Cinéma / AU DELA DES MONTAGNES de Jia Zhang-Ké .

Dans la chine des années 2000 en pleine mutation économique , Le tumultueux destin et  les  vies  d’une femme et de deux  hommes   suivi sur trois époques. Présenté en Compétition au Festival de Cannes 2015 le nouveau film du réalisateur de The touch of Sin (2013 ) est à la fois un superbe mélo, et un constat sans concessions sur la Chine Moderne.

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Ils sont jeunes et il sont beaux,  en cette fin d’année et de siècle ils se retrouvent pour fêter le passage au nouveau millénaire, celui qui va sceller leur avenir dans une Chine en pleine mutation économique. A l’image de la première séquence où l’on voit notre héroïne danser ( sur une tube des Pet Shop Boys) , puis s’en aller retrouver ses amis d’enfance et fêter la nouvelle année en boîte , puis prendre un bain de foule en fête ponctué par un feu d’artifice dans leur ville de Fenyang où ils sont nés tous les trois. Une amitié qui les unit depuis près de 25 années malgré les différences sociales qui les séparent. Il y a donc, la belle Tao ( Zhao Tao ) d’origine modeste ses deux amis d’enfance : Lianzi ( Liang Zing-dong ) le jeune prolétaire , et Zhang ( Zhang Yi) issu d’une classe plus aisée et qui cherche à grimper dans l’échelle sociale en s’investissant dans les affaires . Les deux hommes à l’évidence sont tous deux amoureux de la jolie Tao .On croirait retrouver le « trio » du Jules et Jim de François Truffaut. Mais ce trio là confronté à la réalité et aux mutations sociales du pays ne va pas résister au choc d’autant que le fougueux et impatient Zhang qui ne manque pas d’afficher les signes ( belle voiture ) de sa situation sociale , va faire monter la pression sur son rival et sur Tao. Usant sans grande délicatesse de son arrogance sociale il provoque son ami,  et sommera Tao de choisir . Cette dernière , la mort dans l’âme,  se résoudra à faire le choix de la sécurité économique et de l’avenir que lui fait miroiter Zhang. On retrouve dès lors la mise en place d’une récit où l’évolution des trois destins des amis d’enfance, vont embrasser les thèmes du mélodrame…

Le jeu de pouvoir et de séduction en marche : Zhang ( Zhang Yi ) et Toa ( Zhao Tao )
Le jeu de pouvoir et de séduction en marche :
Zhang ( Zhang Yi ) et Tao ( Zhao Tao )

Et , celui-ci à la manière des grands maîtres d’hier ( on pense à Douglas Sirk )  s’en empare,  afin de poursuivre à travers lui ( et ses  ficelles  ) son portrait de la chine en pleine mutation économique qui va voir , à l’image de ses héros , les hommes et les femmes du pays poussés dans leurs vies quotidiennes,  à devoir s’adapter où à se résigner dans un monde qui change et où les valeurs d’hier et de demain deviennent de plus en plus incompatibles . L’écart qui se creuse entre les classes sociales, la modification du mode de vie et les traditions qui se perdent , l’harmonie familiale souvent emportée dans le tourbillon . Jia Zhang -Ké , explore autour de la destinée et l’évolution de ses trois personnages sur trois époques qui renvoient  au futur proche         ( 2025 ) de  la troisième et dernière partie du film – sublime – enforme de  final magnifique,   son portrait où le désenchantement et le renoncement de ses héros vient faire miroir à leurs destinées broyées par un monde et un système qui a finit par les déshumaniser ,  et ,  auquel la quête et la révolte du jeune fils de Tao dont l’avenir qui lui a été réservé,  traduit tout le désarroi dans lequel il se retrouve plongé malgré lui . Séparé de sa mère à l’âge de Sept ans et entraîné- par une père  qui l’a appelé Dollar  ( Dong Zijian)  -dans ses ambitions et dérives de grandeur jusque dans cette  maison- prison dorée,  Australienne. Un jeune homme qui va devoir se réinventer en l’absence de repères ( langue , traditions ), une vie et un avenir qui puisse lui permettre de retrouver un identité et un autre avenir dans  cet univers de la mondialisation sans frontières , auquel peut-être la clé de la maison,  jadis glissée dans ses mains par sa mère pourra peut-être , lui permettre de se trouver un nouveau point de départ …en forme d’interrogation. Le cinéaste laissant , habilement , la fin ouverte au possible , tandis que sa désormais vieille mère continue a entretenir l’espoir des retrouvailles en composant ses succulents raviolis chinois et en se déhanchant sur la musique entraînante qui Ving-cinq ans auparavant,  annonçait un nouveau millénaire  d’espoir  …

