Théâtre / Shake

« C’est bien ça le cadeau de Shakespeare à tous les metteurs en scène du monde, c’est qu’il se laisse tirer dans tous les sens et permet les inventions de chaque metteur en scène et qu’on n’a pas besoin de le défendre, il se défend très bien tout seul. »

 

C’est ce que me répondait Irina Brook dans un article du 18 septembre 2014 en parlant de son festival sur Shakespeare à venir, intitulé « Shake ». Et nous voici avec « Shake 2 » qui commence avec une mise en scène illustrant à merveille ce propos.

L'Ivrogne et le bouffon
L’Ivrogne et le bouffon

Au demeurant cette  pièce s’appelle « Shake », elle est une adaptation de « La Nuit des rois » du grand Will, mise en scène par le trublion de la mise en scène britannique et peut être de la mise en scène tout court, Dan Jemmet. Et nous le connaissons bien à Nice, il était venu pas plus tard que la saison dernière avec un irrésistible « Macbeth ­[the notes] » (voir article).
D’abord dire que le véritable titre de « La Nuit des rois » est « La Nuit des rois ou ce que vous voulez». Le rapport avec la nuit des rois, soit l’épiphanie ? Cette pièce a été écrite pour être jouée pendant les festivités de l  ‘Epiphanie et la première représentation a eu lieu le 2 février 1602.  « … ou ce que vous voulez » : manifestement cet appel proféré dans le titre est un appel à ne pont se transformer en épigone, à être libre.
Illyrie, XVIe siècle. Sœur jumelle de Sebastien dont elle a été séparée après un naufrage – c’est-à-dire une « tempête » -, Viola s’est travestie en homme pour mieux se défendre des pièges de la vie (mais non des pièges de l’identité). Elle rentre sous le nom de Cesario au service du duc Orsino dont elle tombe immédiatement amoureuse. Mais ce dernier est épris de la comtesse Olivia, elle-même inconsolable depuis la mort de son propre frère….
Pas de doute, on est dans la fantasy, genre présentant un ou plusieurs éléments surnaturels qui relèvent souvent du mythe et qui sont souvent incarnés par l’irruption ou l’utilisation de la magie. Dans la fantasy comme dans le merveilleux le surnaturel est généralement accepté, voire utilisé pour définir les règles d’un monde imaginaire.
Et cette liberté que nous octroie Shakespeare, ce peut importe ou nous sommes, je dis que nous sommes en llyrie mais ont peut être ou vous voulez, c’est comme il vous plaira, Dan Jemmet s’en empare. Donc peu m’importe les cinq cabines de plage sur la scène du moment où l’on me dit : « Il était une fois… »
« Je me suis demandé ce que représentait pour moi, l’Illyrie. Un pays exotique, loin de Londres, c’est sûr ! En cherchant dans ma mémoire, a surgi ce souvenir de vacances que je passais avec mon père au bord de la mer. » (Dan Jemmet) Tout cela fait partie de la cuisine interne du metteur en scène.

Les Mansions
Les Mansions

Mais pour moi – et cela montre l’intelligence des scénographes, Dan Jemmet et  Denis Tisseraud-  j’y vois une citation du théâtre élisabéthain : ces cabines représentent les « mansions » demeures individuelles, dans le dispositif scénique. Ce sont chacun des lieux juxtaposés du décor où se déroule tour à tour une scène.  Dans « Shake » quand l’acteur a  terminé sa scène, il rentre dans sa cabine de plage, dans sa mansion.
La mise en scène apporte un autre travail sur l’unité de sens. Les cabines sont d’une couleur rouge passée, autant dire orange. Certains comédiens ont un vêtement de couleur l’orange (costumes : Sylvie Martin – Hyszka) Or la couleur orange est une couleur qui hésite : suis-je rouge ? Suis-je jaune ? Viola se travestit en homme, et ce faisant, travestit son rang social. D’où peut-être ce titre, « Shake », verbe anglais qui signifie « secouer » : secouez Shakespeare, il en sortira toujours du Shakespeare.
A noter la traduction de Marie Paule Ramo qui a recherché dans nos mots d’aujourd’hui l’aspect très concret qui existe dans la langue de Shakespeare. Et ces propositions de textes réjouissent apparemment les comédiens qui y trouvent un supplément de liberté dans leur jeu, dans leur gestuelle.

Avec : Valérie Crouzet, Delphine Cogniard, Vincent Berger, Geoffrey Carey, Antonio Gil Martinez.
Voilà un « Shake 2016 » bien auguré. Tout est bien qui commence bien !

 

Jacques Barbarin

 

« Shake » – TNN 04 93 13 90 90
8, 9, 13, 14 janvier 20h- 10 janvier 15h

 

 

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