Cinéma / DANISH GIRL de Tom Hooper.

Dans les années 1930 , l’histoire et la vie de l’Artiste Danois Einar Wegener connu pour avoir été la première personne à avoir subi une « chirurgie de rétribution sexuelle » et être devenu femme nommée Lili . Par l’auteur oscarisé de Le Discours d’un Roi (2010) , un défi aux mœurs de l’époque , un dur combat pour correspondre à sa vraie nature . Une métamorphose qui va finir par prendre chair , portée par un Comédien Eddie Reydmane prodigieux…

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Adapté du roman à succès de David Ebershoff , le film qui raconte l’histoire de cet homme qui prend, peu à peu conscience de sa vraie nature féminine , est construit au delà du combat qui y mène autour d’une relation avec l’entourage de proches ( sa femme et ses amis ) compréhensifs qui l’accompagnent et le soutiennent dans son parcours contre un certain ordre établi ( lois , univers de la médecine et mœurs ) qui lui ferme les portes ( ou veut l’interner ) et dont il va bousculer les préjugés. Le film ,porté par une mise en scène toute en délicatesse et très travaillée au niveau de l’image et des tonalités qui renvoient à l’univers de la Peinture dont Einar et sa femme , Gerda          ( Alicia Vilkander ) sont des artistes débutants qui cherchent leur voie. C’est également dans les tonalités du mélodrame que le récit et la mise en scène s’inscrit  permettant de transcender par les « codes » , les émotions et le ressenti des souffrances d’individus rejetés par la société du fait de leur « genre » , et confrontés à vivre cette même schizophrénie dont on les accuse d’être malades de ce double « pervers » qu’ils portent eux , et qui pourtant est ce « moi intime »   habillé d’organes sexuels et d’une sensibilité qui finissent par ne plus y correspondre.  A cet égard la scène , magnifique , de la séance dans l’atelier où Gerda demande à Einar -en attendant l’arrivée du modèle retardé – de prendre une pose lascive avec des bas et de souliers féminins et une jolie robe posée sur son costume… au delà du jeu de rôle amusant (pour Gerda)  auquel la séance était destinée, la mise en scène laisse poindre en petites touches ( le geste de la main sensuelle qui frôle la robe , les jambes qui se lovent en pose féminine…) , le trouble et la gène qui envahissent Einar et en disent long sur la réalité d’un rejet des pulsions jusque là retenues , qui l’assaillent…

Einar ( Eddie Redmayne ) er Gerda ( Alicia Vilkander )
Einar ( Eddie Redmayne ) et Gerda ( Alicia Vilkander )

Cette belle scène qui installe d’emblée au cœur d’une vie amoureuse de couple faite de complicité et d’un vrai attachement à l’autre qui aura son importance future, et  qui jusque là a été le socle formé autour de la confiance et de la liberté qui leur  a permis de traverser les difficultés d’une vie d’artistes bohèmes qui cherchent à trouver chacun leur propre voie … et surtout à pouvoir vendre leurs toiles et en vivre . C’est cette complicité  (de  leur  rencontre , l’attirance mutuelle  )  suivie  d’un vécu quotidien , qui va permettre à Gerda   «  je suis ta femme , je sais  tout « , de laisser  Einar   donner libre court à ses pulsions dont le travestissement et les habits essayés vont commencer à faire sourdre le portrait de la future femme , Lili , qu’il rêve de devenir . Des habits de la pose pour le portrait, à ceux qui vont finir par devenir les habits revêtus plus souvent, et se faire le reflet d’un quotidien qui finit par les imposer comme une nécessité. Traduit et accompagnée de jolies scènes devant le  miroir dans lequel Einar  contemple les phases de sa métamorphose en Lili ,  et la gestuelle du corps qui l’accompagne , ainsi que l’effet du maquillage sur son visage. Les habits de la féminité qui deviennent au fil des jours , plus que des essais momentanés, mais un besoin irrépressible . Et les portraits que Gerda fait de cette Lili devenue son modèle ( sa muse ) qui trouvent preneur  …et Lili qui va devenir cette double- personne qui va s’installer dans le couple , comme une amie ( non virtuelle…) de Gerda . Tom Hooper , lui , y installe toujours avec élégance , cette sorte de malaise , qui va finir par envahir le couple . L’un, Einar/ Lili, dont les pulsions et la mutation va prendre de plus en plus de place et devenir une obsession . Et l’autre, Gerda toujours aimante qui va être confrontée aux premières sorties de Lili en société vécues comme une nécessité qui lui permet d’exister   «  on va les surprendre ! » au yeux des autres, et franchir le pas, en faisant exister , hors du couple ,  cette Lili présentée comme une cousine d’Einar …

