Cinéma / NOTRE PETITE SOEUR de Hirokazu Kore-Eda.

Présenté en Compétition officielle au dernier Festival de Cannes par l’auteur de l’inoubliable Nobody Knows              ( 2004 ), le nouveau film du cinéaste Japonais continue à y explorer ses thèmes ( l’enfance , l’abandon , les  difficiles relations familiales , le deuil …) dont il brosse -ici- encore le subtil portrait, avec le récit de ces trois sœurs qui à la mort de leur père vont adopter ,leur demi-soeur…

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

C’est la découverte du premier tome du roman graphique « Kamakaru Diary » de l’auteur de manga Akimi Yosida , que le cinéaste Nippon a eu l’idée un an après, Tel Père, Tel Fils (2013) de s’attacher à l’adaptation cinématographique de ce drame familial dont la sensibilité et les questionnements qu’il soulève , ne manquent pas de faire écho à ceux de ses films . Il a donc travaillé à l’adaptation en cherchant la « concision » nécessaire du récit pour le cinéma qu’il a dû resserrer en mettant l’accent sur les échos relationnels entre les quatre sœurs, ce qui permet de focaliser le spectateur sur leurs ressentis auxquels finalement les proches ( la mère , la grand tante et la grand-mère ) et les autres personnages,  avec lesquells elles sont liées d’une manière ou d’une autre, apportent l’écho à leurs blessures et autres déceptions , écho rythmé par les quatre saisons . On rencontre donc les trois sœurs , Sachi ( Ayasé Haruka ) , Yoshino ( Nagasawa Masami ) et Chika ( Kaho ), qui vivent à Kashima petite ville du bord de mer , alors qu’elles viennent d’apprendre le décès de leur père qui les a abandonnées quinze ans auparavant pour s’en aller vivre avec sa maîtresse. Et c’est au cours des funérailles qu’elles rencontrent pour la première fois, leur demi -soeur , Suzu  ( Hirose Suzu ) , qui les séduit par sa gentillesse . Elles lui proposent de venir vivre avec elles dans la demeure familiale de Kashima. Et c’est au cœur de la vie commune qui va s’y organiser avec cette demi-soeur , qu’elles vont chouchouter et  devenue objet de toutes leurs attentions, que va s’inscrire au fil du temps et des saisons , portée par les petites touches sensibles du regard du cinéaste , le quotidien des petits riens et celui des blessures intimes , ainsi que le poids du passé qui pèse sur celui du présent.

Les quatre soeurs ,réunies  autour  du repas
Les quatre soeurs ,réunies autour du repas

Le cinéma de Hirokazu Kore-Eda qui est ancré dans la vie familiale ( dès son premier film Maborosi (1995 ) récit sur une jeune fille hantée par la fuite de la maison familiale de sa grand mère dont elle se sent responsable ), et par la complexité des relations au cœur de celle-ci , comme  et le sentiment de culpabilité qui vient s’y inscrire , ainsi que celui de l’abandon des enfants lorsque père et mère se séparent et dont les enfants subissent le contre- coup ( Nobody Knows / 2003 , récit de cette mère célibataire et volage qui laisse ses quatre enfants livrés à eux-mêmes ) , et dont les blessures se transforment en rancoeurs ,dont on retrouve l’écho , ici , chez les quatre sœur réunies. Les trois premières qui n’ont jamais pardonné à  leur père de les avoir abandonnées, et leur demi-soeur suzu , indirectement concernée, qui va vivre difficilement les « dissensions » qui s’installent dans les relations entre ses trois sœurs et leurs parents à qui elles en veulent toujours . La mort du père et leur présence à ses obsèques n’ont pas atténué la rancoeur , quant’à leur mère qui les a laissées livrées à elles- mêmes après le départ du père , et qui voudrait aujourd’hui dans un sursaut d’orgueil , récupérer la maison familiale pour la vendre , elle a bien du toupet !. Et Voilà que Suzu qui souffre – mais ne se plaint pas – d’une situation dont elle se sent quelque part responsable puisque sa naissance a jadis concrétisé l’abandon par le père de ces sœurs, qui aujourd’hui veillent sur elle… alors, la   nouvelle famille des sœurs va construire petit à petit sa propre vie interne , dans laquelle la cohésion va s’installer avec le poids de l’aînée , Sachi, dont le cinéaste explique dans le dossier de presse «  qu’elle s’émancipe de ses sœurs et se retrouve dans la position de la mère qui n’était jamais présente quand Suzu est venue habiter chez elles . C’est à ce moment là qu’elle est enfin capable d’accepter cette mère à qui elle était incapable de pardonner », dit-il.

