Cinéma / PEUR DE RIEN de Danielle Arbid.

Le récit aux  notations  autobiographiques d’une jeune Libanaise qui immigre en France dans les années 1990 pour y suivre ses études . Joli portrait sur l’intégration , dont les accents d’hier et le regard « candide » à la Voltaire fait mouche, et renvoie ses échos à une certaine réalité d’aujourd’hui . Soif de Liberté , énergie vitale et quête d’identité dans un magnifique récit d’émancipation, brisant tabous ( racisme ), barrières sociales et politiques …AFFICHE

Lina ( Manal Issa , magnifique , la révélation du film ) jeune Libanaise en difficultés relationnelles avec sa famille , débarque donc ,dans la Capitale Française en 1993 pour y faire des études portée par une énergie bluffante et décidée à franchir tous les obstacles pour y conquérir son indépendance dans une France où elle rêve de s’intégrer . Mais dans celle-ci , où l’immigration fait débat et les mesures répressives portées par un certain Charles Pasqua se radicalisent avec , notamment pour les étrangers , l’obtention d’une « carte de séjour » qui devient un parcours du combattant . Un parcours rendu d’autant plus difficile que cette dernière accueillie par sa tante et son oncle ( et  , victime du harcèlement de ce dernier qui a voulu abuser d’elle)  , va quitter leur domicile et se retrouver dans un ville où elle va devoir , comme le souligne le titre du film n’avoir « peur de rien » , se débrouiller et affronter les obstacles , toute seule . Mais elle a l’âge de « tous les possibles » et , à l’image de la manière dont elle repousse son oncle , sa détermination à ne pas s’en laisser imposer et vouloir tracer sa route, lui donne une sorte d’énergie indomptable. C’est celle-ci dont la cinéaste habille les images et les séquences de son film qui inscrit , autour du parcours de son héroïne et des multiples séquence qui  illustrent , par les rencontres emblématiques qui le définissent , sa diversité ( sociale , politique , culturelle …) dont elle va se laisser  traverser, en « candide »  , pour tenter d’y inscrire son propre parcours,  qu’elle aura enrichi de celles-ci. C’est cette énergie qui porte le film et en fait son prix , et qui , à l’image de Lina , trouve dans son approche , la distance juste , face  aux a-priori qui s’y attachent. Celle qui va lui permettre , en connaissance de cause , d’avancer et faire ses propres choix de vie …

Lina ( Manal Issa ) et Julien ( Damien Chapelle )
Lina ( Manal Issa ) et Julien ( Damien Chapelle )

Au cœur de ces choix , le parcours de l’intégration se heurte aux difficultés administratives et aux petits boulots , mais aussi par une initiation aux mœurs sociales, politiques , culturelles et sentimentales. Danielle Arbid native de Beyrouth qui en a déjà raconté certaines étapes dans ses films ( Dans les champs de bataille/ 2004 , un Homme Perdu / 2007 et dans le téléfilm ,vu sur Arte , Beyrouth Hôtel / 2012 ), se replonge ici dans son parcours de la jeune immigrée combattante d’hier, qu’elle fut. Elle n’en néglige rien , le rendant profondément réaliste par un regard qui n’a de cesse que de capter au cœur du négatif ou du positif de ces expérience , d’y faire le tri et  y puiser l’énergie qui lui est nécessaire . Celle de la soif de connaissance intellectuelle ( économie , philosophie , littérature , peinture …) assouvie auprès des Professeurs  de l’université qui lui ouvrent les portes, et , à l’occasion l’aident comme le fera la prof d’art ( Dominique Blanc ) . Une connaissance , dont le chemin de l’émancipation qui y mène , passe la nécessité qu’elle aura à affronter , au delà  de  cette soif de connaissance et de culture, la violence et le rejet qui s’attache à sa propre situation d’étrangère . Et  faire face  aux  déboires   du parcours du combattant pour l’obtention de la carte de séjour ( belles séquences où elle est confrontée aux diverses étapes des paperasses et au risque de rejet …) , et décrit également celui des difficultés de trouver du travail , ou  de se loger ( sous- locations , foyer de jeunes filles ou accueil chez des connaissances … ). Un parcours au sein duquel s’inscrivent les doutes et les craintes de Lina. Mais aussi cette distance qui lui permet de tirer les leçons de ses expériences sentimentales , comme de son immersion au cœur des milieux sociaux au sein desquels , comme une éponge , elle se laisse entraîner et puis , y faire le tri du bon grain et de l’ivraie .. .

