Cinéma / BACK HOME de Joachim Trier.

Présenté en compétition au Festival de Cannes 2015 , le nouveau film du Cinéaste Norvégien qui y avait été révélé à la Section Un Certain Regard avec Oslo 31 Août ( 2011 ) , aborde le sujet d’un secret autour de la mort d’une mère, qui va faire se dégrader les relations familiales. Un traitement servi par une mise en scène toute en subtilités sur les non-dits, et, portée  admirablement par  une belle distribution internationale…

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Ecrit avec son scénariste habituel Eskil Vogt ( qui a réalisé Blind , sorti en salles en 2014 ) le cinéaste d’ Oslo 31 Août , a eu l’honneur de représenter son Pays , la Norvège ( pays  absent de la compétition officielle cannoise  depuis 1979  ) avec son nouveau film tourné à l’étranger avec en tête d’affiche Isabelle Huppert , Gabriel Byrne et Jesse Eisenberg. Il a fait le choix d’un récit non- linéaire pour développer encore un peu plus le mystère du questionnement qui va être au cœur de la famille endeuillée par la mort de la mère dans un accident de Voiture. Un deuil dont le « trauma » persiste encore , trois ans après le drame. Une exploration en forme de Puzzle . Le cinéaste a fait le choix de cette construction d’un récit où les indices sont délivrés à petite dose au cœur des relations humaines qui installe le suspense et le mystère jusqu’au final , autour de l’accident en question. Petit à petit le puzzle va laisser percer des interrogations sur celui -ci, lorsqu’une exposition va faire sourdre les questionnements qui entourent la mort accidentelle de cette mère ( Isabelle Huppert ) photographe de guerre de métier qui a été au cœur de ses reportages souvent en situation de danger, et a trouvé la mort dans un banal accident de la route , juste après avoir arrêté ses expéditions sur les terrains de guerre .

La photographe Isabelle ( Isabelle Huppert )
La photographe Isabelle ( Isabelle Huppert )

Mais la donne va être en effet bouleversée , lorsque le secret en question qui risque d’être éventé par l’article d’un journal sur la Photographe décédée, va contraindre le père de famille ( Gabriel Byrne ) à le dévoiler à son jeune fils cadet , Conrad ( Devin Druid ) qu’il a voulu protéger  après cet accident le privant d’une une mère qu’il vénérait. On ne vous éventera pas le secret …mais on vous dira que le cinéaste construit habilement le mécanisme qui va déclencher le bouleversement des relations familiales , par celui-ci dévoilé . Des relations déjà quelque peu contaminées et qui vont se tendre encore plus entre le père et le fils cadet qui se va réfugier dans le mutisme , la rébellion et le rejet de ce dernier . Un fils cadet dont les résultats scolaires vont devenir catastrophiques et qui va se tourner vers une addiction aux violences des jeux vidéos et (ou ) des images sur internet «  je ne les aime que quand elles mettent les gens face à un danger réel » , dit-il à son frère aîné, Jonah ( Jesse Eisenberg ) , jeune père de famille à qui il se confie dans de très belles scènes . Ce frère aîné à qui d’ailleurs, le père qui a préféré rester à distance afin d’ éviter le choc frontal  avec  son fils cadet , a confié la tâche d’expliquer a  celui-ci, le secret en question …

Le fils cadet ( Devin Druid ) face à son père ( Gabriel Byrne )
Le fils cadet  ( Devin Druid ) face à son père              ( Gabriel Byrne )

