Cinéma / Disparition : Andrzej ZULAWSKI , ou la mise à nu des sentiments…

Andrzej Zulawski
Andrzej Zulawski

Le cinéaste d’origine Polonaise qui a tourne de nombreux films en France, notamment l’Important c’est d’aimer , Possession ou la Fidélité , est décédé des suites d’un Cancer , à l’âge de 75 ans ce 17 Février 2016 . il a été pendant 17 ans le compagnon et l’époux de Sophie Marceau rencontrée en 1981 sur le tournage de l’Amour Braque . Il laisse une œuvre cinématographique ( 13 Films ) et littéraire ( auteur également nombreux romans ) importante…

Romy Schneider dans L' important c'est d'Aimer
Romy Schneider dans L’ important c’est d’Aimer

Né le 22 Novembre 1940 à Lwov , fils de l’écrivain Miroslaw Zulawsli qui fut attaché culturel à Paris puis ambassadeur à l’ Unesco . Andrzej Zulawski fit des études en France et suivi les cours de Cinéma l’HIDEC de 1957 à 1959 , puis va en Pologne où il sera l’assistant du Grand cinéaste Andrzej Wajda pendant six années ( 1960-66) en même temps qu’ils se lance dans l’écriture ( textes sur le cinéma , poêmes ..et plus tard , romans). Son apprentissage d’assistant lui ouvre les pertes de la télévision , pour laquelle il tourne un Moyen Métrage le Chant de l’Amour triomphant (1967 ) qui lui apportera une certaine reconnaissance et lui permettra- quatre ans plus tard – de mener à bien son premier long métrage , La Troisième partie de la Nuit ( 1971 ) , inspiré de la vie de son père qui travailla pendant la guerre dans un institut expérimentant une méthode de lutte contre le Typhus . Le film a été très remarqué par la critique dans les Festivals Internationaux où il remporta de nombreux prix . Mais, avec son second long métrage , Le Diable ( 1972), le cinéaste qui pensait avoir la voie libre , va rencontrer des problèmes avec la censure de son pays qui interdit le film , pour « la violence et la cruauté de certaines scènes », ce dernier  décide alors  de quitter la Pologne pour …la France où il avait fait ses études et il réalise en 1974 le film qui va le propulser au devant de la scène , L’important c’est d’Aimer  ( sortie en 1975) avec Romy Schneider ( Césarisée pour son interprétation) et Jacques Dutronc . Le succès Public au rendez-vous  consacre le cinéaste . Et marquera , aussi , un tournant important dans sa carrière puisqu’il y aborde un des thèmes récurrents de son oeuvre : la mise à nu des sentiments et la violence des rapports humains , y compris avec le monde du travail ( le cinéma ) dans lequel L’héroïne va se retrouver humiliée…

Isabelle Adjani dans Possession
Isabelle Adjani dans Possession

Un tournant qui va refléter aussi les difficultés avec lesquelles le cinéaste va se retrouver souvent confronté le dans  futur  pour imposer ses visions artistiques , puisque le distributeur de l’Important c’est d’Aimer , lui imposera deux coupures importantes ( le suicide de Jacques Dutronc et la visite de Romy Schneider à ses parents qui la considèrent comme responsable …) , jugées trop dures . Un « Sacrifice » mal digéré par le cinéaste qui devra pourtant en consentir dans l’avenir , beaucoup d’autres d’une profession ( et parfois de la critique) jugeant son univers top violent et chaotique et ses personnages hystériques . Retour en Pologne …et nouveau défi avec la Censure qui l’obligera à arrêter le tournage de Le globe d’Argent (1972) qui ne sera sorti des oubliettes …qu’en 1987 ! . C’est alors ,  en Allemagne qu’il va aller chercher les moyens de production lui permettant de réaliser son nouveau projet, Possession  ( 1981 ) sur la crise conjugale d’un couple perturbé par la jalousie ( un amant) et celle d’une force   «  extérieure » qui semble s’être emparée de la femme ( Isabelle Adjani ) . Le film présenté en compétition au Festival de Cannes en 1981 y fait sensation et Isabelle Adjani y décroche le prix d’interprétation. La polémique sur la violence des images ainsi que celle de l’univers « tourmenté  et cruel » du cinéaste , est à nouveau alimentée et ne cessera plus . Les qualificatifs se multiplient pour qualifier ses films    «  sulfureux  , violents , onirisme barbare , symbolisme morbide , personnages hystériques … » , Alors que son cinéma est une sorte d’ exutoire , une exorcisme dont il dit « qu’il permet de vider des choses ». Des choses , qui ont à voir avec le sentiment              d ‘enfermement , de terreur , d’oppression , les  tortures physiques et mentales dont le chaos des corps qui s’en fait l’écho par le symbolisme d’une descente aux enfers, trouve ses parades dans la transgression des interdits ( érotisme , amour et mort ) reflétant cette déroute des âmes , dont les personnages de ses films se font l’écho  d’une quête d’amour éperdue, cherchant à briser la douleur , le désespoir , la solitude et l’enfermement… celui qui traverse le couple et (ou) le trio amoureux , ( La Femme Publique , L’Amour Braque , La fidélité ) au centre desquels,  cette quête désespérée ( d’amour ) prend toute son ampleur tragique , complétant les variantes déjà explorées dans L’important c’est d’Aimer et Possession . La référence littéraire à Dostoïevski pour la Femme Publique ( 1984  )  et L’Amour Braque  (1985  ) ne fait qu’amplifier la tragédie existentielle qui s’y joue …

Guillaume Canet et Sophie Marceau dans la Fidélité
Guillaume Canet et Sophie Marceau dans La Fidélité

Et dans Mes nuits sont plus belles que vos jours (1989 ) adapté du Roman de Raphaëlle Billetdoux, la symbolique de la maladie de Jacques Dutronc confronté à Sophie Marceau, est comme une sorte de  » mur symbolique »  qui les sépare . Tandis que dans la Fidélité ( 2000 ) dont le sujet plus autobiographique ( la séparation du cinéaste avec Sophie Marceau ) qui y  est au cœur , semble vouloir sceller dans une sorte de renoncement désespéré et douloureux,  la quête de cet amour pour l’autre comme objet de transcendance …
D’ailleurs, le cinéaste fera une longue pose de plusieurs années , et prefèrera renouer avec l’écriture littéraire où il fut prolixe notamment au cours de l’année 1993 ( quatre romans ) , avant de revenir derrière la caméra pour son dernier film, Cosmos en 2015 , adapté du roman de Witold Gombrowicz ( Prix international de Littérature ) où font merveille Sabine Azéma et Jean- François Balmer . Présenté au Festival de Locarno , le film y a obtenu le « léopard d’argent  » pour la meilleure réalisation . L’univers du cinéaste s’y marie admirablement à celui du romancier dont les tonalités ( absurde , problèmes existentiels , une certaine folie, comédie  ) , lui offrent même l’opportunité de les revisiter en s’emparant du registre de la « comédie » légère et provocatrice du romancier . Au cœur d’un jeu de « pistes » délirant , servi par un montage qui ne l’est pas moins , les deux Univers se répondent et s’éclairent . En un clin d’oeil complice , l’un nourrissant l’autre … le grotesque et le sublime , réunis.

(Etienne Ballérini)

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