les regards  tunés  vers l'avenir  et la vie
les regards tunés vers l’avenir et la vie

Subtilement Kore-Eda inscrit le passage vers l’avenir, en miroir des nombreuses scènes d’enterrement et des rites ( les prières aux défunts)  pour ceux qui ne sont plus là. De la même manière que le rythme des saisons l’inscrit avec les transformations de la nature    ( le froid et la pluie des saisons de l’automne et de l’hiver , les cerisiers en fleurs du printemps et la cueillette des prunes de l’été ), au cœur desquelles s’inscrivent les traditions et la transmission , qui viennent apporter la note ( nostalgique et mélancolique ) du plaisir retrouvé pour éclairer , le présent. Les saveur de la liqueur de prune , ou celle de la petite friture , ou comme celle de la ballade en scooter de Suzu avec son copain dans le « tunnel » formé ( magnifique séquence ) par les branches des cerisiers en fleurs qui ornent les bas côtés deux de la route. Ces cerisiers en fleurs omniprésents dans le cinéma Japonais , Kore-Eda , leur offre une scène  d’une beauté poétique qui remplit de bonheur le yeux de Suzu , de la même manière que ces références au gares et aux trains qui font écho aux films du maître Yashujiro Ozu, auquel le cinéaste rend hommage ,  au travers du travail et de sa mise en scènes des séquences des son film , où il a voulu créer l’osmose de la beauté , entre les quatre sœurs et les paysages «  La posture très droite des quatre sœurs est plus proche des personnages d’ozu (… ) les quatre sœurs sont d’une grande dignité dans l’apparence physique . Je me suis dit qu’il était préférable de les filmer comme si elles faisaient partie du paysage (… ) avec Takimoto ( le directeur de la photo ) nous avons veillé scrupuleusement à la mise en place des comédiens et à celle , minutieuse des plans » , a-t-il expliqué .

Le petit  commerce d ela dame  aux maquereaux frits...
Le petit commerce d ela dame aux maquereaux frits…

La beauté des plans et la sérénité qui envahit les séquences ainsi que la tendresse , trouvent dès lors un écho très fort dans les scènes qui laissent poindre au cœur de la fratrie féminine , les fractures personnelles retenues , qui, lorsqu’elles éclatent
comme l’illustre la scène ou Suzu dans les vapeurs d’alcool de prune , baisse la garde et insulte père et mère , puis éclate en sanglots et s’excuse de l’avoir fait consolées par ses soeurs . De la même manière,  lorsque Yoshino transfère son mal-être en passant d’une aventure amoureuse à une autre , ou encore , lorsque Sachi ose enfin affronter sa mère pour lui reprocher son abandon. On pourrait encore ajouter le beau portrait de cette femme qui ne vit que pour son petit commerce ( ah , ses maquereaux frits!) et qui devra le quitter , le mal à l’âme pour rejoindre le centre de soins palliatifs !. Dans ces moments là , Hirokazu Kore-Eda n’a pas  son pareil  pour  y faire sourdre  toute l’humanité qui les habite. Qu’il s’agisse  des scènes  où la gravité ,  la douleur et la mélancolie s’installent ,  où  de celles  où la  tendresse et les  rires éclairent les visages ( les belles séquences qui illustrent   la capacité de Suzu de s’intégrer à son nouveau milieu devenant l’idole de ses camarades de classe en jouant -très bien! –  dans leur équipe de football ) . Il lui suffit parfois d’un plan pour  illuminer  un visage des  multiples  expréssions  de  l’intimité  qu’il révèle   ou  d ‘un geste , d’un sourire  , d’une larme retenue que l’on cache pour ne pas blesser… son cinéma c’est celui d’un peintre avec son pinceau  face à son tableau  et qui ajoute un  petit détail , ou , celui d’un écrivain qui d’une simple ponctuation transforme la signification d’un mot ou d’une phrase .

Notre petite sœur est un petit bijou que l’on déguste avec un plaisir infini , ne le boudez surtout pas …

(Etienne Ballérini)

NOTRE PETITE SOEUR de Hirokasu Kore-Eda -2015-
Avec : Haruka Ayase , Masama Nagasawa , Kaho, Suzu Hirose….

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