Cinéma / CRIMSON PEAK de Guillermo Del Toro.

L’univers des films du cinéaste Mexicain est imprégné de références à la mythologie et au fantastique dans sa déclinaison gothique, que l’on retrouve ici sublimée dans son nouveau film où est entraînée , une jeune romancière éprise d’un baronnet Anglais  ambitieux qu’elle va épouser et suivre dans sa demeure ( manoir ) Anglaise Victorienne où l’envoûtement , le mystère et le danger guettent.

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Dès la première séquence on se retrouve plongés dans cette atmosphère fantastique où les fantômes des morts , viennent hanter les nuits d’une petite fille et la préviennent d ‘un danger qui menace . Et c’est cette atmosphère habitée par les fantômes et les esprits dont la fragile petite Edith devenue adulte (Mia Wasikowska ) est resté sous la fascination qu’ elle cherche à transcender de ses rêves cauchemardesques qui ont habité ses nuits enfantines, dans l’écriture qui donnera naissance à un roman où la présence de ses fantômes, est une manière de les tenir à distance via , cette évocation de son passé prenant la forme « soft » du roman de genre. La paix semblant advenue, et le spectre quelque peu éloigné de cette mère défunte qui la hante, par une certaine notoriété mondaine qui lui ouvre des perspectives, notamment , d’une possible vie de couple avec cet élégant et sage « promis » ami d’enfance , qui lui est destiné. Guillermo Del Toro inscrit habilement dans cet élégant retour à la paix de son héroïne au cœur de la société bourgeoise corsetée Américain de Buffalo dans l’état de New-York , qui renvoie à ses « peurs » le miroir de sa morale et de ses codes rassurants au cœur desquels semble sourdre chez Edith , un certain malaise qui la fait se détourner des choix de vie et des contraintes sociales qui s’y attachent. L’arrivé d’un jeune baronnet Sir Thoma Sharpe ( Tom Hiddleston ) accompagné de sa sœur, Lucille ( Jessica Chastain) , qui vient proposer sa nouvelle invention ( une machine d’extraction dans le sol ) a des futurs investisseurs méfiants (dont le père d’Edith qui va d’ailleurs engager un détective pour enquêter sur le passé du Baronnet )  , qui voient en lui un aventurier troublant, la fascine. Edith ne tiendra pas compte des « on dit » qui murmurent qu’il en veut avant tout «  à sa fortune »,   et va suivre les élans de son cœur…

Mia Wasikowska  et Tom Hiddleton
Mia Wasikowska et Tom Hiddleton

La rupture avec les codes sociaux  et la subversion,  est un des axes majeurs de l’oeuvre du cinéaste qu’il inscrit au cœur de ses films où les affrontements des Univers opposés   ( celui de la barbarie Franquiste et des résistants Espagnols dans le Lanyrinthe de Pan , ou celui de Hellboy luttant contre les forces du mal au long des siècles , ou encore, celui de l’orphelinat catholique de Chronos durant la guerre d’Espagne qui cache deux secrets : l’or de la cause Républicaine et le fantôme d’une enfant. On retrouve ici , cette rupture dans le choix d’Edith qui décide d’épouser et de suivre cet aventurier , Sir Thomas Sharpe , dans son manoir Anglais d’ Hallerdale Hall , isolé dans la Campagne, et , dont le luxe d’antan a laissé place à une certaine décadence due aux difficultés financières que pourraient d’ailleurs résoudre cette invention dont il est l’auteur . Décadence dont le Cinéaste utilise habilement la théâtralité des lieux pour y inscrire les éléments de la dimension Gothique dont sont investis les décors,par  les tonalités des couleurs et des lumières ,                     l’ atmosphère sombre de la demeure au cœur des couloirs et des sous-sols de laquelle rode le mystère et les secrets qui vont  finir par se dévoiler . Magnifique idée des contrastes dont la mise en scène de Guillermao Del Toro sublime les échos, en une sorte d’opéra de nuances et de teintes : le blanc de la neige , le rouge des remontée des boues d’argile , et la noirceur à peine atténuée par la lumière du jour ou des chandeliers et ( ou ) du feu de la cheminée , dans laquelle est plongé le manoir au cœur des couloirs et des sous-sols desquels les spectres du passé vont resurgir . Ceux que la voix du fantôme de la mère ne cessait de lui rappeler, le danger .

