Cinéma / ANNECY 2015 , Cinéma Italien côté scène et Côté coulisses…

Une belle semaine,  mais des menaces pour l’avenir du Festival.

l'Affiche du Festival
l’Affiche du Festival

« Vous reprendrez bien un peu de cinéma italien ?» propose-t-on invariablement au public annécien depuis 33 ans. Invariablement, la réponse était positive. Résistant sur ses bases arrières pendant trois ans, le festival retrouvait cette année sa configuration traditionnelle, , une taille grand patron pour accueillir la soixantaine de films et les 120 séances qui leur étaient consacrés. Ainsi que les 15 000 spectateurs attendus. Le jury estampillé «Académie française »  avec Dominique Fernandez avait une touche italo-française avec la présence du baryton français Jean-Pierre Furlan d’origine vénitienne, de l’acteur Bruno Putzulu d’origine sarde. Quant au réalisateur Gianluca Marco Tavarelli, il était en tant que turinois venu presque en voisin. Une dizaine de films de jeunes réalisateurs étaient en compétition . A la différence des années précédentes, les thèmes mafieux, les immigrants n’étaient plus majoritaires; toujours présents cependant ils partageaient l’affiche avec d’autres thèmes, l’incontournable comédie à l’italienne, mais aussi ceux qui composent la comédie humaine en général. Un souffle de sérénité et de diversité semble toucher le jeune cinéma transalpin.
Le jury a décerné son Grand Prix à « Last Summer » de Leonardo Guerra Seragnoli.  Oeuvre audacieuse dans son contenu et atypique dans sa forme car la conversation se fait uniquement en anglais ou en ….japonais : aucun espoir pour progresser dans la langue de Dante. C’est l’histoire d’une brève parenthèse familiale. Une jeune mère japonaise a obtenu le droit de voir son fils pendant quatre jours; ensuite la garde reviendra pendant 6 ans à son richissime ex-mari. La rencontre est orchestrée sur un superbe voilier en présence d’un équipage anglais très « classe » mais totalement soumis aux ordres inflexibles du père, le but étant d’empêcher tout rapprochement affectif entre la mère et son fils. La patience, la persuasion surmonteront les obstacles, et les  atouts d’une mère sont insondables; il n’empêche, au bout de quatre jours la messe est dite et la mère repartira avec la maigre consolation d’avoir renoué des liens éphémères mais profonds avec son fils- qui résisteront ou non, le film est à cet égard assez elliptique à l’épreuve de la séparation.

Un scène de LAST SUMMER de Leonardo Guerra Seragnoli.
Un scène de LAST SUMMER de Leonardo Guerra Seragnoli.

Le prix spécial du Jury a été remis à « La terra dei Santi »   de Fernando Muraca. L’angle choisi par le réalisateur pour décrire la ‘ndrangheta, la mafia calabraise, est original. Il s’intéresse au « rapport de force » au sein d’une de ces familles. Sans aller jusqu’à une lutte des classes, on peut parler d’une lutte sourde entre les chefs de famille et les autres membres, moins riches et plus vulnérables, plus exposés aux règlements de compte entre bandes rivales. Cette rivalité est incarnée par deux femmes, deux soeurs dont le destin est différent, l’une ayant épousé le boss, vie et argent faciles, l’autre un petit lieutenant , avenir plus incertain et vie familiale cabossée par les meurtres de son mari et de son fils. Elle fera même voler en éclat l’union sacrée familiale et débouchera sur la trahison suprême, la collaboration avec la justice. Celle-ci, représentée par une juge utilise avec pertinence, la menace de la déchéance parentale pour empêcher –prévenir l’assassinat des petits rejetons mafieux. L’ambiance féminine du film fait presque disparaître la violence pour lui donner une dimension psychologique inhabituelle dans ce type de récit.

