Cinéma / FRANCOFONIA , LE LOUVRE SOUS L’OCCUPATION d’Alexandre Sokourov.

Après avoir déambulé dans le Musée Russe l’Ermitage , c’est cette fois-ci ,  celui du Louvre que le cinéaste nous propose de nous faire explorer, en nous plongeant via une docu-fiction expérimentale , au coeur des années 1940 et la période de l’occupation où le musée Français et ses chefs -d’oeuvres étaient sous « surveillance » Allemande et en danger d’être pillées…

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

C’est à un passionnante reconstitution historique sur ces dangers courus par les trésors du musée Français durant l’occupation , à laquelle nous invite le cinéaste de « L’arche Russe » en évoquant une « collaboration » mal connue du public , qui a permis de sauver les Oeuvres du Musée Français. Au cœur de ce dilemme où un subtil jeu de pouvoir et de diplomatie a permis de sauver les trésors du pillage, le cinéaste élargit  sa réflexion sur les multiples périodes de l’histoire qui ont généré les pillages des trésors artistiques des pays dont  les vainqueurs des conflits n’ont pas manqué d’ exporter   dans leurs musées, les œuvres témoignant de ces cultures . C’est d’ailleurs par une séquence d’ouverture fictionnelle étonnante où l’on voit le cinéaste suivre , via Skype, les avatars d’une traversée tempétueuse d’un cargo chargé d’oeuvres d’art au cours de laquelle le capitaine ( un certain Dirk ), lui fait part de ses inquiétudes sur le sort de son embarcation risquant de sombrer au fond de l’océan avec ses containers . Et Le cinéaste qui , dès lors , prend la parole murmurant «  cela à commencé depuis longtemps ! » , nous entraîne au cœur d’une réflexion sur la vulnérabilité de l’Art et sur le sort des œuvres ayant navigué sur les flots du temps et issues des multiples spoliations des cultures par les pays colonisateurs au long des siècles. Evoquant « les forces de l’histoire » , le cinéaste dans une sorte de voyage spatio-temporel auquel il nous invite à le suivre dans les couloirs du Louvre , dans le sillage de Marianne le symbole de la république et de Napoléon symbole d’une certaine « autosatisfaction » du pouvoir. On y fait aussi le « lien » avec la culture Russe ses figures emblématiques de Tolstoï et Tchekhov… la culture Française au cœur du débat , et , en marge de celui que traverse le Paris occupé , Celle Russe qui a toujours été tiraillée entre l’occident et l’Orient .. .

Une scène du film , les Allemands dans le Musée du Louvre
Une scène du film , les Allemands dans le Musée du Louvre

Le débat que traverse le Paris occupé et son Musée , c’est celui du sort qui sera réservé aux œuvres d’art désormais en cette année d’occupation 1940 placées sous la surveillance du pouvoir Nazi et la menace qui pèse sur elles d’un « pillage » ou d’une possible destruction. Sachant qu’à Paris , comme à Berlin, les dispositions avaient déjà étés prises avant ( en 1939 , au vu de l’imminence du conflit) , pour mettre à l’abri certaines d’entr’elles dans des lieux sûrs . Mais, pour toutes celles qui étaient restées au musée du Louvre , leur sort était dans les mains de l’occupant. Le film dans le sillage de la caméra qui s’engouffre dans les couloirs du Louvre ( hantés par les fantômes évoqués de Marianne et de Bonaparte , tous deux égratignés dans leurs postures ) et des œuvres picturales ( magnifiques celles de la Renaissance ) qui les ornent , nous fait témoin du sauvetage reconstitué en fiction ,  de celles -ci par les deux fonctionnaire en charge de la culture de leur pays. Deux fonctionnaires passionnés d’art et dont les subtilités diplomatiques d’une collaboration faisant appel aux loi internationales de protection des œuvres d’Art , ont sauvé le Louvre de la Spoliation . Jacques Jaujard ( Louis-Do de Lencquesaing) haut fonctionnaire Français responsable du musée et Le conte  Franz Wolf -Metternich ( Benjamin Utzerath ) commissaire Allemand chargé de la protection des œuvre d’Art . Au long d’un subtil jeu relationnel le responsable Français et son supérieur Allemand , ont subtilement oeuvré , au nom de leur passion commune , à préserver les trésor du musée Français . Le cinéaste explore , subtilement , ce rapport entre occupant et occupé et les concessions qui s’y attachent …

