LIVRE / Travailler à tout prix !

Derrière cette injonction se cache un livre dont je vous conseille la lecture. C’est un livre écrit à quatre mains, deux histoires de vie, deux vécus, deux départs dans la vie dissemblables mais qui on en commun cet impératif catégorique : travailler à tout prix !

Couverture« Travailler à tout prix » peut signifier « il faut absolument que je trouve du travail » mais également « pour cela, je suis prêt à accepter n’importe quelle rémunération ». Finalement, le lot commun, hélas, de beaucoup. Ici, deux personnes – appelons-les de leur véritables prénoms – Nicolas et Cédric racontent cette recherche, ce qu’ils trouvent… et ce qu’il en advint.
Chaque chapitre nous fait passer de l’un à l’autre, nous fait entendre les deux voix, les deux voies. Les deux premiers nous montre leur vécu avant ce moment que chacun a traversé, pas dans les mêmes conditions : le chômage. Nicolas est licencié économique avec un petit pactole qui lui permet de rêver en quelque sorte à sa future vie professionnelle avant de revenir sur terre. Cédric s’est retrouvé au chômage avant de se retrouver rapidement sans argent, sans femme, sans appartement, sans rien…
Puis Pôle Emploi, « Polo pour les intimes », dixit Nicolas. Pour lui, cela sera les coups de boutoir du marché du travail et des empêcheurs de créer en rond, les entretiens avec la conseillère Pôle Emploi, les idées lumineuses de reconversion, bref, une sorte de panem  et circences mais sans panem, ou si peu…
Quant à Cédric… hé bien c’est la rue… avec, avant l’expulsion, les prolégomènes. « Je me fais attaquer sur tous les fronts : bailleur, banque, crédit à la consommation, huissier, ATD*, agio, main levée, lettre recommandée, coupure EDF-GDF assurance, pension alimentaires… Que des mots sympas ! »
« La télé, ça se regarde », « la télé, on y passe »**. La télévision, ce médium froid (Mac Luhan) va être « un trouveur d’emploi » pour nos deux compères : l’un en postulant à un emploi après avoir vu un débat à la télévision (Nicolas), pour Cédric, en participant, comme chômeur, à une émission de télé. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’ils seront recrutés dans la même entreprise.
De cette entreprise nous ne saurons ni son objet social (nature des activités qu’elle  va exercer) ni le job exact de nos deux protagonistes. Si : on sait que Nicolas doit occuper les fonctions de secrétaire général adjoint, mais qu’est-ce que cette appellation recouvre…
Chose bizarre, à partir du moment où nos deux commencent leurs « occupations », on a l’impression qu’il s’agit du même rédacteur, et que l’un écrit d’un point de vue juste un peu décalé que l’autre ne le fait, et de deux rivières qu’étaient jusque-là leur parcours, il s’agit maintenant d’un seul fleuve.
Si je n’avais pas peur d’user d’un gros mot je dirais qu’à raconter leur vécu au sein de la société MMS Nicolas et Cédric passent en revue leur méthode managériale (après tout, l’absence de méthode est encore une méthode) et que celle-ci s’écrit à l’encre de l’insulte, de l’avilissement, de l’humiliation, des décisions absurdes, de l’incompétence… Bref, à se demander si la société MMS existe bien et si elle  n’est pas issu de l’imagination bouillonnante du cerveau cedrico-nicolien.
On pourrait se croire dans le monde décrit à la fois par le film « Brazil » de Terry Gilian, dans celui de « Métropolis » et la dans cité absurde peint par Jacques Tati dans ses films.
Mais, comme le dit l’adage, « la réalité dépasse la fiction. Nous aurions pu nous cacher derrière la fameuse phrase : « les  et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite ». Pourtant, tout ce que vous allez lire s’est bel et bien passé, les deux co-auteurs nous préviennent dans l’avertissement. Et que l’ensemble des comportements décrits ici puissent se rencontrer dans la vie professionnelle n’est pas en soi un sujet d’étonnement.
Porte & ChaboteauxA dire le vrai, ce que décrivent Nicolas Chaboteaux été Cédric Porte me fait penser  au monde  de travail dépeint par le roman « noir » – à tous les sens du terme – de Marin Ledun, « Visages écrasés » (2011). « Les questions de la souffrance au travail et, plus largement, des conditions de travail aujourd’hui, dans un pays comme la France, sont toujours et plus que jamais d’actualité. On pense aux salariés qui se suicident ou tentent de le faire. Mais il y a également les chômeurs, les familles surendettées… » (Marin Ledun, interview de Christophe Dupuis)
Marin Ledun, de formation sociologue, était parti d’études sur les conditions de travail dans les plateformes téléphoniques. Et il suffit d’écouter des reportages, de préférence radio, sur des antennes qui ne font pas que musique – blabla pour savoir que nous sommes encore dans le réel des choses. Et DRH signifie t-il que l’on prend l’humain comme une ressource, à l’instar des stylos à bille ?
J’ai travaillé pendant 40 ans dans la fonction publique et le texte de Chaboteaux et Porte ne me semble pas outrepasser le réel. La lecture de « Travailler à tout prix ! » est saine.

Jacques Barbarin

 

« Travailler à tout prix ! » Nicolas Chabotaux et Cédric Porte – EDITIONS DU MOMENT

 

 

*Avis à tiers détenteur, qui permet au Trésor Public de prélever ce que vous lui devez (impôts,  pénalités et frais accessoires) sur votre compte en banque
** « La télévision est  une machine à montrer ceux qui y passe et à cacher ceux qui n’y passent pas » (Jean d’Ormesson)

Publicités

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s