Cinéma / THE BIG SHORT, Le Casse du Siècle d’Adam McKay.

Les coulisses de la dépression économique de 2008 , et les jeux de dupes et de pouvoir dans les couloirs des banques , entre ceux qui   l’ ont vue venir et voudraient en profiter , et les pontes des services financiers qui trouvent toujours la parade pour retomber sur leurs pattes laissant derrière eux , sans vergogne , des millions de victimes . Une adaptation réjouissante du livre de Michael Lewis portée par un casting qui ne l’est pas moins…

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

C’est la belle surprise cinématographique de ces derniers mois, signée par un cinéaste dont dont on ne savait pas que les gentilles comédies populaires déjantées et sans prétention ( Frangins malgré eux ou Very Bad Cops) qu’il avait signés , pouvait cacher un cinéaste dont l’ambition artistique éclate totalement dans ce film à la fois très sérieux ( sur la crise des Subprimes) , et très maîtrisé du point de vue de l’écriture cinématographique.
La surprise est d’autant plus réjouissante que son savoir -faire, dans le domaine de l’écriture du récit qui ne cesse de mêler avec une belle inventivité et un humour réjouissant et décapant qui fait un écho qui ne l’est pas moins, à la colossale « arnaque » en question qui a plongé l’économie mondiale dans une crise gigantesque en 2008. Construisant ainsi son film sur une logique de récit qui ne fait que se faire le miroir de cette folle frénésie qui a poussé les protagonistes qui en furent les auteurs à découvrir le vraie visage d’une paranoïa qui les a poussés a de folles spéculations dont la seule soif du gain a été le moteur .    » Et tu t’enrichira sur le dos des aveugles que tu auras bernés … ». Adam Mckay nous entraîne, dès lors,  dans leur sillage et nous immerge  avec eux , dans le monde de la finance et ses mécanismes huilés dont il démonte , avec une réjouissante euphorie décalée qui s’empare  aussi de ses personnages , les mécanismes ravageurs.

Christian Bale dans son bureau
Christian Bale dans son bureau

A l’image de Michaël Burry ( Christian Bale , génial ) l’un de ceux-ci , électrisé par sa découverte d’une crise qu’il voit venir avant tout le monde et cherchant à l’exploiter , espérant le Jack-Pot , en pariant sur la chute d’un marché encore florissant !. Et , à son image , les protagonistes qui y participent dans cette entreprise destinée à démonter et contrer les mécanismes obscurs des jeux financiers, sont forcément atteints par une frénésie addictive qui finit par avoir raison d’eux-mêmes. Il suffit par exemple  de voir ces deux jeunes loups qui se sont lancés dans les marchés spéculatifs et dont l’investissement de quelques milliers de dollars , en a fait des millionnaires … qui veulent rentrer dans la cour des grands!. S’en allant glaner les recommandations du côté des grandes banques ( la séquence dans la salle d’attente de Lehman Brothers) et qui vont mesurer le chemin ( des millions de dollars ) qui leur reste à faire pour y parvenir !. Au cœur de tout ce mic- mac de jeux de spéculations sur les marchés  s’emparant  des différents participants qui font des prévisions et des anticipations où les chiffres  s’entremêlent dans un double-jeu de pourcentages  , à la hausse  ou  à la baisse   selon les  intérêts des concernés  , la magnifique idée du récit est d’interpeller le spectateur pour en faire le témoin .  » Vous  n’y comprenez rien ? , et bien une jolie fille dans sa baignoire va vous expliquer tout cela clairement ! ». Et Hop , le tour est joué …

Steve Carell et Ryan Ghosling
Steve Carell et Ryan Gosling

Décalage de récit très habile qui permet d’ouvrir les yeux du spectateur et lui expliquer comment la population qui a fait confiance aux fond de pensions sur lesquels les banques ont spéculé s’est faite  berner …et comment ceux- là même qui ont lancé le mécanisme spéculant sur  l’échec  se sont retrouvés totalement dépassés par le retour de manivelle qu’ils n’ont pas vu venir . Une autre scène délirante pour nous faire comprendre le pourquoi du comment, nous met alors en présence d’un chef cuisinier réputé confectionnant devant nous son nouveau plat qui va faire fureur . La recette : vous prenez un tiers de poisson avarié, vous le  mélangez à du poisson frais , et le résulat vous le vendez comme un « must » de la cuisine moderne qui va faire fureur . Ou comment vendre un plat qui va vous empoisonner !. Ainsi en a-t-il été des emprunts toxiques et autres jeux de prêts, qui ont mis le feu aux poudres et précipité la crise financière. Le résultat aux états -Unis : 8 millions de sans abri et 7 millions de chômeurs . Par contre les vrais  responsables -eux -ont eu droit à un plan de sauvetage bancaire .

