Cinéma / ANOMALISA de Charlie Kaufman et Duke Johnson.

La nuit cauchemardesque d’un homme marqué par la banalité de son existence. Un regard satirique et sombre sur l’uniformité d’un certain mode de vie amplifié par la drôlerie d’une dérision lucide et désenchantée, par le scénariste de Dans la Peau de John Malkovitch de Spike Jonze, aidé ici , par Duke Jonhson. Une animation réaliste, en  animation  stop- motion , qui l’habille admirablement. Lion d’Argent à la Mostra de Venise 2015 et candidat aux Oscars …

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

D’emblée le spectateur est familiarisé avec un univers dont on retrouve la « patte » et l’originalité du scénariste  des films de Spike Jonze , mais aussi Michel Gondry ( Human Nature / 2001, et Eternal Sunshine of the Spotless Mind/ 2004 ) ou George Clooney ( Un Homme dangereux / 2002 ) . Passé à la réalisation avec Synecdoche,  New-York (2008 ) dans lequel le principe de la mise en abyme (  le décor dans le décor… ) autour d’un homme qui met en scène sa propre vie dans un décor de théâtre et , dans celui-ci , l’acteur qui l’interprète y crée à son tour le décor de la sienne. On retrouve retrouve ce principe dans Anomalisa au titre déjà évocateur où d’emblée le spectateur désorienté est mis en présence de personnages aux silhouettes                        «  uniformisées » dans un cadre symbolisant l’uniformisation du monde qui les entoure . Le trouble crée , renvoie à celui vécu par les personnages masculins et féminins dont la même ressemblance des traits comme celle des voix qui ont les même tonalités , et  dont seulement les habits portés qui les distinguent définissent leur identité sexuelle. De la même manière que le décor qui les entoure à la fois réaliste et stylisé laisse percevoir cette même uniformité du monde dans lequel ils évoluent ( sont piégés ?) comme des marionnettes que l’on manipule. Mais peut-être pas, autant que celà … et c’est toute la force du film qui se projette dans celle du quotidien du personnage du conférencier de Michaël Stone , dans cette ville de L’Ohio où ce spécialiste du « service clientèle en entreprise « ,  est très attendu par  un parterre de commerciaux pour  y  exposer les  vertus d’un sytéme (  hot-line )  de communication emblématique   de la mondialisation Capitaliste moderne…

Michaël Stone    perdu dans le labyrinthe de l'hôtel
Michaël Stone perdu dans le labyrinthe de l’hôtel

Un Homme ( Michaël l Stone ) dont,  dans  un plan-clé ,  on voit une partie  du visage tout à coup  se détacher  ,  le remettre d’un revers de main en place. Un plan qui inscrit  tout  à coup  au coeur  du récit et dans l’esprit  du spectateur  , le malaise  comme un signe  de fracture dans cette uniformité existentielle  , jusque là acceptée   par ce dernier qui en était resté prisonnier .  Comme le confirme  ce coup de fil  à la famille révélant la distance incommensurable  qui a  fini par s’installer,   à la fois dans son couple et dans  la cellule familiale  censée être le reflet  d’un  bonheur et d’une réussite (  l’Américan way of  life ) , dont le conférencier qu’il est,  véhicule  le  modéle  idéologique . Dans le décor de cet hôtel luxueux  où il passe la nuit avant la conférence du lendemain , la mise en  abyme qui est au centre de l’oeuvre du cinéaste,  est dès lors prête à s’y décliner avec  une logique implacable,  rendue encore  un peu plus éfficace par le réalisme stylisé  ( du choix de récit et de mise  en scène )   qui habille  ses personnages  de  synthèse d’une humanité déboussolée ,  dont il deviennent   les tragiques   pantins désarticulés.  Dès lors,  le miroir  ( le décor dans le décor ) qu’ils renvoient  à cette réalité , offre , à la dimension de  la mise  en abyme , celle d’un cataclysme dont les envolées  lyriques et  oniriques , voire  absurdes  ou surréalsites ( les multiples  situations dans  lesquelles   Michaël  se  retrouve ), renvoient  à  un dialogue  dont les mots et les codes de la normalité se  fracturent à leur tour , par  leur  double -sens  révélé   de la caricature satitique  qui  y fait  mouche …  d’autant plus éfficace que  ces pantins normalisés  et supposés sans  âme , finissent par  en avoir  une. Comme  l’illustre la  révolte   de  Michaël  confronté à sa  solitude  et  son mal-être,  et qui  disjoncte ( sa fuite éperdue dans les  couloirs de  l’hôtel …) , révélatrice  par dson désir  ( charnel  ) de s’extraire    d ‘une  réalité qui  lui deveint insupportable …