Une scène de SE DIO VUOLE d'Edoardo Facone
Une scène de SE DIO VUOLE d’Edoardo Falcone

Le prix du Public a été attribué à « Se Dio vuole »  d’Edoardo Falcone, exemple type de la comédie italienne telle qu’on se l’imagine. Un chirurgien quinquagénaire autoritaire et cassant méprise son entourage familial et son personnel de service; femme, enfants, beau-frère, infirmières ou docteurs, tous sont considérés peu ou prou comme « deficienti ». Tout bascule quand son fils lui annonce sa volonté de devenir prêtre. L’intérêt du film se retrouve dans la confrontation entre deux personnages diamétralement opposés. D’un côté le mandarin rationaliste et égocentrique : de l’autre le responsable de la conversion de son fils, un curé atypique professant l’Evangile sous forme de «  talk show » , de paraboles accessibles et branchées, charitable, beau gosse (interprété par Alessandro Gassman) et dialecticien aux arguments irréfutables. Au final, c’est le père qui sort transfiguré en bon samaritain après cette rencontre providentielle. Le scénario, enlevé, subtil et souvent vachard s’impose comme l’élément majeur dans la qualité de ce film.

Au-delà du palmarès, la sélection a aussi révélé d’autres réalisateurs prometteurs, tel Lamberto Sanfelice. Son film « Cloro» retrace l’histoire d’une jeune fille transplantée sans ménagement dans une station de sport d’hiver peu attrayante des Abruzzes. Obligée de s’occuper de son père gravement malade et de son petit frère immature, elle persiste à pratiquer sa passion, la natation synchronisée. Le gigotement de ses bras et de ses jambes dans le bassin de la piscine de l’hôtel où elle s’entraîne en cachette, ressemblent à des appels au secours perpétuels pour changer enfin de vie. (Prix d’interprétation féminine pour Sara Serraiocco, largement mérité).   PIero Messina a eu le privilège d’accueillir Juliette Binoche pour  son premeir  long métrage  «  l’Attesa » . dans une très belle maisonde  la campagne Sicilienne , un face à face  s’installe  entre  une lère  qui vient  de  perdre  accidentellement son fils  et la  fiancée de ce dernier , ignorante de la  situation . Au lieu de lui dévoiler  la  vérité , elle la lui cache. Dans cette partie de  Poker menteur , elles dévoilent à tour  de  rôle  leur spersonnalités et  par  ricochet  celle  du disparu , jusqu’ à  ce que l’irruption brutale de  la vérité mette  un  terme  à cette relation,  qui , ppée dès  le départ  évolue ensuite vers  une forme de  complicité . La  symbolique  de la période  pascale ( statues cachées par  des  voiles , espoir  de  la réssurection )  renforce cette  atmosphère  oppressante.

une scène du film VERGINE GIURATA / VIEGE SOUS SERMENT de Laura Bispuri
une scène du film VERGINE GIURATA / VIERGE SOUS SERMENT de Laura Bispuri.

 

La section Evénements rassemble les films italiens sortis en salle en 2014/2015et susceptibles d’être distribués en France si ce n’est déjà fait. C’est le cas pour le film de Laura Bispuri , «Vergine Giurata» / Vierge  sous Serment  ( Nota : le film est  actuellement en salles ). Elle explore une traditionnelle et rétrograde coutume albanaise encore actuellement en vigueur dans les régions isolées der ce pays. Elle permet à une jeune fille de devenir virtuellement un homme et d’accéder aux privilèges exorbitants qu’ils détiennent sur le plan socio-économique par rapport aux femmes. En contrepartie elle jure solennellement de rester vierge et prend un prénom masculin. Cette codification archaïque explose lorsqu’elle décide de rejoindre sa cousine installée en Italie. La société libérale n’est pas parfaite mais elle a au moins le mérite de balayer les traditions obscurantistes. Parfois violemment, parfois dans la douceur, elle s‘éloignera de cette expérience traumatisante. Très belle interprétation de l’actrice Alba Rohrwacher.

Une scène de LATIN LOVER de Cristina Comencini
Une scène de LATIN LOVER de Cristina Comencini

La cérémonie d’ouverture du Festival a accueilli le film de Cristina Comencini, « Latin Lover ». Comédie légère et gracieuse, au même titre que Virna Lisi dont c’est la dernière apparition à l’écran. La famille d’une star du cinéma italien dont deux épouses et quatre filles se rassemble dans une belle villa pour le dixième anniversaire de sa mort. Confidences, jalousies et coup de théâtre transforment cette réunion en thérapie de groupe joyeuse ou pathétique. Elle se termine en «happy end» après avoir frôlé plusieurs fois l’implosion de toute cette fratrie.
Changement de décor avec le film d’Ermano Olmi, « Torneranno i prati » (Les beaux jours reviendront). En 1917, dans les Dolomites, à 1800 m d’altitude, une casemate italienne est pilonnée par l’artillerie autrichienne. Les ordres insensés de l’Etat Major italien au titre de la riposte vont déclencher l’incrédulité des officiers et la colère mêlée de résignation des hommes de troupe. Olmi décrit la guerre en s’éloignant des clichés manichéens officiers/soldats pour montrer que dans des circonstances exceptionnelles, au-delà des hiérarchies, une fraternité humaine peut naître.

