Littérature- B.D / CHER PAYS DE NOTRE ENFANCE de Benoît Collombat et Etienne Davodeau.

Cher pays  de notre enfance 
Non, il ne s’agit pas d’un article sur la chanson « Douce France » de Charles Trenet. Il s’agit de celle d’Etienne Davodeau (scénariste et auteur de bandes dessinées, né en 1965) et Benoît Collombat (grand reporter à France Inter, né en 1970)Cher pays de notre enfance

Ce « cher pays de notre enfance » est une bande dessinée. Le livre est une enquête sur les années de plomb de la Cinquième République. L’implication du SAC (Service d’Action Civique, hérité de la guerre d’Algérie), « la milice du parti gaulliste », est décrite à travers plusieurs interviews, et l’analyse de documents archivés. La mort de Robert Boulin, alors ministre du Travail, est au cœur de l’enquête. Le livre commence par l’évocation de l’assassinat du juge Renaud, en 1975.
« Années de plomb » ? Cette expression est employée dans plusieurs pays pour désigner des périodes de l’histoire contemporaine marquées par la violence politique. Cette expression, notamment employée en Italie*, trouve son origine dans le film de Marghereta Von Trotta,  Les Années de plomb qui raconte l’histoire d’un membre de la Fraction Armée Rouge.
Le film a été distribué en Italie sous le titre Anni di piombo, ce qui a popularisé cette expression pour désigner les années postérieures à 1968 — principalement la décennie 70 — marquées par la radicalisation des mouvements d’extrême-gauche et d’extrême-droite, et par de nombreuses affaires de terrorisme.

Davodeau et Colombat au Travail
Davodeau et Colombat au Travail

Des « années de plomb » en France ? Il ne faut pas croire que cette appellation ne vise que l’Italie et l’Allemagne, même s’il n’y a pas eu la violence politique qu’il y avait eu dans ces deux pays. L’intérêt de cette passionnante bande dessinée est de nous mettre sous le nez ces affaires que les moins de 20 ans… (D’ailleurs, veulent-ils les connaître ?). D’ailleurs, vous savez ce qu’on dit : « ah oui, mais j’étais pas né ! » Bon, bref, je sens qu’il me monte le virou-virou.
Mais, de leur côté, les autres (les plus de…) ont du mal à imaginer tous les aspects peu reluisants de cette époque. Quant aux témoins de cette époque, interrogés par Collombat et Davodeau : « c’est comme ça que ça se passait à cette époque ».
Le projet est né il y a deux ans autour d’un déjeuner organisé par le trimestriel La Revue Dessinée. Entre poire et fromage, la discussion a alors beaucoup tourné autour du SAC et de ses agissements. L’idée ? Retrouver des témoins de l’époque, les interroger en misant sur le fait que le temps aura libéré la parole, confronter les faits tout en les vérifiant… Du pur journalisme, bref.
A Collombat de fixer les rendez-vous, de mener et d’enregistrer les entretiens, à Davodeau, outre de prendre des notes, de « croquer » leurs interlocuteurs.
Le 3 janvier 1975, le juge François Renaud est abattu devant son domicile lyonnais. Il était sur le point de mettre en lumière les étranges procédés de financement de certains partis. L’enquête sur ce meurtre n’aboutira à rien et ses dossiers disparaîtront dans la foulée. A partir de là, les entretiens vont avancer dans le temps et fouiller dans les arcanes de la République jusqu’à la mort du ministre Robert Boulin, noyé dans 60cm d’eau… et ses conséquences, mais également sur la création du SAC a début des années 1960, sur les milices patronales qui empêchaient les mouvements de grève dans les entreprises…

Davodeau et Colombat
Davodeau et Colombat

Cher pays de mon enfance – Enquête sur les années de plomb de la 5ème République se lit comme un roman noir, dont chaque chapitre serait le passage d’un élément de l’enquête à un autre, d’un entretien à un autre , grâce à la plume d’un reporter chevronné et incontestable au sein de la corporation des journalistes investigateurs . Quand à Davodeau, il excelle dans la narration graphique. Le dessin de Davodeau (voir illustration) colle parfaitement à ce documentaire dessiné.
Comme l’écrit Frédéric Portet, « Fabriquer du sens et du suspense à partir de faits et de témoignages ayant eu lieu il y a quarante ans n’était pourtant pas gagné d’avance »
Last but not least, Cher pays de mon enfance – Enquête sur les années de plomb de la 5ème République est en sélection au prochain festival de la bande dessinée d’Angoulême, fin janvier 2016. On croise les doigts.
Cet ouvrage s’achève sur une postface du juge Roberto Scarpinato. ** J’aimerais citer deux phrases de la conclusion : « Cet ouvrage constitue enfin une boussole importante pour s’orienter dans le présent et le futur. Connaître son passé est en effet indispensable si l’on veut éviter d’âtre condamné à le revivre. ». Indispensable à avoir.

*cf les livres de Simonetta Greggio « Dolce Vita 1959-1979 » et « Les nouveaux monstres 1978 -2014 » (voir article : « La dolce vita des nouveaux monstres – 1ère et 2ème partie » )
**procureur général de Palerme, dernier survivant de la génération des juges Flacone et Borsellino, assassinés par la mafia en 1992.
Cher pays de mon enfance – Enquête sur les années de plomb de la 5ème République Editions FUTUROPOLIS
Jacques Barbarin
Illustrations :
Couverture
Davodeau et Collombat
Davodeau et Collombat au travail

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