Michaël et Lisa
Michaël et Lisa

Naviguant dès lors , d’un bord à l’autre de ce monde qui lui renvoie , par  son uniformité  citée plus haut  ses signes et ses  figures …il va se retrouver confronté  à d’autres  échos    ( téléphoniques )  qui vont lui offrir  une possible porte de sortie à laquelle il va tenter de se raccrocher  le désir aidant , les calmants et les drogues , ne suffisant plus .  Cherchant par exemple  à faire revenir vers lui – sans succès-  une ancienne aventure féminine recontrée quelques années plus tôt dans cette même  ville . Puis , le miracle d’une rencontre au bar de l’hôtel de  deux « groupies »  , dont la maladresse et la fragilité de l’une – Lisa –  va lui permettre de  le libèrer de ses angoisses.  Une rencontre et un  échange inhabituel qui va se concrétiser dans une liaison  érotique , leur ouvrant un espoir qui pourrait  leur permettre de  se détourner de  ce monde  dont la rumeur  ( le beau travail sur la bande son )  de sa marche  en avant , se fait de plus en plus oppréssante et insupportable . Renvoyanat  à cet espoir qui s’inscrivait  déjà  dans  Eternel Sunshine of Spotless Mind , comme  une sorte de miracle de  l’amour permettant de retrouver  dans les recoins de la mémoire, cette humanité perdue . Une opportunité de « renaissance »  qui  permettrait de se soustraire à l’inéluctable  de cette  solitude  mortifère qui le fait chanceler vers la folie . Une quête dont  Charlie Kaufman dans ses  pièces et  ses films , tente de renvoyer  au loin les fantômes d’une évolution humaine (   le Darwinisme) qui hante ses  récits . Mais est-ce possible ?… on vous laisse   le suspense et le   plaisir   de la découverte  de ce qu’Amonalisa ,   sa  nouvelle déclinaison fantasmée , vous réserve aujourd’hui…

Michaël face  à  la buée  de  son miroir , (avenir )
Michaël face à la buée  ( flou de l’avenir ?) de son miroir ..

On vous dira,  en tout cas,  notre plaisir renouvelé  de  se laisser  entraîner – une fois encore – au cœur d’un récit qui  ,  investi des formes nouvelles (  la stop motion ) de l’animation ( signée aussi John Driscoll ) et des figurines ( fabriquées par Caroline Castelic )  ,   lui permettant de décliner ses obsessions, en les habillant d’une autre  dimension  les rendant peut-être encore plus angoissantes et sombres  -où la folie et la lucidité d’un cerveau en pleine tempête se télescopent- pour tenter de sortir de l’enfer . L’habileté du cinéaste c’est de nous y plonger , et nous offrir, au cœur de la dérive,  les possibles  ( la victoire de la vie sur la mort..) du  Radeau de la Méduse …y inscrivant au cœur de la mise en scène et  en abyme,  les signes ( invisibles ) et les pistes ( la chanson , l’objet ramené de son voyage et  ) des possibles.

(Etienne Ballérini )

ANOMALISA de Charlie Kaufman et Duke Johnson -2015-
Avec  les voix (en version originale ) de : David Tewlis ( Michaël ) , Jennifer Jason Leigh ( Lisa ) et Tom Noonan ( toutes les autres voix) ….

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