Lina ( Manal Issa ) et Rafaël ( Vincent Lacoste )
Lina ( Manal Issa ) et Rafaël ( Vincent Lacoste )

Et le voyage de Lina , dans la France d’alors devient passionnant qui nous entraîne sans fioritures , dans les différents milieux sociaux auxquels son parcours l’amène  à se confronter . Au delà de celui des instances ( Université , travail , logement , loi d’immigration ) que nous avons évoqué , il y a celui qui le complète , des rencontres ( sentimentales , politiques ) de Lina et des classes sociales qui le reflètent. Plongée passionnante qui va lui permettre de se situer par rapport à son propre ressenti, au cœur de celles-ci . En y trouvant des enrichissements , repères , et ( ou ) sentiment de révolte . Chacune des étapes va compter et participer à la construction « intime » d’un parcours de jeune fille , vers celui de future femme libérée qui en aura été enrichie . Un parcours  qui va s’inscrire dans un « spectre » reflétant tous les possibles . Celui de la soif de curiosité , du savoir et de l’expérience s’élargissant , aussi , à son parcours sentimental et politique. Un parcours sentimental qui se fera- lui aussi – en traversant, les classes sociales. Dans ce domaine , il passera du riche séducteur marié ( Paul Hamy )  , à celui du jeune fils de la Bourgeoisie moyenne, Rafaël ( Vincent Lacoste ) , ou celui du jeune homme fou de musique , Julien ( Damien Chapelle )  qui rêve d’une autre vie et d’un autre pays , et vivote en attendant , en garçon de café (  à noter  ,  la belle bande sonore qui renvoie à l’univers musical de l’époque : Etienne Daho, Niagara, Carte de Séjour , Frank Black… ) . De la même manière son parcours dans le milieu Politique dont la diversité entrevue au cœur de l’Université , va trouver son reflet dans les groupes de jeunes qui en représentent les différences tendances ( extrême -droite ou royalistes , militants de gauche ou groupuscules d’extrême-gauche,  dont celui des anarchistes situationnistes …) que Lina va tour à tour fréquenter au hasard de ses rencontres amicales , ou , amoureuses. Et au cœur desquels elle va , aussi , puiser ce qui l’intéresse des contradictions et  de la diversité qu’ils reflètent. » Au travers ces  diverses rencontres , je voulais par  exemple raconter  ma découverte du débat d’idées entre la gauche et la droite en France . Plus marquée  en 1993 , époque du film,  qu’aujourd’hui  . Où l’on croyait  encore dans le mot  révolution … », explique la Cinéaste .

Lina ( Manal Issa ) à la conquête de la France
Lina ( Manal Issa ) , à la conquête de la France

C’est de  cette « richesse »  dont Lina , qui  regarde vers l’avenir , veut s’abreuver dans un pays où elle veut se faire sa place . Son combat , est là aussi , qui fait écho au rejet d’un pays natal ( la guerre , les clivages religieux …) , qui ,   à l’occasion d’une discussion avec une amie déçue par son séjour en France, offre   en écho  la  volonté  de Lina décidée , elle,  à  gagner son intégration de haute lutte comme le confirme sa  détermination à engager un avocat pour faire reconnaître ses droits ( d’un parcours , pour l’obtention de la carte de séjour,  qu’elle a respecté à la lettre )  que lui refuse une administration tatillonne. Dont la belle scène du tribunal renvoie aussi, à la douleur des choix faits à l’encontre de ceux dont le refus est une tragédie , comme le murmure à l’oreille de Lina cette jeune Sculptrice, confiant sa crainte de la sanction risquant de tomber comme un couperet. C’est la grande force du film  dont  le discours universel parle  à  tous  les  « étrangers »  qui tentent de trouver leur place dans le monde  , et qui  renvoie  à l’optimisme dans lequel s’inscrit le combat de Lina , le miroir de celui de tous ceux qui voient les portes de l’espoir se refermer sur elles . Renvoyant à la réalité vécue d’hier , dont le même combat d’immigration et d’espoir d’intégration, fait écho à celle,  tout autre , d’aujourd’hui…
En ce sens son film , dont les échos intimes d’un vécu réveille  en elle ,  cette réflexion angoissante qui  la  ( et nous ) renvoie,  à  un questionnement  sur un sujet  (  l’immigration  )  qui  est ,  aujourd’hui ,  plus que  jamais en plein cœur de l’actualité …

(Etienne Ballérini)

PEUR DE RIEN de Danielle Arbid – 2015-
Avec : Manal Issa , Paul Hamy , Vincent Lacoste , DaMien Chapelle, India Haïr , Dominique Blanc , Alain Libolt …

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