Théâtre / Trissotin ou les femmes savantes par Macha Makeïeff.

 

Trissotin ou les femmes savantes ? C’est en fait le titre donné par Molière à la pièce de 1672, Les femmes savantes, dés la reprise du spectacle. C’est dire le rôle central
du poète flagorneur et hypocrite.

La mise en scène est de Macha Makeïeff, l’actuelle directrice du théâtre La Criée à Marseille. Et force est de constater que Macha fit mouche. Le mot « intelligence » est ici convoqué dans toutes ses déclinaisons.
Bon. Allez, je vous donne le « pitch » de la pièce, mais c’est bien parce que c’est vous. La pièce raconte l’histoire d’une famille, où la mère (Philaminte), la belle-sœur de cette dernière (Bélise) et une de ses deux filles (Armande) sont sous l’emprise d’un faux savant (Trissotin), qui les subjugue de ses poèmes et savoirs pédants mais s’intéresse plus à l’argent de la famille qu’à l’érudition des trois femmes.
Cette situation désole le reste de la famille, à savoir le mari de Philaminte (Chrysale), le frère de ce dernier (Ariste) et la cadette des filles (Henriette) ; mais ces derniers ne s’opposent pas frontalement aux « chimères » des autres femmes de la famille.
Voilà. Le maitre-mot est lâché. Famille. L’ordre domestique, le confort bourgeois mis à mal par les chimères d’une mère hallucinée et toute-puissante, par des parasites, pédants ridicules, séducteurs dangereux, voulant s’incruster dans la place, capter la dot. Il faudra le stratagème de fausses nouvelles, lettres inventées, pour dévoiler les mauvaises intentions et dénoncer les hypocrites.

FRANCE-CULTURE-THEATRE

Macha Makeieff signe la mise en scène, mais aussi les décors et les costumes : cette unité s’appréhende constamment, et elle réussit le prodige pour le spectateur que costumes, décors et mise en scène préexistent en plus value mais dans le même temps ne soit jamais un filtre obscurcissant, une « lecture » -comme on le dit maintenant- de trop pour la lisibilité immédiate.
Il ne faut pas oublier que Macha Makeïeff est également plasticienne, qu’elle expose dans des lieux et espaces aussi différents que la Fondation Cartier, le musée des arts figuratifs de Paris… et intervient comme scénographe pour plusieurs musées et expositions temporaires.
Il faut rajouter dans cette prégnance le travail créatif sur les lumières de Jean Bellorini : elles transforment en un clin d’œil le réel, nous dirigent vers le magique, reviennent vers l’apparente véracité tout en laissant en nous une trace de folie.

Trissotin et les femmes savantes 2

Or, mise en scène, décors, costumes, lumières, nous poussent insensiblement vers une stylistique, celle du baroque. Le baroque, qui touche tous les domaines, se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance, la grandeur parfois pompeuse et le contraste, ce même contraste dont parlait Philippe Beaussant : l’époque baroque a tenté de dire « un monde où tous les contraires seraient harmonieusement possibles », et nous ne pouvons qu’apprécier les choix de lecture très décapants de cette œuvre archi connue.
Les femmes savantes est l’une des dernières comédies de Molière, 1672, un an avant sa mort, et que la tradition a fait de l’auteur le parangon du classicisme au service du Roi Soleil. Or la mise en scène qui est offerte ici redonne à ce comique très visuel et outrancier toute sa virulence, pas seulement pour susciter le rire, mais aussi pour remettre dans une perspective hautement critique les travers et poncifs de l’époque.
Il faut aussi souligner – et ce n’est pas la moindre des choses- le travail sur la langue du XVIIème siècle, le respect de l’alexandrin, celui de la diérèse, et je ne parle pas de la direction d’acteur, de son rythme, de ses brisures de tempi, de sa pré-chorégraphie qui donne des airs à ce Trissottin ou les femmes savantes d’un opéra baroque. Pour notre plus grand bonheur.

Trissotin et les femmes savantes 3

Je remarque que La Criée à Marseille et le TNN de Nice sont dirigés par deux femmes. Je remarque qu’elles sont toutes deux d’origine russes. Y aurait pas un complot ?

Jacques Barbarin

 

Trissottin ou les femmes savantes TNN 04 93 13 90 90
17 octobre 20h
18 octobre 15h

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2 commentaires

  1. Pour ceux qui n’habitent pas Nice:
    La Comédie de Reims CDN > 3 au 6 novembre 2015
    Théâtre Gérard Philipe CDN de Saint-Denis > 11 au 29 novembre 2015
    MAC Scène Nationale de Créteil > 2 au 5 décembre 2015
    NTA Nouveau Théâtre d’Angers > 8 au 11 décembre 2015
    Centre Dramatique Régional de Tours > 20 au 29 janvier 2016
    Le Théâtre Scène Nationale de Saint-Nazaire > 3 au 5 février 2016
    Le Parvis – Scène Nationale Tarbes Pyrénées > 8 et 9 février 2016
    Le Domaine d’O, Montpellier > 12 et 13 février 2016
    Le Manège, Maubeuge > 23 et 24 février 2016
    Théâtre Liberté, Toulon > 2 au 4 mars 2016
    Théâtre de l’Archipel Scène nationale Perpignan > 8 et 9 mars 2016

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