Cinema / ELSER , UN HEROS ORDINAIRE de Olivier Hirschbiergel

Après La Chute ( 2004 ) sur les derniers jours d’Hitler dans son Bunker, le cinéaste revient sur les heures sombres de l’Allemagne Nazie en racontant l’histoire – peu connue- de l’auteur de l’un des premiers attentats commis en 1939 par un opposant « ordinaire » au régime Nazi, dont le geste va être « instrumentalisé » comme un complot ourdi par les ennemis du Reich. Une réflexion passionnante sur la force des convictions pour résister à l’oppression…

l'Affiche  du Film
l’Affiche du Film

Georg Elser ( Christian Friedel, remarquable ) est une figure qui est restée longtemps méconnue de la résistance au régime Nazi. Alors que l’invasion de la Pologne a eu lieu que la Guerre a été déclenchée par Hitler quelques mois auparavant . Dans le but d’arrêter celle-ci , ce Pacifiste hostile aux démonstrations de forces bellicistes du régime, Georg Elser , ébéniste de profession qui vit dans un petit village Allemand , qui n’est affilié à aucun parti , décide de passer à l’acte en fabriquant une bombe artisanale qu’il va installer près de la tribune de la grande salle de la brasserie de Bürgerbraü où Hitler et les principaux dirigeants Nazis seront placés pour y célébrer le Putch raté de 1923. Mais la bombe qui va exploser et faire Sept victimes , ne touchera pas les dignitaires visés qui s’étaient éclipsés avant l’explosion!.
Le cinéaste qui s’est toujours intéressé sur les raisons qui ont permis au régime Nazi de s’installer sans grande opposition de « masse » , après avoir décrit la chute de celui-ci , à vu l’opportunité au travers du personnage d’Elser, de revenir sur ses débuts et son ascension , et de lui renvoyer le portrait d’une figure « ordinaire » qui a voulu s’opposer à sa marche hégémonique, en refusant par exemple de se plier au salut Nazi devenu obligatoire, ce qui lui vaudra déjà quelques réactions « musclées » des hommes en chemises brunes…et pensant que son acte pouvait mettre fin à un conflit destructeur.

Elser  en visite ,  sur les lieux de  son futur attentat
Elser en visite , sur les lieux de son futur attentat

Si le cinéaste a souhaité se pencher sur cette figure devenue emblématique d’une forme de résistance, c’est justement par ce qu’elle révèle à la fois d’un état des lieux des Années1930 et « d’une communauté villageoise traditionnelle progressivement infiltrée par les nazis » explique ce dernier dans le dossier de presse de son film. Mais également , au delà de l’instrumentalisation de l’acte d’Elser par le troisième Reich , l’idée aussi de s’interroger sur les différentes théories qui tour à tour en ont fait un idéaliste , puis un traître agent de l’ennemi ou, à contrario , un partisan du régime manipulé par celui-ci . Et puis à la fin de la guerre , la gêne d’y voir un homme ordinaire qui a su dire non , et s’opposer à la violence au nom de valeurs non négociables. Une figure devenue « gênante » pour tous ceux qui  ont laissé faire : « j’ai voulu créer un sentiment de malaise continu (…) tout le pays était alors enfermé sous un cloche de verre », explique le cinéaste qui a choisi une mise en scène classique et le procédé des Flash-backs qui s’inscrivent au cœur des interrogatoires d’Elser par les agents de la sécurité de l’état , pour traduire cette montée du malaise en question , dont témoignent les retours en arrière montrant la propagande et les violences qui l’accompagnent . Puis celle, dont la résistance d’Elser aux interrogatoires destinés à lui extorquer des « aveux » de complot , trouve son prolongement dans la violence de la torture subie pour les obtenir. Violence à laquelle Elser résistera , et qui va finir par ébranler quelques certitudes de ses bourreaux. Le choix de la mise en scène et son didactisme classique quelque peu  systématique , finissent par trouver leur efficacité par le refus du cinéaste de jouer sur les effets , cherchant avant tout la carte du réalisme et de l’authenticité des scènes de reconstitution historique et de la vie villageoise.

