BD / Le dernier « Ferrandez » : Frères de terroir

Frères de terroirs Couverture T.1 Le dernier auteur de bande dessinée dont je vous ai entretenu est Edmond Baudoin, que j’avais rencontré au festival de Mouans Sartoux, au demeurant un point commun
avec l’auteur dont je vais vous entretenir… mais pas que.

Les deux sont « du Sud ». Edmond Baudoin est né à Nice, Jacques Ferrandez – c’est de lui dont je veux parler – à Alger mais n’y est pas resté longtemps, « événements » oblige. Il est formé à l’école des arts décoratifs de Nice. Il vit depuis un moulon de temps dans une petite ville des Alpes Maritimes, au fond, entre Nice et Mouans Sartoux. C’est vous dire s’il peut revendiquer sa « sudéité ».
Et il y a un rapport étroit entre Jacques et son œuvre : ce qu’il dessine, c’est lui-même, ce qui le fait vibrer, ses passions. Ainsi son pays originel, l’Algérie, lui a inspiré une magnifique saga, les « Carnets d’Orient », poursuivie sur 20 ans. Pour moi, elle devrait être au programme d’histoire de Seconde, cela aurait le mérite d’avoir à éviter de penser des bêtises.
L’Algérie et la littérature lui font mettre dans son cœur Albert Camus, dont il adapte sa nouvelle « L’hôte » et son roman « L’Etranger ». Il dit, dans un entretien avec Alexandra Chaignon paru dans l’Humanité.fr du 30 janvier 2014 : « …beaucoup de choses me lient à Camus, à commencer par des origines communes. Je suis né dans le quartier populaire de Belcourt d’Alger, où Camus a passé son enfance et son adolescence. Son appartenance à l’Algérie, son déchirement au moment de la guerre, tout cela me touche particulièrement. »
Jacques FerrandezPuisque nous en sommes à la littérature, il y a dans son ADN la littérature « noire » : L’Outremangeur, sur un scénario de Tonino Benaquista. En croisant l’Algérie et le Polar, on obtient « Alger la noire », adaptation du roman de Guy Attia. Et, au début de son œuvre, la littérature fantastique, L’homme au Bigos, Le maître de la nuit, Villa ténèbre, Martin Squelette, scénarii de Rodolphe.
Il y a aussi chez Ferrandez l’amour de la bonne nourriture, du bon vin : c’est dans son dernier opus, Frères de terroirs, qu’il trouve son terreau. Mais pour cela il lui fallait une rencontre, une amitié : celle d’Yves Cambdeborde, chef cuisinier français né à Pau en 1964. Il est l’un des chefs de file de la cuisine de bistrot. Formé dans les maisons parisiennes les plus prestigieuses, l’enfant du Béarn a réussi le pari d’imposer sa recette : « mi-gastro », « mi-bistrot ».

Le president du jury, Yves Camdeborde Concours de cuisine au CFA de Charleville
Le president du jury, Yves Camdeborde Concours de cuisine au CFA de Charleville

Alors, qu’est-ce que ces « Frères de terroirs », qui se déclinent en deux tomes ? Tout simplement une série de portraits, une série de rencontres, une série d’amitiés aux quatre coins de la France.
Ils sont apiculteurs, maraîchers, vignerons, bouchers… Ils sont tous fournisseurs d’Yves Camdeborde depuis des années, avec qui ils partagent le goût du bien manger et du bien produire. Une année de rencontres avec les producteurs favoris d’Yves Camdeborde, mise en dessin par Jacques Ferrandez : pour aller à la découverte de chasseurs de truffes, pêcheurs de brochet et vignerons aux quatre coins de la France. Une belle peinture de savoir-faire et de convivialité.
Frères de terroirs  est sous-titré Carnet de croqueurs : mot d’esprit pour désigner celui qui croque les dessins, mais aussi ceux qui croquent ces produits de terroirs et l’amitié à pleines dents. Il s’agit – à la louche – d’une quarantaine de carnet de notes retraçant des voyages, des rencontrent avec des producteurs mais avant tous des gens authentiques, amoureux de leur produits, de leur coin de terre, de la vie : cet amour se ressent dans leur produit que cela soit du miel, de la charcuterie, du vin, du pain, du poisson, des crustacés, que sais-je encore, moi. Et dans chaque « voyage », la bonhomie, faconde d’Yves Camdeborde.
Frères de terroirs Couverture T2Jacques Ferrandez met son art du graphisme, son trait lumineux et généreux au service de ces histoires d’hommes et de réel. La « patte » de Ferrandez, c’est celle de la « ligne claire », qui correspond à des choix précis et rigoureux. Il s’agit, à la base, d’un dessin caractérisé, après la réalisation des crayonnés, par un trait d’encre noire d’épaisseur constante. Chaque élément forme une cellule isolée par son contour, et reçoit une couleur donnée. Chaque couleur se trouve donc ainsi séparée de sa voisine par un trait. Il suffit de voir les couvertures des 2 albums pour d’en rendre compte
Les deux tomes de Frères de terroirs s’étalent sur les 4 saisons, le tome 1 étant consacré à l’hiver et au printemps, le tome 2 à l’été et à l’automne. Nous appellerons donc Ferrandez le Vivaldi de la bande dessinée.
Il faut vous dire qu’à ciaovivalaculture, on aime la bonne nourriture, le bon vin, la littérature policière, la littérature fantastique et la bande dessinée.

Jacques Barbarin

Frères de terroirs – Carnet de Croqueurs – 2 tomes- Edition Rue de Sèvres

 

 

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