Cinéma / STRICTLY CRIMINAL de Scott Cooper.

Le comédien révélé comme réalisateur par Crazy Heart (2009) et Les Brasiers de la Colère (2013) pour son troisimèe long métrage derrière la caméra a choisi de se pencher sur la saga de Whitey Bilger devenu Caïd de Boston dans les Années 1970 grâce à sa collaboration avec le FBI. Adapté du roman de Gérard O’ Neil et Dick Lehr , le film qui embrasse les codes du film criminel en miroir de la  «  collaboration » citée et des relations complexes qu’elle détermine ,  brosse le sombre portrait d’un Boston repaire des Mafieux sans foi ni loi , à l’image d’un Johnny Depp stupéfiant en tueur psychopathe…

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

On avait apprécié le passage derrière la Caméra du Comédien dont les Brasiers de la colère ( 1 ) racontant le rêve brisé de deux frères tentant de survivre au cœur de l’Amérique profonde de la crise économique. Il y explorait les failles et les zones d’ombres d’une société gangrenée par les compromissions et la violence qu’elles génèrent . On retrouve le schéma de départ au cœur de son nouveau film où l’on est confrontés d’entrée à un jeu de rapports de forces ,de dupes et de trahisons qui s’installe autour des deux personnages principaux Whitey Bugler ( Johnny Depp , transfiguré et inquiétant à souhait ) et son ami d’enfance John Connoly ( Joel Edgerton ) dont les chemins vont se retrouver diamétralement opposés . Le premier devenant une petite frappe dont l’influence qui monte va retrouver sur son chemin cet ami d’enfance devenu flic et surtout travaillant pour le FBI sur le dossier de la criminalité. L’histoire qui pourrait être inventée comme élément de départ dramatique d’un film sur la Mafia est pourtant la plus authentique qui soit et qui a fait l’objet d’un ouvrage sérieux et très documenté dont Scott  Cooper s’est inspiré. Ce dernier qui aime bien , comme le démontrent ses deux premiers films très réussis dans leur approche réaliste de la société Américaine, a trouvé dans le creuset de cette histoire authentique , l’opportunité d’explorer encore un peu plus un certaine perversion des rapports humains qu’elle génère . Comme le révèle d’entrée la première et étonnante séquence du film où l’on se retrouve au cœur d’interrogatoires Policiers cherchant à extorquer des aveux  à  des suspects très impliqués refusant de devenir « des rats » . Ces « balances » dans le jargon du milieu , qui , lorsque leur trahison sera découverte n’auront droit à aucune pitié. Pas de pitié dans  ce  milieu pour ces renégats…

Joel Edgerton ( à droite ) et Johnny Depp ( à Gauche
Joel Edgerton ( à droite ) et Johnny Depp ( à Gauche

On l’a dit , le film embrasse les codes du film criminel dont on retrouve ici  les tonalités et les personnages emblématiques dont le cinéma s’est inspiré, et auxquels Johnny Depp avait déjà prêté sa figure ( l’infiltré de Donnie Brasco , le trafiquant de drogue de Blow , ou le braqueur de banques John Dillinger de Public Ennemy ). Et le personnage joué par Jack Nicholson dans les infiltrés de Martin Scorsese , était inspiré de celui de Whitey Bulger. Pourtant , au delà de cette filiation aux codes qui inclut  le thème de la trahison , la belle idée du film dont Scott Cooper inscrit au centre du film le questionnement , est celle qui interpelle sur les raisons ( les limites à ne pas franchir ? ) qui peuvent poussent à trahir son camp , ou un ami, un frère … et devenir ce « rat », cet individu méprisable dont Scott Cooper multiplie,  en fil rouge, les exemples soumis à la sauvage vindicte de Whitey. Toute la force du film tient dans cette exploration des raisons des uns et des autres  qui  y  sombrent  , au fil des séquences qui les distillent sous de multiples aspects , y compris autour des personnages secondaires qui viennent se greffer au cœur de l’intrigue principale dont le « moteur » déclencheur est le rapport entre John Connoly l’homme du FBI et Whitey qui deviendra son « indic ». Rapport de confiance qui va entraîner l’ascension de Whitey au sommet de la pègre locale . Toute la subtilité de ces rapports résidant dans le fait que Whitey , lui , se considère comme un «  collaborateur » et ne peut donc être suspecté de « balancer ».