Le prix Sergio Leone qui couronne la carrière d’un réalisateur a été décerné au turinois Gianlucca M.Tavarelli dont le dernier film a été projeté à Annecy. « Una Storia Sbagliata » procède d’un montage habile pour décrire une trahison amoureuse. Une infirmière italienne s’engage dans une mission humanitaire en Irak. C’est surtout un prétexte pour enquêter sur la mort de son mari militaire envoyé dans ce pays. Bravant les interdictions et consignes de sécurité, elle parvient à s’immerger dans la population locale. Surmontant le fossé culturel elle mène une enquête qui s’avèrera très éloignée des conclusions des autorités militaires italiennes.

Sergio Castellito
Sergio Castellito

La présence de Sergio Castellito a été l’occasion d’une rencontre fructueuse animée par Jean.A Gili en présence d’ un nombreux public. Il a raconté avec émotion ses premiers pas d’acteur entourés par les monstres sacrés du cinéma italien et notamment le trac qui le saisissait lors de ses premières répliques face à Marcello Mastroianni plutôt bienveillant. Il a côtoyé trois générations d’acteurs avant de se lancer dans la mise en scène, réalisant six films dont le dernier « Personne ne se sauve tout seul« , librement inspiré du livre de son épouse, la romancière à succès Margaret Mazzantini. Réunis dans un restaurant pour programmer la garde de leurs enfants, un couple séparé revit son histoire d’amour par « flash backs «   successifs et programmés: jeunes amoureux, parents, vie sociale et professionnelle, intrusion des beaux-parents, routine conjugale et infidélité….. La diversité des situations relance constamment la dynamique du film soutenue par des dialogues soulignant que loin d’être un fleuve tranquille, le couple est plutôt un équilibre instable prêt à vaciller, fréquemment rétabli ,sans pour autant éviter le naufrage final.

Le  Festival  ménacé ?:

La soirée de clôture s’est achevée par un coup de théâtre mettant un terme à des rumeurs qui circulaient depuis le mois de Juillet. Désormais, le Festival du cinéma italien alternerait avec le Festival du cinéma hispanique présent à Annecy depuis plusieurs années. Interpellé par des spectateurs, Salvador Garcia, directeur de Bonlieu Scène Nationale et principal bailleur de fonds de ces Rencontres cinématographiques, a été sommé de se justifier mais a fait preuve d’une grande prudence, se retranchant derrière le fait que la décision était collective et engageait aussi la responsabilité de la municipalité d’Annecy. Ce que le public d’une salle comble a interprété comme une reculade, clamant haut et fort le maintien annuel du Festival et accueillant par une bronca mémorable le discours sibyllin du Directeur de B S N. Dans cette optique, la première victime ne pouvait être que Jean.A. Gili, délégué général du festival depuis 33ans. Crainte confirmée dans son discours de clôture dans lequel il a annoncé que dans le cadre de cette réorganisation, son contrat ne serait pas renouvelé. Fort de l’appui de la salle lui réservant une « standing ovation » très émouvante, il a conclu en guise d’avertissement que « si on passe à une biennale, le Festival disparaîtra »; puis se tournant vers le public, il a ajouté : « J’espère que votre réaction permettra de faire comprendre aux responsables qu’ils font fausse route. »
Ettore Scola, Président d’honneur, présent à Annecy a immédiatement apporté son soutien à Jean.A Gili, de même que Edoardo Falcone, réalisateur et prix du Public : « Qui meurt à 33ans ressuscite 3 jours après ». Le réalisateur de « Se Dio vuole » est un expert. Une pétition réclamant le maintien annuel du festival (Librinfo 74) est en ligne: elle a déjà recueilli plus d’un millier de signatures.
Jacques Deloche

Publicités

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s