La séparation entre Tao ( Zhao Tao ) et Lainzi ( Laing Jin-Dong )
La séparation entre Tao ( Zhao Tao ) et Lianzi         ( Liang Jin-Dong )

La mise en scène très travaillée de Jia Zhang-Ké traduit merveilleusement par ses choix stylistiques et dramatiques,  le récit en forme de constat dont la destinée de la mère porte , les désillusions vécues et le poids . Les désillusions et les renoncements de Tao deviennent dès lors emblématiques de la situation globale d’un pays emporté par le « miracle » économique qui va voir en quelques années tout un système s’effondrer et emporter avec lui les destinées dans le tourbillon d’une autre révolution . Celle qui a conduit toute une partie de la population à s’adapter , devoir choisir des nouveaux chemins de vie et trouver dans les flux migratoires des nouvelles possibilités de travail et ( ou ) de survie . S’il y a le parcours de Zhang qui a choisi sa voie et continue a vouloir grinper dans les affaires se laissant  même  entraîner dans certaines dérives qui le contraindront à s’exiler en terre étrangère , l’Australie. Il y a aussi le parcours de l’ami  Lianzi le prolétaire , qui pour continuer a travailler et à gagner sa vie doit parcourir le pays et les mines de charbon encore en exploitation , pour y parvenir . Et puis il y a Tao , séparée de son mari et de son enfant que ce dernier a décidé de garder pour lui assurer un avenir dans la lignée du sien . Tao qui doit se résoudre a voir partir ce dernier à l’âge de Sept ans,  en Australie et dont elle attendra au fil des années l’espoir de le revoir , et à qui elle a laisse les clés de la maison  comme  signe. Tao qui souffre en silence , victime résignée du délitement de sa famille et dont la souffrance empire encore après la mort de son père qu’elle vénérait. Désormais vivant dans l’attente solitaire du retour de  son fils…

Toa ( Zhao Tao ) et sonjeune fils avant qu'ils soient séparés par le père
Toa ( Zhao Tao ) et sonjeune fils avant qu’ils soient séparés par le père

Jia Zhang-Ké , qui  on l’a  dit , construit son récit autour de la forme du mélodrame tout  en l’enrichissant de choix formels et d’une  série de notations dont la signification emblématique vient approfondir son constat sur les blessures intimes consécutives à une situation économique et sociale qui a bouleversé les vies de millions de personnes . Tao et ses proches , en ce sens , en sont les éléments révélateurs de la fable dont le récit se fait emblématique . Les choix formels ( des formes du cadre de l’image ) qui en trois épisodes voit son espace de l’écran  s’agrandir   jusqu’au Cinémascope de la partie finale Australienne , fait l’ écho- miroir de  ces Vingt-Cinq années de mutations et de changements qui ont marqué le pays . De la noirceur et du cadre étriqué d’hier , en s’élargissant jusqu’à celui d’un futur proche reflétant la démesure d’une rêve qui en chemin a fini par  broyer les liens familiaux et les repères moraux  en même temps que les traditions , laissant sur sa route la désillusion et le désespoir des victimes de ces changements brutaux. Ce mal silencieux dont on a dit dans lequel Tao s’est enfermée ; mais aussi celui que vit à distance un fils modelé par un père presque tyrannique et destructeur qui a fini par lui faire oublier le nom et l’existence de cette mère dont l’image est devenue manquante . Ce fils à qui ,  le nom emblématique de – dollar- que lui a choisi son père finit par lui devenir insupportable et fomenter  chez lui ,  rejet et la révolte . Et dont la quête de repères va trouver chez le beau personnage de l’enseignante Canadienne , la compréhension et le réconfort d’un parcours commun lui ouvrant l’espace d’une possibilité de retrouver le chemin d’un lien ( la clé … ) perdu .

Jia Zhang -Ké a disséminé sur le parcours les objets et signes ( Gadgets de consommation, signes extérieurs de richesse et de pouvoir : argent , voiture , armes , etc … accumulés par son père ) , emblématiques d’une société qui a fini par lui faire perdre tout sentiment d’identité et d’appartenance culturelle et familiale . C’est maintenant à lui de trouver sa voie…
Au delà des  Montagnes , est un film passionnant dont on vous conseille vivement la vision…

(Etienne Ballérini)

AU DELA DES MONTAGNES de Jia Zhang-Ké -2015-
Avec : Zhao Tao , Zhang Yi , Liang Jin-Dong , Dong Zijian, Sulivia Chang ….

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