Festival d’Angoulême / « Des conditions d’attribution de plus en plus incompréhensibles »

Rififi est un terme d’argot signifiant « dispute violente, bagarre ». Mais également « dégâts, grabuge ». Et, au festival d’Angoulême, il y a failli y avoir du rififi, on a failli numéroter ses abattis, ça a failli chauffer pour le matricule.
Quid ? Commodo ? Quando ? Tout simplement que la première sélection du Grand Prix d’Angoulême, dont la 43e édition se tient du 28 au 31 janvier, a mis le feu aux poudres : sur trente nominés, pas une seule femme. 100% d’hommes en lice pour un prix distinguant l’ensemble d’une carrière.
Après qu’un collectif d’auteurs (vous ne me ferez jamais écrire auteures), le Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme, regroupant environ deux cents artistes, avait appelé au boycott de ce vote réservé aux professionnels du secteur, la controverse a enflé ces dernières vingt-quatre heures avec la décision d’au moins dix nommés de retirer leur noms de la sélection du Festival International de la Bande Dessinée : Riad Sattouf, Joann Sfar, Etienne Davodeau, Christophe Blain, François Bourgeon, Pierre Christin, Daniel Clowes, Charles Burns, Chris Ware et Milo Manara.
Un pas en avant, trois pas en arrière…
Alors dans un communiqué publié ce mercredi 6 janvier en fin d’après-midi, la direction du festival annonce finalement qu’elle allait ajouter des femmes à sa liste d’auteurs sélectionnés pour l’obtention du prochain Grand Prix.
Est-ce que les nouvelles « listées » le seront au nom de la discrimination positive ? Seront-elles le fameux « Plan B » ? Dans ma collection de BD, j’avoue qu’il n’y en a aucune qui soit l’œuvre de femmes. Machisme ? Si vous lisez mes chroniques littéraires, 75% le sont sur des livres écrits par des femmes. Peut-on en tirer des conclusions ?
Pourquoi ne pas demander son opinion à un auteur de bande dessinée ? J’ai donc demandé son point de vue à Jacques Ferrandez dont la merveilleuse BD L’Etranger d’après Albert Camus, avait été sélectionnée à Angoulême en 2014 :

Jacques Ferrandez » Je vois qu’il y a des retraits en cascade de cette fameuse liste depuis ce matin* et que la direction du Festival envisage de « rallonger » la liste en y ajoutant une ou deux femmes. Faudrait-il appliquer une politique de quota dans ce qui reste une distribution des prix de fin d’année scolaire?
Si les filles sont friandes de médailles en chocolat, pourquoi pas. Ou alors, médailles et champagne pour tout le monde.
Des Femmes, des Arabes, des Noirs, des Juifs, des Jeunes, des Vieux, des « Alternatifs », des « Main stream » en raison de leur représentativité dans cette noble profession.
Et pourquoi pas dans ce cas là, un saupoudrage en fonction des nationalités des auteurs: tant d’Américains, tant de Japonais, de Français, d’Italiens ou de Belges, ou des sensibilités politiques, les auteurs de gauche, les auteurs de droite… Ridicule.
De toute manière, les conditions d’attribution de ce prix sont de plus en plus incompréhensibles et déchainent depuis des années des polémiques qui n’ont qu’un seul mérite: faire parler d’Angoulême.
Ce n’est déjà pas si mal. »

Propos recueillis par Jacques Barbarin

*la réponse de Ferrandez date du 6 janvier

 

 

 

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