Littérature / On les appelle « les Pinçon Charlot »

Ils sont tous les deux sociologues. Elle, Monique Pinçon-Charlot, née en 1946  directrice de recherche au CNRS jusqu’en 2007, année de son départ à la retraite.
 Lui, Michel Pinçon, son mari, né en 1942, également directeur de recherche au CNRS.

Pinçon CharlotIls travaillent en général en collaboration. Ils se sont intéressés aux normes sociales, aux dynasties, bourgeoises ou nobles, aux nouveaux entrants dans le monde de la richesse, ainsi qu’aux loisirs et aux us et coutumes des familles fortunées. Une synthèse de leurs travaux a été publiée sous le titre Sociologie de la bourgeoisie. À travers ces différents éclairages, leur ambition est de construire une anthropologie des privilégiés de la société française contemporaine.

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot font porter leurs travaux sur la haute société – noblesse fortunée et grande bourgeoisie. À partir d’une démarche anthropologique, l’objectif de leurs travaux est de donner à voir les modes de vie et les niveaux de fortune peu connus du grand public. Leur analyse s’intéresse en particulier aux processus de la reproduction sociale dans cet univers. Ils analysent également la transformation des beaux quartiers en quartiers d’affaires, ainsi que le processus de la transmission des fortunes récentes en étudiant les stratégies des nouveaux patrons récemment enrichis. Ils observent les châtelains dans leur rapport à leurs demeures hors du commun, dans les efforts qu’ils déploient pour en assurer le maintien dans la sphère familiale, et dans les interventions publiques en leur faveur.

La violence des richesDe 1989 à 2015, les « Pinçon-Charlot » ont cosigné une vingtaine d’ouvrages. Les titres sont significatifs, entre autres Voyage en grande bourgeoisie, Sociologie de la bourgeoisie,  Les Ghettos du Gotha : comment la bourgeoisie défend ses espaces, Le Président des riches… Le titre de l’un des derniers, La violence des riches (édition Zones, 2013) mérite que l’on y revienne. Et bien entendu sur le dernier, Tentative d’évasion (fiscale), Zones, 2015.
 Qu’est-ce qu’un riche ? Monique Pinçon Charlot répond à Agnès Rousseaux dans une interview sur http://www.bastamag.net : «…Sociologiquement, le terme « riche » est un amalgame. Il mélange des milieux très différents, et regroupe ceux qui sont au top de tous les univers économiques et sociaux : grands patrons, financiers, hommes politiques, propriétaires de journaux, gens de lettres… Mais nous utilisons délibérément ce terme. Car malgré son hétérogénéité, ces « riches » sont une « classe », mobilisée pour la défense de ses intérêts. Et nous voulons aujourd’hui contribuer à créer une contre-offensive dans cette guerre des classes que mènent les riches et qu’ils veulent gagner. »

La violence des riches porte pour sous titre : Chronique d’une immense casse sociale. Sur fond de crise, la casse sociale bat son plein : vies jetables et existences sacrifiées. Mais les licenciements boursiers ne sont que les manifestations les plus visibles d’un phénomène dont il faut prendre toute la mesure : nous vivons une phase d’intensification multiforme de la violence sociale. Mêlant enquêtes, portraits vécus et données chiffrées, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot dressent le constat d’une grande agression sociale, d’un véritable pilonnage des classes populaires – un monde social fracassé, au bord de l’implosion.

Tentative d'évasion (fiscale)Tentative d’évasion (fiscale). Le titre vous a un coté un petit peu Pieds Nickelés et  la couverture nous fait presque sourire même si l’on se doute bien que l’on va parler de gens disons… peu ragoûtants. Comment planquer son magot ? That is the question.  Inspirés par les récents exemples de Jérôme Cahuzac et de Liliane Bettencourt, nos Dupont-Dupond de la sociologie décident à leur tour d’extrader leur maigre fortune. Un jeu de rôle commence, qui va les mener au cœur du système de l’évasion fiscale.
Cette tentative d’évasion les conduit d’abord en Suisse, où ils se livrent à une observation in vivo du petit monde doré des exilés fiscaux. De banques en trusts, ils expliquent au passage comment les milliards fugitifs s’abritent derrière un maquis touffu de montages financiers.
Mais si la grande évasion fiscale finit sa course sous les palmiers ou au pied de grands sommets enneigés, elle s’organise en réalité beaucoup plus près de chez nous. Où l’on découvre, de retour en France, les petits arrangements entre amis qui se trament sous la houlette de Bercy…
Au-delà des scandales qui font la une, voilà une enquête vivante et accessible permettant de comprendre les rouages de l’évasion fiscale et ses enjeux politiques. Une investigation éclairante dont l’objectif est de battre en brèche le pouvoir symbolique lié à l’opacité de la spéculation financière, à la cupidité et au cynisme des plus riches mobilisés pour accumuler toujours plus d’argent.
Si vous ne connaissez par les « Pinçon-Charlot », ne perdez pas de temps à les découvrir : ce sont deux personnages généreux, deux scientifiques de haut vol qui nous restituent, à nous, citoyens, leur savoir sur notre société et ses mécanismes que cette même société aimerait peut-être ne pas voir divulguer : pour tricher heureux, trichons cachés…

Et si vous voulez les voir, discuter avec eux, ils seront à la librairie Masséna, 55 rue Gioffredo  Nice (04 93 80 90 16) Mardi 24 novembre à partir de 19h30
Jacques Barbarin

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