Jacques Jaujard ( Louis -Do de Lencquesaing ) et à ses côtés le conte Wolf Metternich ( Benjamin Utzerath )
A droite : Jacques Jaujard ( Louis -Do de Lencquesaing ) et à ses côtés le conte Wolf Metternich ( Benjamin Utzerath )

Mais surtout , Alexandre Sokourov , s’en sert pour prolonger sa réflexion sur l’état de l’Art ballotté par les tempêtes et les soubresauts politiques de l’histoire , y intégrant en miroir de la culture occidentale , sa réflexion sur la culture et l’Art Russe ballottés, lui ,  entre influences occidentales et orientales , lui inspirant à la fois une mélancolique  , et amère réflexion méditative sur l’âme  Russe ,  sur le effets des guerres et sur le déclin des civilisations . Méditation à laquelle font écho ces images sur les ruines ( les tableaux de Hubert Robert ) et sur un possible engloutissement ( dans l’oubli )  de la mémoire artistique, à laquelle au danger du naufrage dans la tempête évoqué au début du film , vient faire écho celui du célèbre Radeau de la Méduse de  Théodore  Géricault . Un profond sentiment de désespoir envahit , alors, le film sur le risque de disparition des cultures , et ce danger qui fait écho aux destructions récentes de certains sites archéologiques . Un danger dont le cinéaste mesure le poids de la perte en faisant appel à la « conscience humaine » et à la « voix de l’histoire prenant conscience d’elle-même » . Faisant dire aux maîtres de la littérature Russe sur leur lit de mort cette phrase emblématique en forme d’appel au réveil «  c’est ainsi que commença le XX ème Siècle : nos pères s’endormirent… ». L’art , la Culture ne doivent pas être pris en otage par les enjeux de la politique et (ou ) de la géopolitique. Son film sur le Louvre , en est l’illustration , comme il le souligne dans le dossier de presse « Mon idée était : comment le Louvre a-t-il pu survivre au cours de l’histoire ? . Et quel a été le prix de cette survie ?. J’y pensais déjà à l’époque de mon film l’Arche Russe , après avoir lu des albums sur l’histoire du Louvre. L’Ermitage et le Louvre sont deux montagnes Européennes, ils sont très différents l’un de l’autre du point de vue de leurs histoires comme de leurs architectures (…) mais chacune de leurs histoires inclut des révolutions maudites…. » , explique le Cinéaste .

Alexandre Sokourov et la main de la statue
Alexandre Sokourov et la main de la statue

La force de son film , et sa fascination, repose sur celle des formes multiples qu’il utilise, passant de images numériques ( skype , drones ) et des caméras ( la Steadycam ) qui offrent leurs propres dynamique aux séquences , s’y ajoutent les utilisations d’archives et la fiction reconstituée, ou encore, l’ajout de surimpressions ou de superpositions d’images et l’approche des espaces , qui apportent une correction stylistiques cherchant à modifier leur approche par le spectateur , et voulue par le cinéaste . De la même manière , travail que le son et la musique font l’objet d’un usage très travaillé et parfois stylisé . Des recherches stylistiques se situant à la fois dans la continuité de son travail dont est l’exemple , le symbolique plan-séquence de son film l’Arche Russe dans le musée de l’Ermitage. Alexandre Sokourov est de ces cinéastes qui expérimentent et qui se soucient autant des formes que du sujet , cherchant au travers elles à créer le choc chez le spectateur … on vous incite à aller goûter à l’aventure.

(Etienne Ballérini)

FRANCOFONIA , LE LOUVRE SOUS L’OCCUPATION d’Alexandre Sokourov -2015-
Avec : Louis-Do de Lencquesaing , Benjamin Utzerath , Vincent Nemeth , Jean- Claude Caer …

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