Le parti-pris qui est habilement tenu jusqu’au bout, laisse sourdre tous les non-dits et attitudes qui ont finit par faire se dégrader au fil dest trois ans, l’harmonie familiale. L’avoir gardé comme moyen de protection envers le cadet , ou peut-être,  par une certaine forme de lâcheté , était-ce le bon choix ?… Au cœur de cette interrogation , le cinéaste construit habilement les éléments qui viennent interférer pour chacun dans l’appréhension intime du deuil , qu’il doit finir par faire. En cherchant à éviter le mélo et en s’attachant avant tout à restituer une vraie émotion au cœur de laquelle s’installe un certain suspense à la fois des sentiments, mais aussi des événements qui interpellent sur le secret en question. A l’image de cette scène de filature filmée de surcroît par des angles de vues différents ( double filature?) . Tout à coup le sujet central des rapports familiaux s’enrichit d’un autre qui semble interpeller  sur d’autres émotions et interrogations ( le danger du métier , le sens et la portée des images….) . Et sans doute  pas de manière innocente , dans la mesure où le cinéaste s’engage sur une piste qui lui permet de questionner les « parades » ( les fuites ) que  ses héros  confrontés au deuil vont tenter de lui substituer, pour ne pas sombrer. Ainsi , l’échappatoire du fils cadet dans la violence des images de la toile , habilement fait écho à celles dont la mère a eu à affronter la réalité de la violence sur les multiples théâtre de guerres qu’elle a parcourus,  et dont elle a ramené les images. Belle idée – aussi – que celle de l’avatar que le  père  se crée pour tenter  de trouver – en dehors du frère aîné- un substitut  pour  dialoguer  (  via le jeu vidéo ) avec  son fils cadet  …

Devin Driud et Jesse Eisenberg ( le frère ainé )
Devin Druid et Jesse Eisenberg ( le frère ainé )

De la même  manière ,  ces attaches familiales  dont le drame en question fait  sombrer   le père  dans une impossibilité  à gérer  une situation qui lui  permettrait de  resouder la famille , via l’épreuve  traversée . Et  son impuissance à le faire  se retrouve,  elle aussi dans un substitut  ( les bras d’une autre femme )  qui  fait écho , comme une trahison . La  douleur qui  le rend  impuissant à faire face ,  et à avoir les ressorts nécéssaires  pour épauler ses enfants  dans le drame , lui faisant perdre pied dans le pire des  réflexes qui ne peut les éloigner  encore  un peu  plus  de lui !. De la même manière que la  maîtrise  affiché  par le frère ainé   semble  cacher  bien  des  douleurs  retenues  … et que dire , pour y revenir , de  celles de la photographe  mère de famille  qui , elle , a  dû affronter      ( photographier )  celles des  hommes  et des femmes  victimes , sur les théâtres  de  conflits  et des guerres ?.  Comment en sortir  indemnes ?.  La mort de la mère ,  et le  deuil  qui trois ans après  encore (  remis en lumière par l’exposition de ses  photos ) , n’a pu  être fait , est  symbolique et emblématique .  Il interpelle , via cette  famille déboussolée , sur les  violences  du monde d’aujourd’hui  et les  douleurs  et les  traumatismes qu’elles  distillent , comme  un  poison  (1 ) , auxquelles le titre original du  film ,  donnait toute  sa  signification par le personnage de  cette mère qui en a  été  le témoin.

Personnage pour lequel le réalisateur a fait un travail de documentation « pour que le film sonne le plus juste possible » , auprès de nombreuses « agences de presse dont il a utilisé le travail » , et s’est inspiré de «  différents photographes ayant travaillé sur les zones de guerre », pour créer celui de son héroïne . Parmi les illustrations photographiques utilisés dans le film figurent ceux de la Française , Françoise Boulat , qui a été présente sur de nombreuses zones de conflits …

(Etienne Ballérini )

(1) – Le film présenté au Festival de Cannes sous le titre Plus Fort que les bombes a été changé en Back Home par le distributeur Français , Memento «  en raison des attentats du 13 Novembre 2015 », qui en a expliqué ses raisons : «  Le film de Joachim Trier est un film nostalgique sur la famille , ce n’est ni un film de guerre ni un film militant sur fond d’attaques terroristes, comme pourrait le laisser penser son titre original . En ces périodes troublées nous avons voulu lui trouver un titre moins ambigu,  évitant tout malentendu sur le contenu même du film . Son nouveau titre est à la fois doux et mélancolique à l’image du film », explique le distributeur.

BACK HOME de Joachim Trier – 2015-
Avec : Gabriel Byrne , Jesse Eisenberg , Isabelle Huppert, Devin Druid , Amy Ryan …

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