Cinéma / LES SAISONS de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud.

Après Le Peuple Migrateur ( 2001) et Océans  (2010 ) , le Comédien- Cinéaste avec son fidèle  associé dans l’aventure, nous propose le troisième volet de son exploration du monde animal et de la nature , en nous conviant à un voyage à travers le temps, via les bouleversements ( et destructions… ) qui ont modifié le « partage » des territoires entre les animaux et l’homme, à la découverte des mutations climatiques et dégâts écologiques qui en résultent … Une évolution à travers les saisons et les siècles du point de vue des animaux sauvages.

l'une des Affiches du Film..;
l’une des Affiches du Film..;

Il manquait à l’évidence, ce troisième volet à l’entreprise du cinéaste qui avait débuté avec l’histoire des migrations des oiseux suivies , comme jamais , au cœur même de leur déplacements,et  qui se prolongeait par celles des animaux marins des Océans. Cette approche humaine du quotidien du monde animal qui s’appuie sur un travail « d’immersion » respectueuse, permettant l’acceptation de la présence de l’homme , qui nécessite aussi des outils techniques perfectionnés  permettant d’en «  capter »  toute l’authenticité brute. A ce titre , l’utilisation de tous les matériels ( Caméras sophistiquées , ULM, drônes…) qui permettent de s’approcher et de ne pas perturber ( ou dénaturer ) le déroulement des séquences , a été depuis les débuts de la « trilogie » une des constantes qui en a  fait le prix , permettant au spectateur d’entrer dans un univers inconnu  , et d’assister comme s’il y était invité au repas de tel ou tel animal, ou, de le plonger au cœur même de la durée d’une « chasse-poursuite » de sangliers en quête de nourriture.  Accompagné par cet arsenal technique qui en permet l’approche, sans en perturber le cours . Au cœur de celle-ci , il y a le regard du cinéaste et de l’homme , Jacques Perrin , dont les mots qui accompagnent les images s’y inscrivent , il ne les surcharge jamais et surtout , les offre , empreintes d’humilité , d’humanité , et de poésie …

Vous vous souvenez sans doute de la séquence finale d’Océans où, après une plongée au cœur du désordre écologique qui s’y inscrivait , le cinéaste y faisait intervenir son  fils, symbole d’une jeune génération qui doit prendre le relais d’un combat-défi ,t  e qui puisse ouvrir la cohabitation nécessaire entre l’homme de demain et la nature . Les Saisons de l’humanité à venir de son nouveau film , en dissèque le possible point de non-retour à éviter qu’il est urgent de relever , comme il est souligné dans le dossier de presse       «  retracer cette longue histoire en images et vue au travers du regard animal , depuis les apprivoisements réciproques entre hommes et bêtes jusqu’au destructions insensées qui les éloignent, depuis les migrations des chasseurs préhistoriques jusqu ‘aux sentiers de randonnées des réserves Alpines , c’est un formidable défi qu’il est au plus haut point urgent de relever , pour continuer à être humains , sans avoir à en rougir » . Et la grande force de son film est de le dire avant tout avec les images stupéfiantes qui parlent d’elles- mêmes. La lutte pour les territoires , pour la vie ( ou la survie ) , y est inscrite dès les premiers temps comme le montrent les séquences d’ouverture du film sur la période de l’ère glaciaire de plus de 80 000 ans , puis , il y a environ 16 000 ans lorsque la planète a commencé à se réchauffer , puis celle où les animaux , au cœur de la foret immense qui lui a succédé a poussé et recouvert le continent Européen , a pris la place et bouleversé – via le cycle des saisons- le paysage de la faune et de la flore et leur évolution . Magnifiques séquences qui illustrent cette nouvelle répartition de l’espace , qui sera suivie par une autre…03

Celle , qui va ensuite être au cœur de la répartition des territoires entre l’homme et l’animal que ce dernier va chercher , aussi, à domestiquer . Une longue histoire au fil des siècles qui n’a cessé de se dégrader avec le développement de la population humaine et ses besoins … Jacques Perrin et son complice Jacques Cluzaud , illustrent avec leurs superbes images cet incessante conquête des territoires dont l’homme a fini par prendre le dessus au risque de compromettre sa propre survie. Et leur choix empreint de ce          «  continuer à être humains, sans avoir a en rougir » se retrouve dans les images qu’il proposent, à notre réflexion et à notre conscience citoyenne . Préférant observer l’inépuisable richesse de la nature ( qui a nécessité un travail de près de deux ans de tournage ) en nous plongeant au cœur de celle-ci dans les coins reculés où ils nous invitent à observer les animaux dans leur quotidien de survie ( se nourrir , se reproduire ) auquel ils sont désormais confrontés pour ne pas voir leurs espèces s’éteindre. Images ( toujours superbes ) et sons ( captés par des micros ultras sensibles ) nous invitent au cœur d’un monde animal , en danger . On est saisis d’émerveillement par celles -ci , qui nous invitent à partager le repas d’un lynx , d’être au cœur d’une meute de loups , de sangliers , d’ours , de chevaux , au plus près des marmottes , des oiseaux … et d’y partager leurs amours et leur consécration ( la naissance du faon ) , ou les luttes pour la nourriture ( le superbe travelling qui suit dans sa continuité les loups dans leur chasse-poursuite des chevaux ) et des plus faibles , dans la défense de leur territoire ( les terriers ) contre plus forts qu’eux. Le choc qu’elles produisent par la familiarité qu’elle installent , offre un miroir qui fait écho à la destruction humaine imposée depuis les vastes conquêtes pour gagner des terres ( pour la culture ou l’élevage en batterie d’animaux destinés à sa nourriture ) repoussant sans cesse , la faune et la flore sauvage et les zones naturelles …01

La scène de la place de La concorde jadis couverte d’arbres et de près , faisant contrepoint à ces images d’animaux, vivant encore liberté dans de rares zones reculées , est saisissante . Elle l’est d’autant plus que les images ( celles des scènes citées ci -dessus ) , parlent d’elle-mêmes. Jacques Perrin et son complice ( aidés par de nombreux scientifiques dans leur travail – voir générique ci-dessous) s’attachent surtout à insuffler une espérance , celle de la prise de conscience , encore possible , de renverser l’inéluctable en mettant fin au saccage d’un équilibre naturel … seule solution possible pour y parvenir. L’espèce humaine n’aura pas d’autre choix que de ré-apprendre à cohabiter avec la faune et la flore qui l’entoure. Si c’est en se protégeant de leur épaisse toison dans l’ère glaciaire que les animaux ont pu survivre , et c’est sans nul doute, en sachant préservant l’équilibre naturel menacé par son développement forcené que l’homme d’aujourd’hui, pourra préserver la sienne…

(Etienne Ballérini )

LES SAISONS de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud – 2016-
Scénario : Jacques Pérrin , Jacques Cluzaud, Stéphane Durand , François Sarano.
Photographie : Jérôme Bouvier , Michel Benjamin , Stéphane Aupetit , Laurent Charbonnier, Philippe Garguil , Eric Guichard , Laurent Fleutot , Sylvain Maillard , Christophe Pottier , Jan Walencik…
Son : Philippe Barebeau , Gérard Lamps , Martine Todisco ,  Jérôme Wiciak , Armelle Mahé..
Musique : Bruno Coulais …

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