Elser ( Christian Friedel )   en compagnie de ses  amis
Elser ( Christian Friedel ) en compagnie de ses amis ( Katharina Schuttler  et Rugiger Klint 

Dès lors le personnage d’Elser dont nous avons vu la détermination qui l’anime , lors de la scène de la pose de sa « bombe », et qui prend forme petit à petit sous nos yeux, n’est pas le terroriste manipulé et ( ou ) le traître à la Nation , mais bien un homme dont les convictions sont révélatrices d’un refus d’ accepter la normalisation d’un pouvoir imposée par la violence et les soumissions qui l’accompagnent, dont cette région de Bavière dans laquelle se déroule le récit et dont Elser a vu au quotidien les effets de l’infiltration fasciste dans la vie du village. Comme en témoignent les scènes montrant les militants des partis politiques dissidents et le syndiqués cibles des S.A ( Service d’ordre du parti nazi ) mis en danger et risquant leurs vies, ou les défilés des dévots chrétiens et enfants des jeunesses Hitlériennes en osmose , la fête de la Moisson ( belle séquence ) qui se transforme en manifestation du parti National Socialiste…et ces les humiliations comme celles faites aux femmes ,sur la place du village, soupçonnées d’avoir eu des relations avec des Juifs . Dès lors cet amoureux de la musique et des femmes, mais aussi de la liberté et des valeurs de dignité humaine qu’il ne supporte pas de voir bafouées, a voulu essayer de « changer le cours de l’histoire (…) un tournant qui aurait pu éviter à l’humanité une grande souffrance: la destruction de l’Europe, l’occupation Allemande, les camps d’extermination , le génocide les prisonniers de guerre , les bombardements ,les expulsions et la division de l’Europe. Le Parti National Socialiste a mené un combat , tant contre les ennemis extérieurs qu’intérieurs , il combattait contre tous ceux qu’il identifiait comme ennemis , que ce soit pour des raisons raciales ou Morales … », explique le Docteur Peter Steinbach Directeur du mémorial de la résistance Allemande de Berlin.

Elser  pose  la bombe ...
Elser pose la bombe …

Mais on l’a dit , au cœur des scènes qui opposent Elser et ses tortionnaires , les auteurs y inscrivent également une réflexion passionnante qui se décline par deux personnages au service du pouvoir dont les implications , comme les motivations se font également révélatrices d’une certaine fracture au cœur de celui-ci , annonciatrice des futurs attentats contre le Führer , dont furent instigateurs des membres de l’état Major . Comme par exemple celui prévu en Mai 1941 auquel s’est rallié le commandant Witzleben chef des territoires occupés de l’Ouest devant abattre Hitler en visite à Paris Place de la Concorde , ou encore celui , en Juillet 1944 connu sous le nom d’Opération Walkyrie. Henrich Müller et Arthur Nebe qui sont les deux hommes du pouvoir chargés de faire « plier » par tous les moyens Elser, en sont les figures représentatives . Le premier , Heinrich Müller ( Johann Von Bûlow) chef d’un département de la sécurité du Reich qui fut aussi un des planificateurs de la Shoah et associé à tous les crimes du régime commis contre les opposants politiques, en parfait soldat zélé et sans scrupules est celui , qui, devant prouver la culpabilité d’Elser ne recule devant aucune violence et emploiera la torture , pour y parvenir . Son collègue , Arthur Nebe ( Burghart Klaussner ), représente lui , le serviteur opportuniste dont l’attitude envers Elser est plus retenue « un homme plus flexible et plus complexe » qui s’interroge sur les ordres et les méthodes employées, dont l’opposition à la radicalité aveugle des méthodes de Mûller, qui préfigurent ses futurs liens avec les militaires opposés à Hitler et sa participation au putch « Walkyrie » de Juillet 1944.

Elser  intérrogé  par  es tortionnaires ...
Elser intérrogé par ses tortionnaires …

Cette idée développée dans le film et la répercussion sur Elser dans son traitement de prisonnier Politique , est un des aspects passionnants du récit qui finit par en faire le prisonnier-otage d’un double enjeu de rapports de forces et de pouvoir , et qui finira par être enfermé en isolement sous surveillance des SS dans le Camp de Dachau où il trouvera une fin tragique , assassiné « sur ordre supérieur » le 9 Avril 1945 , quelques jours seulement avant la libération du camp par la armées Alliées… un destin qui resta longtemps enfermé dans l’oubli d’une Allemagne d’une après-guerre qui refoulait le souvenir « trouble »  du passé, pour que son acte de résistance soit reconnu à sa juste valeur. Ce n’est qu’en 1990 qu ‘une stèle honorera sa mémoire dans son village natal comme étant celui qui par son geste , « avait voulu empêcher que plus de sang encore , ne soit versé ».
Le cinéaste en fait un portrait sensible , servi par  un comédien en osmose  qui mérite le détour , d’autant que son film vient ajouter sa réflexion à celle d’autres cinéastes de sa génération qui aujourd’hui cherchent à revisiter un passé sombre de leur histoire dont on ne cesse de découvrir bien des aspects restés dans l’ombre …

(Etienne Ballérini)

ELSER , UN HOMME ORDINAIRE de Olivier Hisrschbiergel -2015-
Avec : Christian Friedel , Katharina Schüttler , Burghart Klaussner , Johann Von Bülow ….060

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