seance de travail et de stratégie , autour de Ryna Ghosling et
seance de travail et de stratégie , autour de Ryan Gosling ( à droite )

Emportés dans la tourmente les héros dont le cinéaste nous invite à suivre à la fois les intrigues et les jeux auxquels ils se livrent pour tenter de profiter de la situation , et de la frénésie qui s’empare d’eux, qui tentent de faire exploser le système…est bluffant . Porté par des comédiens survoltés on y entre , avec eux, de plein pied. On y suit avec le plus grand intérêt jubilatoire , les multiples tentatives de Mike Braun ( Steve Carrell réjouissant ) cherchant à sortir indemne , pris au piège au cœur d’un combat , et qui se rend compte que son métier ne sert à rien d’autre qu’à duper les gens et à les enfoncer encore un peu plus dans la détresse . Le cynisme est là , celui d’un systéme qui n’a d’autre but que de se servir lui- même , et peu importe les dégâts . Pire, tous les rouages et ententes illicites ( jamais punies… ) fonctionnent à plein régime lorsqu’il s’agit de sauvegarder les intérêts capitalistes . Les banques qui s’entendent en coulisses pour faire front à la tempête et sauver leurs mises , et les agences de notations qui ménagent celles qui les financent et maintiennent les cotations qui leur seront favorables. Le ver est dans le fruit qui permettra l’éclosion de l’oeuf du serpent …                                                                                                                                                                                                             Dès lors , l’ex- trader , Ben Richert ( Brad Pitt )  qui avait pris du recul , remis en activité par les jeunes loups , va tenter de trouver la faille  ( Suisse et Européenne ) pour sauver les meubles . On y voit aussi , l’activité inébranlable de Jared ( Ryan Gosling ) spécialisé dans l’analyse des mécanismes qui régissent les opérations financières en démonter les subtilités qui permettraient  de spéculer ,pour s’y perdre finalement victime lui aussi de cette arnaque du titre dont, au bout du compte , les seules victimes ont été les petites gens qui se  sont endettées ,   qui vont  perdre  leurs  maisons  et  leur travail , et  qui ne recevront jamais aucune aide , ni indemnisation qui puisse leur permettre de se sortir de l’impasse . Les banques , elles , n’auront pas ce souci… à ce sujet , Steve Carell  y va d’une  jolie phrase:  »  vous vous souvenez quand les Subprimes se sont éffondrés et que toutes les compagnies ont périclité , et que personne n’est allé en prison ? . Le gouvernement est intervenu et a sauvé les banques et tout est redevenu normal , Vous vous souvenez ? . Voilà de quoi parle le film . C’est un film d’horreur, bien plus terrifiant que ce que je viens de vous décrire « .

Brad Pitt , retour aux affaires ...
Brad Pitt , retour aux affaires …

La mise en scène aussi frénétique que les comédiens, ne cesse de les faire bouger dans un cadre qui lui- même ne cesse de perdre ses repères atteint de cette même frénésie emblématique d’une situation fluctuante qui emporte dans son tourbillon tout un système . Elle en devient l’image emblématique, métaphorique , et  en ce sens le film est tout aussi passionnant qu’original dans sa conception, renvoyant au delà de l’analyse de la crise financière, à un constat politique sur le fonctionnement d’une société Américaine qui lui a permis de la faire naître . C’est donc au cœur du mal et de cet œuf du serpent qui est né dans ses entrailles, dans lequel le récit nous entraîne et nous éclaire avec une force et une conviction qui font mouche . Et la tonalité du divertissement qui s’y attache ne fait que rendre  le constat , encore plus efficace . A la manière des comédies à l’italiennes de la grande époque , dont il rappelle la dimension à la fois politique et populaire qui les habillait . Ou à celle , irrévérencieuse d’un Michaël Moore ( Capitalism a Love Story / 2009) . En ce sens , The Big Short par sa tentative de porter un regard original , s’inscrit dans la continuité et s’ajoute à la liste des œuvres importantes ( Margin Call de J.C Chandor/ 2011 , Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese/ 2013,
The Company Men de John Wells/ 2010 , Inside Job de Charles Fergusson /2010, Cosmopolis de David Cronenberg/ 2012 …) qui ont marqué la dernière décennie du cinéma Américain,  cherchant à décortiquer et à dénoncer les fonctionnements des mécanismes financiers Capitalistes.

(Etienne Ballérini)

THE BIG SHORT , Le casse du Siécle d’Adam McKay -2015-
Avec : Christian Bale , Ryan Gosling , Steve carell , Brad Pitt, Jéremy Strong, John Magaro , Marisa Tomeï, Karen Gillian…

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