourgeoise de Buenos-Aires où vit la famille de Puccio , homme d’extrême- droite, qui, dans les années 1970 a servi la Dictature de Péron et bénéficiait de nombreuses protections lui permettant de se soustraire à certaines accusations. C’est au cœur de la période charnière ( 1982- 1985) à cheval entre la dictature et la Démocratie que Pablo Trapero a choisi de centrer son récit racontant quatre enlèvements « commis » par cet ancien fonctionnaire . Faisant le choix d’un récit volontairement non-linéaire , déstabilisant le spectateur « l’idée étant de lui faire partager ce qu’avait été mon trouble en découvrant l’ampleur dramatique de la vraie Histoire, faire sortir le spectateur de la zone de confort  et lui faire découvrir l’histoire dans le même désordre angoissant que mon équipe et moi , l’avons découverte », dit -il . Mélangeant le mélodrame et le thriller , le récit nous plonge donc dans cette période trouble au cœur de laquelle cet homme Arquimedes Puccio ( Guillermo Francella , glaçant ! ) va , avec la complicité directe ou tacite de sa famille , organiser une série d’enlèvements crapuleux …

La famille modèle (? )  réunie en prière...
La famille modèle (? ) réunie en prière…

Dans un pays où la Dictature vacille, il va lui falloir trouver, bénéficiant encore un temps des « Protections » , les solutions pour maintenir son train de vie et un certain pouvoir . L’argent est la solution, et les moyens pour l’obtenir s’inscrivent naturellement dans ce qu’il a su faire jusque là : kidnapping , chantage et extorsions ( rançons ) …il va donc planifier  une activité parallèle  et « ciblant » des personnalités et hommes d’affaires en  s’appuyant sur la notoriété de son fils célèbre rugbyman de club Atlético San Isidro et de l’équipe Nationale ( les Pumas) qui peut facilement approcher ces milieux…et y trouver des futures  victimes . La manipulation de ce fils aîné par ce père despotique qui impose sa loi à son « clan » familial , à quelque chose de troublant dans ce que l’emprise exercée semble révéler à la fois de sournois et d’un certain « déni » de culpabilité . Sans remords , ni regrets, et avec une froide insensibilité ils s’y collent , complicité directe ou tacite de toute la famille assurée . C’est cette mécanique froide que le cinéaste dissèque avec une belle habileté , y cherchant à la fois les raisons de cette terrifiante soumission et de ce déni , en même temps que les possibles ruptures à une « emprise » dont il faut peut-être trouver dans la Dictature les réflexes protecteurs inconscients. C’est dans cet exercice et ce qu’il révèle à la fois des personnages et de l’âme humaine , que le film devient passionnant à plus d’un titre , interpellant par exemple , une fois les coupables arrêtés et l’affaire portée à la connaissance de tous , sur cette réaction populaire refusant de « croire » à la culpabilité d’une famille dont le fils est le  « héros » de la nation, et célébré «  vainqueur des All Blacks » !. . Le « choc » n’en est que plus fort . Et pourtant…

Arquimedes Puccio ( Guillermo Francella )  au chantage téléphonique avec les  familles des  victimes kidnapées
Arquimedes Puccio ( Guillermo Francella ) au chantage téléphonique avec les familles des victimes kidnapées

Pourtant sous l’emprise ce de père autoritaire , Alejandro (Peter Lanzani , très bien) accepte de devenir un monstre inconscient au risque d’y perdre son âme . Au cœur du film les rapports ambigus de soumission à l’autorité paternelle et des tentatives de révolte s’y égrènent au fil des séquences . Mettant en relief le malaise de ce fils qui devra être maintes fois recadré avant ( la séquence finale ) de « tuer » le père . Mais cette soumission familiale à l’autorité paternelle ( presque divine ) a quelque chose qui dépasse les liens du sang auxquels ce dernier fait sans cesse référence et derrière lequel se « glisse » le monstre plus dangereux ( la peur ) généré par la dictature fasciste. Celui qui fait de la femme au foyer , la soumise qui cherche à garder ses enfants dans le chemin de l’obéissance … sans y parvenir pour tous. A l’image du plus jeune qui partira à l’ étranger ne supportant plus de faire semblant de ne pas entendre, les hurlements des séquestrés dans la cave !. Tandis que le père, droit dans ses bottes, continuera pendant son procès et dans sa cellule à rester dans le déni : «  il fut condamné , mais n’avoua jamais . Pendant sa détention en prison il étudia le droit , et à sa sortie …devient avocat !. Il mourut à 84 ans , bien après ses victimes et la plupart des membres de sa famille . Alejadro passera plus de Vingt ans en prison avant de mourir , peu après sa libération , en 2008 », est-il expliqué dans le générique final du Film.

Alejandro  le jeune Rugbymen ( Peter  Lanzani ) en compagnie de sa petite amie (Stefania Koessl )
Alejandro le jeune Rugbymen ( Peter Lanzani ) en compagnie de sa petite amie (Stefania Koessl )

Mais , Pablo Trapero dans son constat , ne manque pas non plus d’analyser cet autre autre « déni » , celui d’une nation qui pendant longtemps refusa de croire à la culpabilité de la famille . Une nation ,  qui a  sans doute fini par être habituée aux manipulations , ou à une certaine violence institutionnelle … et qui  verra dans cette affaire une « manipulation » de plus , estimant la famille Puccio victimes d’une erreur judiciaire «  il y a encore aujourd’hui des gens pour le croire » , dit le cinéaste . Ce dernier qui prolonge sa réflexion et son constat sur une certaine gangrène qui se perpétue et ajoute : «  en filigrane, le film peut être vu aussi comme la radiographie d’une société terriblement inhumaine et atroce . D’autres Puccio sont aujourd’hui encore en liberté. Pour eux , la protection existe toujours », dit-il. A cette violence extérieure qui d’après le cinéaste «  passe par plusieurs strates » , et dont la perception est liée à un contexte politique précis et aux soubresauts qu’il subit ( le passage de la Dictature à la démocratie ) , le cinéaste lui oppose , en miroir , celle
« intime » , subie- dans leurs chairs ,  par les victimes pendant leur enlèvement et leur séquestration , et celle collatérale de leurs famille suspendues à une hypothétique libération contre rançon . S’y ajoute également , celle des effets de l’emprise psychologique du père au sein de la famille , que nous avons évoqués ci-dessus ..

Le fait divers d’El Clan , ressuscité du «  déni » dans lequel il avait sombré, et sorti de l’indifférence aujourd’hui par le cinéaste , apporte un éclairage passionnant  à plus d’un titre , sur cette période charnière de l’Histoire de l’Argentine.

(Etienne Ballérini)

EL CLAN de Pablo Trapero -2015-
Avec : Guillermo Francella, Peter Lanzani , Lili Popovitch , Gaston Cocchiarale , Fraco Masini , Gisèle Motta, Stefania Koessl…

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