Théâtre / Platonov

 

Après un épatant « Trissotin », un « petit théâtre du bout du monde bourré d’intelligence,
voici un « Platonov » servi sur un plateau neuf… D’accord, c’est un peu léger…

Platonov (littéralement le fait social de ne pas avoir de père; variante du titre de la pièce: Ce fou de Platonov) est la première pièce  d’Anton Tchékhov  écrite à l’âge de 18 ans (vers 1878 et l’hiver 1880).  Inachevée, elle n’a été découverte qu’en 1920, seize ans après la mort du dramaturge. Elle devra en attendre encore trente-six avant d’être traduite et révélée en France par Jean Vilar.
Anna Petrovna, jeune veuve accablée de dettes, invite chaque été un groupe d’amis chez elle en villégiature dans sa maison de campagne. Il y a là des banquiers, des propriétaires fonciers sentimentaux, des pique-assiettes, des jeunes femmes belles et déterminées, des retraités qui s’endorment à la moindre occasion. On se dit : « Tiens ! On est chez Tchékhov ! » Non, on est dans l’ordinaire humain.

Banquiers, propriétaires fonciers sentimentaux, pique-assiettes

Parmi eux, Platonov est un garçon qui paraît être joyeux, qui aime la vie; mais en réalité, il est tout le contraire, manipulateur et cynique. Il aime que ses amis s’intéressent à lui, il aime multiplier les aventures, bien qu’il ait une femme, Sacha, qu’il considère un peu comme sa fille. Dans cette pièce, on a le portrait d’un personnage ambigu qui sombre vers le désespoir…
Du au 14 novembre, le TNN présentait la version du « Collectif Les Possédés », création collective dirigée par Rodolphe Dana, traduction André Markowicz et Françoise Morvan. Mais il y a encore des dates en France… et même en Suisse.*
Ce qui frappe dans cette production c’est que, d’entrée de jeu, dés notre entrée dans la salle, nous sommes plongés dans une mise en espace. Une image splendide qui occupe tout l’espace scénique, où l’espace est repéré par des agencements de 2 ou 3 fauteuils autour d’une table basse. Lumières ambre (beau travail de création lumière de
Valérie Sigward assistée de Wilfried Gourdin).
J’ai parlé de « création collective ». J’ai envie de dire que cette notion de collectif se palpe en voyant leur travail, que le travail actoriel de chacun est sur scène aussi important que la totalité de l’œuvre. Ce n’est pas cette foutue notion de « jeu (je ?) tchékhovien » – au fait, je me demande ce que cela peut bien vouloir dire, sans doute une bonne saucée de psychologisme- mais l’être-acteur qui envahit le personnage, à l’encontre de cette tarte à la crème qui veut que l’on « incarne » un personnage. Il n’y a que les ongles qui sont incarnés.
Emmanuelle Devos « n’incarne » pas plus « la Générale » que Rodolphe Dana pour « Platonov » : ils s’invitent chez ces deux là avec leurs gestes, leur manière de vivre. Si l’on y tient absolument, ils se glissent chez plutôt qu’ils n’incarnent.

Emmanuelle Devos et Rodolphe Dana

Ce qui est extraordinaire dans le théâtre de Tchékhov c’est que, au-delà de faire un instantané, un diagnostic du mode de vie de la société russe de la fin du XIXème siècle, il aperçoit les bouleversements à venir de toute société qui se fige. L’encre du théâtre tchékhovien est celui du désenchantement.

La Mort
La Mort

Ce sentiment de désenchantement, de duperie et de séduction partagée, le collectif « Les Possédés » en font un monument de théâtre. Dans un décor fragile, posé sur une toile peinte qui fera office tantôt de sol tantôt de paroi, de papier peint et d’horizon d’illusion (scénographie Katrijn Baeten, Saskia Louwaard) la douzaine de comédiens virevoltent, emportés par la parlotte, divaguent de siège en tabouret, de tabouret en chaise longue, de chaise longue en causeuse.
Les costumes sont travaillés dans une harmonie de ton (
Sara Bartesaghi Gallo) à l’exception d’un seul, celui de la femme de Platonov, qui vient le révolvériser au dernier acte, revêtue d’une splendide robe verte.

Avec Yves Arnault, Julien Chavrial, David Clavel, Rodolphe Dana, Emmanuelle Devos, Françoise Gazio, Katja Hunsinger, Antoine Kahan, Émilie Lafarge, Christophe Paou, Marie-Hélène Roig, Charles van de Vyver

Platonov, 14 novembre 2015, TNN 04 93 13 90 90

Jacques Barbarin

*19 au 20 novembre Théâtre Le Reflet – Vevey- Suisse
22 Novembre Equilibre-Nuithonie – Villars sur Glâne – Suisse
26 au 27 novembre scène Nationale de Sète
1er au 2 décembre Théâtre Municipal de Villefranche
12 décembre Théâtre de l’Olivier – Istres

Illustration :
Platonov Affiche
Emmanuelle Devos et Rodolphe Dana
Banquiers, propriétaires fonciers sentimentaux, pique-assiettes
La mort

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