Le chemin vers le manoir Alberdall Hall,
Le chemin vers le manoir Allerdale Hall,

Dès lors , tout va conduire à l’inéluctable , auquel Le cinéaste nous prépare avec une minutie diabolique , d’une tragédie en marche dont les passions romantiques vont être le moteur , en même temps que cette plongée dans l’imaginaire des contes qui s’y inscrit , accompagnée des multiples références littéraire et cinématographiques qui s’y attachent . Celles des genres ( horreur fantastique , thriller , drame et romance ) au cœur desquelles le cinéaste, va laisser vagabonder son imaginaire pour construire une sorte de somptueux poème de couleurs et de passions mortifères , transcendées par sa mise en scène qui s’envole en un somptueux opéra aux accents baroques , fantastiques et gothiques.
Dans l’ombre des couloirs et des portes fermées dont on lui refuse la clé , ainsi que l’accès interdit à ce sous-sol , accentuée par la froideur des lieux les ombres de la nuit et des cauchemars viennent à nouveau rappeler le danger à Edith , dont la malaise va accentuer la curiosité et la pousse à aller ouvrir les portes ,  pour avoir le coeur net. D’ailleurs quelques indices et notamment la froideur mal contenue de Thomas , la jalousie de sa  soeur ,  à laquelle semble s’ajouter toute cette mise en scène d’interdits fixés , et  celle de la mise en œuvre complice d’un jeu de rôle  ambigü du frère et de la sœur , qui semblent sur le qui-vive et dont les colères se manifestent lorsqu’Edith , checrhe à déroger aux règles établies . Mais cette dernière , comme la petite fille du Lanyrinthe de Pan, puisera ses forces dans la quête de vérité,  en forçant les portes interdites dont on vous laissera , ici , découvrir les ( terribles ) secrets qu’elles cachent .

Thomas ( Tom  Hiddleston  )  et Sa soeur Lucille (  Jéssica Chastain)
Thomas ( Tom Hiddleston ) et Sa soeur Lucille ( Jéssica Chastain)

Dans le jeu de rapports de forces qui va s’installer et qui va finir par les mettre à jour , Guillermo Del Toro nous y plonge , avec une sorte de délice , en nous invitant à le suivre dans sa construction d’un récit où le mystère et le danger sont omniprésents. Comme le symbolisent ces remontées d’argile rouge dans la neige qui la colorent de ces tonalités sanguines ,  rouges « pourpre » . Ou encore cette tempête de neige ( qui rappelle celle du Shining de Kubrick ) qui  vient installer son rideau infranchissable , gardant Edith prisonnière du manoir. Cet enfermement qui laisse d’ailleurs désormais percevoir les vraies motivations du couple  maudit (?) frère-Soeur , dont les intentions diaboliques finissent par se révéler au grand jour . Dès lors le nerf de la guerre installée qui ne peut que conduire qu’ à celui de la mort et de la délivrance, Guillermo Del Toro en explore tous les ingrédients, en y inscrivant au cœur les codes,   et de ses références- cultes ( romanesques : d’Edgar Poe en passant par le Jane Eyre de Charlotte  Bronté , et cinématographiques : Roger Corman , Mario Bava , le Frankenstein de James Whale , La Maison du diable de Robert Wise …) , qui à l’évidence ont nourri son imaginaire pour y introduire cette obsession des forces invisibles qui hantent son cinéma.

(Etienne Ballérini)

CRIMSON PEAK de Guillermo Del Toro – 2015-
Avec : Mai Wasikowska, Tom Hiddleston , Jessica Chastain, Charlie Hunnam, Jim Beaver…

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