Dans les bureaux de la Police : Adam Scott; David Habour et Kevin Baco
Dans les bureaux de la Police : Adam Scott; David Habour et Kevin Bacon

De la même manière que son ami d’enfance passé dans l’autre camp , se défendra et refusera de témoigner contre lui,  lorsqu’il sera confronté aux soupçons de ses supérieurs s’interrogeant sur les « maigres »   tuyaux et renseignements provenant de son indic qui paralysent la lutte contre la criminalité. De cette relation complexe qui défini les deux hommes ; et un certain sens de l’intégrité par rapport à leur relationnel, Scott Cooper va dessiner un portrait subtil de ce qui les sépare et de ce qui les fascine, pour construire une sorte de crescendo dramatique au cœur du jeu du … rat et de la souris !.Et ce jeu est d’autant plus fascinant, qu’il finit par révéler , la vraie nature des deux hommes dont les démesures de l’un font écho à celles de l’autre. C’est au cœur de ce relationnel secret  en face à face  et ( ou )  à distance que se dessine une certaine vision de la société dont le cinéaste dessine son portrait sans concessions, via ce type de« pactes » avec le diable qui ont fini par,  encore un peu plus , attiser le désordre social et la violence quotidienne qui l’accompagne , quand l’ascension vers le pouvoir de l’un , passe par ce type de compromis .

Repas tendu chez Connoly : Joel Edgerton , Johnny Depp, Rory Chchrane et David Habour
Soirée  Tendue  chez Connoly : Joel Edgerton ,
Johnny Depp, Rory Cochrane et David Habour

Le cinéaste multiple , alors , en parallèle de ce constat qui entraîne l’ascension inexorable de Whitey , les séquences qui illustrent cet opéra de la violence qui va se déclencher au cœur d’une ville prise en otage où les trafics et les extorsions vont devenir le lot quotidien des meurtres du tenant de  » la loi du plus fort » ,  qui élimine tout ce qui se trouve sur son passage et refuse de se soumettre . Dès lors l’insécurité qui s’installe dans les rues et les exécutions des rivaux et ( ou ) des traîtres ,  qui se multiplient sur les terrains vagues  , dans les rues ou tout autre lieu propice  , deviennent le lot quotidien reflétant la construction et la puissance de l’empire de Whitey . Dans la cadre d’une ville de Boston où la violence  se  distille en pleine  lumière du jour comme dans les lumières  de la nuit , dans les décors des décharges , des bars et (ou ) boîtes de nuit, du port ou du fleuve, servis par les nuances de la belle photographie de Mosanobu Takayanagi. Face à une police qui tente de  recueilir  les preuves ( écoutes, indiscrétions internes au gang de Whitey , ou venant des rivaux…), et multiplie les arrestations ,  pour tenter de faire se délier les langues des rats … tandis qu’ en miroir , se sentant en danger , la Paranoïa de Whitey  enfle . Whitey qui voit  (ou soupçonne)  des traites partout , comme l’illustre l’incroyable séquence du repas chez Connely où il instille le soupçon et la crainte à tous , y insufflant une dose d’humour noir en décalage.

Whitey ( Johnny Depp ) en action pour élminer les "balances"
Whitey ( Johnny Depp ) en action pour élminer les « balances »

Le cynisme qui reflète sa paranoïa il le servira même à sa mère au cœur scène de jeu de cartes incroyable. Whitey comme hanté par ce « pacte » avec Connely , s’est mué petit à petit en un tueur psychopathe qui voit des traîtres partout autour de lui …comme s’il voulait éloigner , le spectre du « collaborateur » qui lui a permis d’ installer son pouvoir .    A cet égard la composition de Johnny Depp qui s’est grimé – une fois encore- une figure étonnate , et compose une stature de Roi Mafieux ( on pense à celle de Brando dans le Parrain de Coppola) apporte une dimension incroyable et imprévisible à son personnage auquel il insuffle par ses gestes et mimiques une inquiétante dimension et présence – allant de la tentation morbide , à la cruauté et à la violence sanguinaire –  qui a quelque chose d’une attirance Vampirique. Pour camper cette figure monstrueuse , Scott Cooper explique qu’en accord avec Johnny Depp « ils tenaient à en montrer la folie meurtrière , la malveillance , la cruauté – et la part d’humanité aussi . Il y avait là un risque car on ne voulait surtout pas qu’on puisse nous accuser d’avoir humanisé un homme qui incarne le mal absolu . Et nous n’avons pas hésité à évoquer les différentes facettes de sa brutalité » , dit-il.                                                                                                                                   Et  le portrait est efficace en tous points , à aucun moment il n’y a place pour une quelconque attrait ou fascination de  la violence, elle est toujours là pour révéler la nature profonde de Whitey, un « strictly Criminal » , sans scrupules, ni remords …

(Etienne Ballérini)

(1) -Voir critique sur notre site , Janvier 2014

STRICTLY CRIMINAL de Scott Cooper – 2015-
Avec : Johnny Depp , Joel Edgerton , Bénedict Cumberbacht , Rory Cochrane, Kevin Bacon , Rory Cochrane , David  Habour …

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