Einar ( Eddie Redmayne ) en séance de pose ...
Einar ( Eddie Redmayne ) en séance de pose …

Et cette Lili aussi troublante que jolie, qui attire les regards ( le jeune homme qui l’accoste lors d’une soirée et qui voudra la revoir …) . Une nouvelle phase dans le parcours de Lili est entamée qui va vouloir désormais concrétiser sa métamorphose et va se heurter à l’univers médical d’alors du  Dannemark des années 1930, dans lequel , le cas de figure présenté par Einar/ Lili , est considéré comme une maladie dont la perversité est à éradiquer. Dès lors , face au rejet le cercle des amis de Lili va être le socle solidaire qui peut lui permettre d’aller au bout et de réaliser sa féminité , lorsque suivant les multiples conseils et après avoir affrontés les psychiatres et les médecins hostiles , Lili va trouver sur son chemin l’oreille attentive d’un médecin (Allemand) qui lui propose de lui faire «  retrouver sa vraie nature » tout en la mettant en garde des risques des lourdes interventions nécessaires conduisant à une « rétribution sexuelle » . Désormais le souhait de la concrétisation en marche devenu irréversible pour Lili ,  Tom Hooper s’attache à en restituer le cheminement psychologique qui y mène . Celui traversé par le couple qui va passer, malgré l’attachement resté indéfectible , par des moments très difficiles . La peur et la crainte qui s’installe pour l’une de perdre l’autre , et pour Lili confrontée désormais à la possible réalisation de son rêve ,au cheminement psychologique  à faire qui mène à la concrétisation de sa vraie nature . Dans le soutien  nécéssaire à Einar  , viendra se joindre celui qui fut son compagnon d’enfance           ( Matthias Schoenaerts ) avec lequel plus qu’une amitié s’était déjà nouée , et  qui , retrouvé en hommes d’affaires dans le domaine artistique ,  n’ a pas oublié la complicité et l’intimité d’alors  vécue avec Einar qui lui a permis de se sortir de ce « trou » provincial où tous les deux se sentaient en souffrance et marginalisés «  on avait pas beaucoup de gens avec qui partager » , se remémorent-ils. Cet ami d’enfance qui va devenir un second  et très proche soutien moral , à la fois pour Gerda et pour Einar / Lili . Indispensable «  union sacrée »   pour permettre d’ aider Lili à affronter son destin …

Einar (Eddie Redmayne ) en troublante Li
Einar (Eddie Redmayne ) en troublante Lili.

Pour traduire ce parcours , ces états d’âmes et l’enjeu  , Tom Hooper , qui a visé juste , est servi par deux comédiens qui en traduisent l’évidence des moindres vibrations . Alicia Vilkander ( Gerda ) en épouse -amie et aimante qui sait trouver les mots au cœur de la tempête qui parfois les oppose «  j’ai besoin d’un mari »  dit-elle  ; « on ne peut plus vivre en couple » , lui rétorque Einar conscient qu’il doit désormais se faire son propre chemin , sa propre vie «  ce corps n’est plus le mien » . Gerda qui , parfois dépassée , sait prendre sur elle pour ne pas entraver ce qui est devenu vital pour Einar : devenir Lili . Et Eddie Reydmare déjà remarquable dans Une merveilleuse Histoire du temps de James Marsh ( 2014 ) , est ici exceptionnel et offre une force prodigieuse au parcours transgressif de Lili dont il habille de sa prestation sensible et émouvante , la féminité qui s’y attache . il installe  d’emblée  le mystère d’une présence physique androgyne  ( qui fait penser au David Bowie des débuts …)  qui  fait mouche . Sa gestuelle , comme son jeu tout en nuances sont bluffants et offrent sa vraie dimension tragique au personnage transgenre d’Einar / Lili, dont il fait sourdre magnifiquement la « dualité » qui l’habite , puis celle qui va prendre le dessus .

(Etienne Ballérini)

DANISH GIRL de Tom Hooper -2015-
Avec : Eddie Reydmane , Alicia Vilkander , Ben Whislow , Matthias Schoenaerts , Sébastain Koch , Amber Heard …

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